Samedi 23 janvier 2021

Biden élu, R. Lescure parle des nouvelles relations franco-américaines

Par Rachel Brunet | Publié le 10/11/2020 à 14:41 | Mis à jour le 10/11/2020 à 17:22
Photo : Roland Lescure, député des Français d’Amérique du Nord
Roland lescure élection biden

Relations internationales, immigration, taxation, Accords de Paris... Joe Biden élu, quel impact aura sa présidence sur les rélations entre Washington et Paris ; et quel impact la présidence d’un démocrate, ouvert à l’immigration, aura pour les Français expatriés aux États-Unis. Roland Lescure, député des Français d’Amérique du Nord répond à nos questions.

 

 

Rachel Brunet pour Lepetitjournal.com New York : J’imagine que comme beaucoup de compatriotes, l’attente du résultat de l’élection présidentielle américaine a été longue pour vous aussi.  Est-ce que vous vous attendiez à ce scénario ?

Roland Lescure : Effectivement, on a assisté à un vrai bras de fer entre Biden et Trump tout au long de la semaine.  On a constaté que le raz-de-marée démocrate espéré n’était qu’une utopie, et que la victoire sans appel de Biden ainsi que la disparition de Trump étaient loin d’être acquises. Le phénomène Trump ne disparaîtra pas si facilement, c’est un phénomène de fond qui va, à mon sens, perdurer. Pour ma part, je m’attendais à un résultat serré dans les quatre derniers États (Nevada, Georgie, Arizona, Pennsylvanie). Joe Biden a choisi d’orienter sa campagne vers un referendum pour ou contre Trump, c’était une stratégie risquée, puisqu’elle mobilisait à la fois les « pour » et les « contre ».

 

Joe Biden hérite d’un pays fracturé et profondément divisé. Le Trumpisme est une réalité politique et désormais sociétale. Comment peut-il gouverner dans ces conditions ?

D’abord il ne faut pas oublier que la victoire de Joe Biden s’accompagne d’un sénat et d’une chambre très équilibrés même s’il est probable que les Républicains gardent une majorité au sénat. Les Etats-Unis doivent se rassembler pour revenir à une ancienne habitude, celle de la gouvernance par accord. Joe Biden est certainement la bonne personne pour cela. Tout au long de sa campagne il s’est donné pour mot d’ordre l’union des Etats-Unis, là où Trump plaidait la division. Le défi majeur de son mandat sera donc de réconcilier l’Amérique avec elle-même, et avec le monde.

 

Sur twitter, vous avez partagé votre joie quant à l’élection de Joe Biden et de Kamala Harris. Joe Biden président, qu’est-ce que cela va changer au niveau des relations entre Washington, Paris, mais aussi Bruxelles ?

En matière de politique internationale, l’élection de Joe Biden va d’abord se traduire par un retour à une politique plus prévisible. Le Président Trump exerçait une politique changeante, propice au rapport de force sur l’ensemble des dossiers. Il souhaitait « diviser pour mieux régner », notamment vis à vis de l’Union Européenne quand on se souvient de sa position quant au Brexit. Il y a vraiment eu l’affirmation d’un unilatéralisme aux antipodes de la politique win-win que prône Joe Biden. Avec le retour du multilatéralisme, les États-Unis vont certainement davantage coopérer autour des enjeux internationaux actuels comme l’environnement, la santé ou la sécurité. En revanche, bien que les Etats-Unis soient plus ouvert avec Biden à sa tête, il faut rappeler le changement de centre de gravité de la politique américaine vers l’Asie amorcé bien avant l’élection de Trump et qui devrait durer.

 

Trump a été intransigeant sur l’immigration. Beaucoup de compatriotes français ont pu en souffrir, notamment avec le raccourcissement de durée du visa E2 et l’attribution plus compliquée d’autres visas. Pensez-vous qu’avec Biden, nous allons assister à des assouplissements, et que plus de Français auront l’opportunité de venir s’installer aux États-Unis ?

Je crois en la bonne volonté de Biden de travailler de concert avec les autres nations. Quand on regarde ses prises de position sur le sujet, on constate qu’il perçoit l’immigration comme une chance et un enrichissement contrairement à Trump qui n’a cessé de la diaboliser et de la considérer comme une menace. Nous suivrons donc avec attention l’évolution des discussions avec l’administration Biden quant au visa E2 et nous sommes plus optimistes que face à l’administration Trump. Le « win-win » de Joe Biden demeure effectivement plus rassurant que « the art of the deal » de Donald Trump.

 

Donald Trump a mis en place beaucoup de taxes à l’exportation sur les produits français, notamment sur le vin français. Pensez-vous qu’à terme, il va y avoir un assouplissement ? Est-ce que la France se tient déjà prête à rediscuter tout cela ?

Cette taxation a eu effectivement bon nombre de conséquences sur des produits tels que le vin français. Cela étant, il ne s’agit pas uniquement d’une décision prise par Trump, ces mesures sont bien plus complexes. Les taxes dépassent souvent les présidents des États-Unis car elles relèvent également de décisions en provenance de l’administration. On espère tout de même que l'arrivée de l'administration Biden va permettre de tempérer le climat de ces discussions, et d’aboutir rapidement à un accord.

 

Joe Biden a annoncé qu’une fois élu président, les États-Unis réintègreraient les Accords de Paris dont ils sont officiellement sortis la semaine dernière. Un soulagement pour la France ?

C’est un soulagement pour la France et pour le monde entier même. Le changement climatique n’est plus une option, c’est une prérogative qu’il faut considérer plus que jamais.  C’est donc une excellente nouvelle que les États-Unis de Joe Biden se montrent de nouveau soucieux de coopérer au sein des Accords de Paris. L’arrivée de Joe Biden doit permettre de légitimer davantage les instances internationales, en leur donnant des mandats plus clairs notamment avec un plus grand partage de l’information.

 

Joe Biden s’est attaqué dès ce lundi 9 novembre à la crise sanitaire en créant un bureau dédié au Covid. Est-ce que les États-Unis et la France peuvent Maintenant, au du moins à compter du 20 janvier, travailler ensemble dans la lutte contre la pandémie ?

Bien entendu, cet esprit de coopération évoqué plus tôt doit se retrouver dans la gestion de l’ensemble des enjeux actuels : l’environnement certes, mais aussi la santé, tout particulièrement dans ce contexte de pandémie. Aujourd’hui chaque pays est touché par le COVID et tous les pays sont égaux face au COVID. Nous devons donc faire front commun face à la maladie et inscrire nos interactions dans une logique de gestion globale des grands risques liés à la pandémie. Je pense à la recherche, aux coopérations pour faciliter le rapatriement de chaque ressortissant, mais aussi aux conséquences sur l’économie mondiale de la crise sanitaire. Le monde doit être uni plus que jamais, si nous voulons éradiquer le virus pour de bon.

 

Kamala Harris est la première femme à accéder au poste de vice-présidente. Elle a rappelé que les États-Unis sont le pays des possibles, notamment pour les nouvelles générations de filles. Que représente pour vous Kamala Harris ?

Kamala Harris représente d’abord les femmes américaines puisqu’elle devient effectivement la première femme à accéder à la vice-présidence américaine. Elle représente aussi la communauté afro américaine qui a constitué une base électorale très solide pour les démocrates et qui, depuis 2016, pâtit de la présidence de Trump. Elle représente également le mythe de l’Amérique en tant que terre d’accueil avec ses origines indo-jamaïcaines. Mais surtout elle représente de par son parcours et son ascension un rêve américain perçu comme révolu pour un grand nombre d’Américains. Sa présence a grandement joué dans l’élection de Joe Biden puisqu’elle a contribué à fissurer le plafond de verre qu’Hillary Clinton ne parvenait pas à briser en 2016. Je pense finalement que Kamala Harris est le symbole de cette Amérique unie, moderne et multiculturelle que Joe Biden souhaite construire dans les quatre années à venir et qu’elle pourrait potentiellement diriger par la suite.

Nous vous recommandons

Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal.
0 Commentaire (s)Réagir