Le dossier du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) prend une ampleur politique inédite. Lors d’une rencontre organisée le 19 mai à Montréal, l’avocat Gérard Samet a détaillé la stratégie judiciaire engagée contre le gouvernement du Québec, pendant que la pression politique s’intensifie autour de Christine Fréchette. Entre engagement de réouverture avant le 12 juin, interpellations en France et critiques croissantes sur le climat entourant l’immigration au Québec, le PEQ dépasse désormais largement le cadre d’une simple réforme administrative.


La rencontre organisée au Centre Afrika, au coeur du Quartier Latin, devait initialement porter sur les élections consulaires françaises. Florent Pigeyre, conseiller des Français de la circonscription, y présentait plusieurs enjeux liés aux Français établis au Canada : accès aux services consulaires, retraites, démarches administratives ou accompagnement des jeunes expatriés.
Mais rapidement, le PEQ a dominé les échanges. Depuis la suspension brutale du programme en novembre 2025, le sujet s’est imposé comme l’un des principaux points de tension entre le gouvernement québécois et une partie des immigrants francophones déjà installés dans la province.
La présence dans la salle de Thibault Froehlich, lui aussi conseiller des Français de l’étranger mais issu d’une autre liste consulaire, a donné une portée particulière à la soirée. Dans un contexte électoral pourtant tendu entre listes concurrentes, plusieurs intervenants ont insisté sur le fait que le dossier du PEQ dépasse désormais les clivages politiques traditionnels chez les Français de l’étranger.
Cette transversalité de la mobilisation se retrouve également au Québec, où des élus municipaux, chambres de commerce, associations étudiantes et partis d’opposition interviennent désormais publiquement dans le débat.
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Québec contraint de s’engager avant le 12 juin
La pression politique autour du PEQ s’est fortement accélérée ces dernières semaines. Arrivée au poste de Première ministre après le départ de François Legault, Christine Fréchette avait publiquement promis de rétablir le programme durant sa campagne à la direction de la CAQ.
Mais l’absence de calendrier précis et les incertitudes entourant les modalités d’une éventuelle réouverture ont rapidement alimenté les critiques.
Le 12 mai, avec le Collectif Le Québec c’est Nous Aussi, Québec solidaire a obtenu à l’Assemblée nationale un engagement du gouvernement : une réouverture du PEQ avant le 12 juin, date de fin de la session parlementaire.
Le gouvernement s’engage à donner une date de réouverture du PEQ avant le 12 juin
Cet engagement a marqué un tournant politique. Après plusieurs mois de fermeture complète, Québec reconnaît désormais publiquement devoir rouvrir une voie d’accès au Programme de l’expérience québécoise. Reste toutefois à savoir sous quelle forme : quotas limités, restrictions sectorielles ou véritable clause grand-père demeurent au cœur des discussions.
Une pression désormais internationale
Le dossier ne se joue plus uniquement à Québec. Lors du récent déplacement de Christine Fréchette en France, le PEQ a été soulevé publiquement à plusieurs reprises.
Le député des Français d’Amérique du Nord Christopher Weissberg, déjà impliqué dans le recours judiciaire, a interpellé la Première ministre sur les conséquences de la réforme pour les étudiants et travailleurs francophones déjà engagés dans un parcours de résidence permanente.
Le sénateur Yan Chantrel a lui aussi évoqué le dossier, élargissant encore la portée politique de la controverse. Cette séquence illustre une évolution importante : initialement présenté comme un ajustement administratif relevant de la compétence québécoise en immigration, le PEQ devient progressivement un sujet sensible dans les relations franco-québécoises.
Pour le gouvernement Fréchette, le risque est désormais double : une contestation juridique à l’interne et une détérioration de l’image du Québec à l’international, notamment auprès des étudiants et travailleurs francophones que la province cherche historiquement à attirer.
Une stratégie judiciaire assumée
Au cœur de la rencontre du 19 mai, Me Gérard Samet a détaillé le recours déposé devant la Cour supérieure du Québec le 9 avril dernier.
L’action repose sur une procédure déclaratoire fondée sur le principe d’« expectative légitime ». Les demandeurs soutiennent que le gouvernement québécois a pendant des années présenté le PEQ comme une voie claire vers la résidence permanente : deux ans d’études ou de travail, un niveau de français requis, puis l’obtention du Certificat de sélection du Québec (CSQ).
Selon Me Samet, plusieurs personnes ont ainsi pris des décisions de vie majeures — déménagement, abandon d’emploi, investissement financier — sur la base des informations officielles diffusées par Québec.
Durant son intervention, l’avocat a affirmé que les échanges avec le procureur général du Québec avaient évolué depuis le dépôt du recours. Selon lui, les représentants du gouvernement auraient demandé un délai pour analyser les pièces transmises et attendraient des orientations politiques de Christine Fréchette.
Il a également revendiqué une stratégie mêlant pression judiciaire et médiatique : « Nous sommes en pleine bagarre », a-t-il lancé devant les participants.
Soutien financier à la procédure
Une levée de fonds est en cours pour financer les frais juridiques liés à la contestation de la suppression du PEQ devant la Cour supérieure du Québec.
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Un malaise plus large sur l’immigration au Québec
La pression sur le gouvernement Fréchette intervient alors qu’un autre débat sensible émerge au Québec : celui du rapport entre souverainisme, immigration et vivre-ensemble.
Un rapport tout juste dévoilé cette fin de semaine par l’organisation indépendantiste OUI Québec dresse un constat sévère sur l’évolution récente du discours québécois autour de l’immigration. Issu d’une consultation menée auprès de cinquante organisations de la société civile — chambres de commerce, syndicats, groupes communautaires ou organismes économiques — le document estime que le Québec a « remplacé la fierté par la fermeture ».
Le rapport souligne notamment qu’une majorité des groupes consultés perçoivent « un effritement du vivre-ensemble » et regrettent une dégradation du discours public autour des immigrants.
Selon OUI Québec, plusieurs organisations déplorent le manque de valorisation de l’apport des nouveaux arrivants à la société québécoise et s’inquiètent des effets politiques de cette évolution sur l’image du Québec.
Même si le rapport ne vise pas directement le PEQ, sa publication intervient dans un contexte où les débats sur l’immigration prennent une place centrale dans l’espace politique québécois. Pour Christine Fréchette, la question dépasse désormais la simple gestion administrative d’un programme : elle touche aussi à la capacité du gouvernement à maintenir l’équilibre entre contrôle migratoire, attractivité internationale et cohésion sociale.
À quelques mois des prochaines échéances politiques québécoises, le PEQ apparaît ainsi comme l’un des premiers grands tests du gouvernement Fréchette — et peut-être l’un des plus risqués.
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