Édition internationale

Vues d’Afrique 2026 : un festival entre mémoire et combats contemporains

À mi-parcours de sa 42e édition, le Festival international Vues d’Afrique s’impose comme bien plus qu’un rendez-vous cinématographique. Il devient un espace de circulation des récits, où se croisent mémoires intimes et histoires collectives, héritages du passé et combats du présent. Porté par une programmation dense, des débats nourris et des rencontres directes avec les cinéastes – notamment à travers les entretiens réalisés par Akim Kermiche – le festival transforme Montréal en véritable carrefour d’un cinéma engagé, incarné, et résolument ancré dans les réalités du monde.

spectateurs Vues d'Afriquespectateurs Vues d'Afrique
Salle comble et public attentif à la Cinémathèque québécoise : Vues d’Afrique confirme, à mi-parcours, son ancrage et sa capacité à rassembler autour d’un cinéma engagé. Photo et video AK MEDIAS

 

 

Une programmation qui traverse les continents et les histoires

Depuis son ouverture le 2 avril avec une soirée consacrée à l’Égypte, le Festival international Vues d’Afrique déroule une programmation structurée autour de soirées nationales, véritables invitations au voyage. Sénégal, Maroc, Rwanda, Tunisie, Algérie, Haïti, Cameroun, Togo, Côte d’Ivoire : chaque journée propose une immersion dans un imaginaire, une histoire, une sensibilité cinématographique.

Ce rythme donne au festival une respiration particulière. Chaque soirée devient un point d’entrée, presque une porte culturelle, où les œuvres dialoguent entre elles et avec le public. La présence de nombreux cinéastes venus de loin renforce cette dimension internationale et vivante, au cœur même de Montréal.

Mais au-delà de la diversité géographique, c’est une cohérence éditoriale qui se dessine : celle d’un cinéma qui ne se contente pas de raconter, mais qui interroge.

 

Le cinéma comme espace de parole et de confrontation

Les entretiens réalisés sur place par le cinéaste Akim Kermiche – qui accompagnent cet article en vidéo – donnent à voir une parole directe, souvent brute, toujours essentielle. Dans ces échanges, les réalisateurs ne commentent pas seulement leurs films : ils prolongent le débat.

 

 

 

C’est particulièrement frappant avec le documentaire L’invisible de Barbara Olivier-Sandronnice, qui suit cinq femmes confrontées à l’infertilité. Entre récit scénarisé et captation du réel, le film navigue dans une zone sensible où l’intime devient politique. La souffrance invisible, la santé mentale, la pression sociale : autant de thèmes qui trouvent un écho immédiat dans la salle.

À travers ces discussions, une évidence s’impose : le cinéma présenté à Vues d’Afrique n’est pas un simple objet artistique. Il est un outil de prise de parole, un espace de reconnaissance, parfois même un acte de résistance.

 

Des thématiques féminines au cœur du festival

À mi-parcours, un autre fil rouge apparaît avec force : la place des femmes. Plusieurs œuvres, mais aussi les débats qui les accompagnent, mettent en lumière des réalités encore trop souvent marginalisées.

Le film Harcèlement 2.0 : résilience des Africaines connectées en est un exemple marquant. Il montre comment les violences faites aux femmes se déplacent aujourd’hui vers les espaces numériques. Le sexisme, le racisme, les attaques sur le corps ou la maternité ne disparaissent pas : ils mutent.

 

 

Dans les échanges qui suivent les projections, les réalisatrices insistent sur un point : filmer ne suffit pas. Il faut aussi que ces films soient vus, soutenus, portés. Le festival devient alors une plateforme essentielle, un lieu où ces voix peuvent enfin trouver une audience.

Ce positionnement n’est pas anodin. Il inscrit Vues d’Afrique dans une dynamique où le cinéma participe activement aux luttes contemporaines, notamment celles liées aux droits des femmes.

 

Entre mémoire historique et actualité brûlante

L’une des forces du festival réside dans sa capacité à articuler passé et présent. Les œuvres présentées ne se contentent pas de revisiter l’histoire : elles la prolongent dans l’actualité.

 

 

Le film consacré aux femmes métisses nées au Congo durant la colonisation belge en est une illustration saisissante. Ces femmes, aujourd’hui âgées de 70 à 80 ans, ont obtenu en 2024 une condamnation de l’État belge pour crimes contre l’humanité. Le cinéma devient ici le relais d’une histoire longtemps enfouie.

Cette articulation entre mémoire ancienne et mémoire en construction traverse toute la programmation. Elle donne au festival une profondeur particulière : celle d’un événement qui ne regarde pas seulement en arrière, mais qui éclaire les combats d’aujourd’hui.

 

Un festival ancré dans la ville et ouvert aux publics

Au-delà des projections, Vues d’Afrique se distingue par son ancrage dans la ville. Les reprogrammations entre la Cinémathèque québécoise et l’UQAM permettent d’élargir l’accès aux œuvres. Les séances familiales et ciné jeunesse, accompagnées d’ateliers, ouvrent le festival à de nouveaux publics.

Cette dimension inclusive participe à la vitalité de l’événement. Le festival ne se vit pas uniquement dans les salles obscures : il se prolonge dans les échanges, les rencontres, les débats.

À mi-parcours, une chose est claire : Vues d’Afrique n’est pas seulement un festival de cinéma. C’est un espace de circulation des idées, des mémoires et des engagements.

 

Un cinéma qui questionne, et maintenant ?

À mesure que le festival avance vers sa remise des prix, une question demeure : que devient cette parole une fois les lumières rallumées ?

Car si Vues d’Afrique offre une scène, il pose aussi une responsabilité collective. Celle de continuer à faire vivre ces films, ces récits, ces combats. Celle de ne pas laisser ces voix s’éteindre à la sortie de la salle.

Et si, finalement, le véritable enjeu n’était pas seulement de montrer ces œuvres… mais de décider ce que nous en faisons ensuite ?

 

Vues d'Afrique continue jusqu'au 11 avril - Programmation consultable ici

 

Retrouvez Vues d'Afrique en images

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.