Édition internationale

« Tricoté serré crépu » : mémoire haïtienne et identité québécoise

Présenté dans le cadre de la sélection officielle du Festival international Vues d’Afrique, le documentaire Tricoté serré crépu de Joseph Hillel retrace l’apport déterminant de la communauté haïtienne à la société québécoise. À travers un récit intime et profondément humain, le réalisateur met en lumière une mémoire collective essentielle à la compréhension du Québec contemporain.

Joseph HillelJoseph Hillel
Le réalisateur Joseph Hillel, dont le film met en lumière l’histoire de la communauté haïtienne au Québec. Photo LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 11 avril 2026

« L’immigration, c’est comme une greffe : il y a le projet de l’immigrant et celui de la société qui l’accueille. » Maryse Alcindor

 

 

 

Avec Tricoté serré crépu, Joseph Hillel signe un film à la fois autobiographique et universel. Initialement conçu autour de la figure de son oncle, Édouard Anglade — premier policier noir à Montréal — le projet s’est progressivement transformé en une fresque chorale.

« Au départ, le film devait porter sur mon oncle Édouard, mais plus j’avançais, plus je réalisais que cette histoire était celle d’une communauté entière », explique le réalisateur. Plusieurs intervenants sont ainsi issus de son entourage familial ou amical, ce qui confère au documentaire une authenticité particulière.

Le film met en lumière la trajectoire de ces femmes et de ces hommes qui, fuyant la dictature des Duvalier, ont trouvé refuge au Québec. « Ces personnes sont arrivées ici déjà formées — enseignants, médecins, professionnels — et, humblement, elles ont contribué à propulser le Québec dans une ère moderne », souligne Joseph Hillel.

 

Une histoire familiale incarnée

La dimension familiale du film constitue l’un de ses fils conducteurs. En s’appuyant sur ses proches, Joseph Hillel donne chair à une mémoire collective souvent méconnue. « Les personnages du film sont des gens qui faisaient partie de mon univers depuis l’enfance, des amis de mes parents, des membres de ma famille. C’était une façon naturelle et sincère de raconter cette histoire », confie-t-il.

Parmi eux figure Dominique Anglade, membre de sa famille, dont le parcours illustre l’évolution et l’influence de la communauté haïtienne au Québec. Aujourd’hui professeure à HEC Montréal, elle a également marqué la scène politique provinciale en tant que députée et ministre, avant de devenir cheffe du Parti libéral du Québec. Sa présence dans le documentaire symbolise la continuité entre les premières générations d’immigrants et celles qui participent pleinement à la vie publique québécoise.

 

Entre exil et quête identitaire

Au-delà de l’apport sociohistorique, le film explore la complexité de l’identité haïtiano-québécoise. Joseph Hillel aborde notamment la question du métissage et du sentiment d’appartenance. « On peut connaître des Haïtiens sans pour autant connaître leur histoire. Le film vise justement à combler cette méconnaissance », affirme-t-il.

Le documentaire évoque également les défis rencontrés par les générations suivantes, confrontées au racisme systémique et aux difficultés d’intégration. Toutefois, le réalisateur privilégie une approche nuancée et porteuse d’espoir

 

« Je ne voulais pas faire un film misérabiliste, mais plutôt montrer la richesse et la résilience de cette communauté. »

 

Affiche du film

 

 

Un film pour transmettre et dialoguer

Joseph Hillel conçoit son œuvre comme un outil de transmission et de dialogue. « J’ai le sentiment que ce film peut être utile pour susciter des discussions, notamment dans les écoles », explique-t-il. Présenté dans une version adaptée pour les festivals, le documentaire est également accessible sur la plateforme ICI TOU.TV, permettant ainsi d’élargir sa diffusion.

Le réalisateur insiste sur l’importance de faire connaître cette page d’histoire : « Beaucoup de Québécois ignorent à quel point la communauté haïtienne a contribué au développement du Québec. Il était essentiel pour moi de rendre cette mémoire visible. »

 

Une mémoire essentielle pour comprendre le Québec d’aujourd’hui

En donnant la parole à celles et ceux qui ont façonné cette histoire, Tricoté serré crépu participe à la reconnaissance d’une mémoire longtemps restée en marge du récit collectif québécois. Le film rappelle que l’immigration est avant tout une rencontre entre un projet individuel et celui d’une société d’accueil. « L’immigration, c’est comme une greffe : il y a le projet de l’immigrant et celui de la société qui l’accueille. De cette rencontre peut naître quelque chose de très riche », comme le dit Maryse Alcindor dans le documentaire.

 

Le cinéma comme espace de transmission

Présenté au Festival Vues d’Afrique, Tricoté serré crépu illustre la capacité du cinéma documentaire à préserver et transmettre les mémoires collectives. En révélant l’apport essentiel de la communauté haïtienne, le film ouvre un espace de dialogue sur l’inclusion et le vivre-ensemble. Et si cette œuvre contribuait à mieux reconnaître le rôle des diasporas dans la construction du Québec et, plus largement, de la francophonie contemporaine ?

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