Édition internationale

À Montpellier, la relation France-Québec se construit aussi entre les villes

Le 2 juin 2026, Montpellier a accueilli le Forum économique France–Québec, un rendez-vous qui, a marqué un temps fort dans la relation entre deux territoires familiers l'un de l'autre. Dans une ville déjà traversée par des décennies de coopérations universitaires et culturelles, cet événement a pris des allures à la fois de point d'étape et de point de départ : point d'étape, parce qu'il a permis de faire le bilan des liens déjà tissés, point de départ, parce qu'il a donné à voir des projets concrets, des accords signés et des volontés nouvelles.

Henri-Paul Rousseau, Délégué général du Québec à Paris, Marie-Claude Bibeau, mairesse de Sherbrooke et Michaël Delafosse,  maire de Montpellier et président de la Métropole.Henri-Paul Rousseau, Délégué général du Québec à Paris, Marie-Claude Bibeau, mairesse de Sherbrooke et Michaël Delafosse,  maire de Montpellier et président de la Métropole.
Henri-Paul Rousseau, Délégué général du Québec à Paris, Marie-Claude Bibeau, mairesse de Sherbrooke et Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole - Photo Cécile Lazartigues - Chartier

 

 

Sherbrooke et Montpellier officialisent leur rapprochement

La délégation québécoise, dont la mairesse de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau, Gerry Gagnon de Drummondville économique, a apporté une dimension très incarnée à la rencontre. Elle incarnait cette nouvelle génération d'élus qui voient dans la coopération internationale un levier économique, mais aussi un outil de développement local, d'innovation et d'attractivité. À ses côtés, Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, a confirmé la place de l'ouverture internationale dans la stratégie de sa ville. La signature d'un accord entre Sherbrooke et Montpellier est venue formaliser cette dynamique, en donnant un cadre plus lisible à des relations déjà nourries par l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation partagée.

 

Drummondville, la force des villes intermédiaires

Dans cette même logique, la présence de Drummondville a amplifié la diversité des territoires représentés. Gerry Gagnon, directeur général de Drummond économique, s'est inscrit dans les échanges comme la voix d'un acteur économique régional qui sait faire dialoguer le monde industriel, les institutions et les collectivités. Sans théâtre, il a rappelé l'importance des coopérations francophones transatlantiques pour le développement local et l'innovation. Sa présence a montré que la relation France–Québec ne se construit pas uniquement entre grandes métropoles, mais aussi à partir de villes intermédiaires capables d'agilité, d'audace et d'initiatives concrètes.

 

Un jumelage technologique tourné vers l'action

C'est dans ce même esprit que Castelnau-le-Lez a signé un jumelage technologique avec Drummondville. Ce rapprochement n'est pas seulement symbolique : il vise à favoriser les échanges de bonnes pratiques, les synergies entre écosystèmes économiques et l'émergence de projets communs en matière d'innovation, de numérique et de transformation des territoires. En cela, il illustre une évolution importante des coopérations internationales locales : on ne se contente plus de célébrer des affinités, on construit des partenariats opérationnels.

 

Délégation québécoise en comité privilégiée (Sherbrooke et Drummondville).
Délégation québécoise en comité privilégiée (Sherbrooke et Drummondville).

 

 

Innovation et transitions : des approches complémentaires

Le forum a également permis de mettre en lumière trois dimensions clés de la relation.

La première concerne l'innovation et les transitions. Français et Québécois partagent des défis similaires : transition énergétique, adaptation des territoires, inclusion, mobilité durable. Les échanges ont montré des convergences de vision, mais aussi des différences d'approche fructueuses. Là où les acteurs québécois valorisent souvent l'expérimentation et l'agilité, les partenaires français insistent davantage sur la structuration des filières et l'appui des politiques publiques. Ces écarts, loin d''être des freins, constituent des ressources complémentaires.

 

« Entre le Canada, le Québec et la France, nous avons une relation de valeurs, nous partageons des valeurs tels que l’enjeu écologique, les droits dans une société inclusive, l’innovation… »  Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole.


 

Talents et mobilité : un laboratoire franco-québécois

La deuxième dimension porte sur l'attractivité et les talents. Dans un monde où la mobilité des compétences est devenue centrale, la capacité à attirer et intégrer les talents est un enjeu stratégique. Les participants ont partagé des préoccupations communes : pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs, nécessité de faciliter l'intégration des travailleurs internationaux, importance de l'accompagnement interculturel. La relation France–Québec apparaît ici comme un laboratoire privilégié, où les mobilités croisées permettent à la fois d'observer et d'ajuster les pratiques d'intégration.

 

Quand les villes deviennent des acteurs diplomatiques

La troisième dimension concerne la gouvernance territoriale et la diplomatie des villes. Les échanges ont confirmé le rôle croissant des collectivités dans les relations internationales. À travers des partenariats concrets, fondés sur des projets et des résultats, les villes deviennent des acteurs de premier plan. Marie-Claude Bibeau et Michaël Delafosse, avec des styles et des cultures politiques différents, ont incarné cette capacité à articuler diplomatie internationale et enjeux de proximité.

« Sherbrooke est très investie dans la mobilité des talents et la ville est maintenant reconnue comme ville d’accueil du programme V.I.E de Business France et nous collaborons avec l’Office Franco-Québécois de la Jeunesse (OFQJ) parce que oui offrir des oppotunités à nos jeunes c’est extrêmement important et nous voulons le faire dans les deux sens bien évidemment. » Marie-Claude Bibeau, mairesse de Sherbrooke.

 


 

La proximité ne dispense pas de l'effort de compréhension

Au fil de la journée, une évidence s'est imposée : la proximité entre la France et le Québec est un atout, mais elle ne se suffit pas à elle-même. La langue commune facilite le dialogue, mais elle ne supprime ni les différences de culture professionnelle, ni les écarts de style, ni les réflexes institutionnels. C'est précisément dans cette attention aux nuances que se joue la réussite de ces coopérations. Les participants l'ont montré dans leur manière d'échanger, de reformuler, d'ajuster les attentes et de chercher un terrain commun. Dans les couloirs, comme lors des ateliers, on a pu observer cette intelligence interculturelle qui s'exprime à travers des micro-compétences : reformulations, attention portée aux implicites, volonté de comprendre avant de conclure.

 

Une relation ancienne qui se projette vers l'avenir

Ce forum a ainsi donné à voir une relation franco-québécoise à la fois ancienne et renouvelée. Ancienne, parce qu'elle s'appuie sur une histoire dense, sur des jumelages, des circulations universitaires, des affinités durables. Renouvelée, parce qu'elle s'exprime aujourd'hui à travers des projets concrets, des villes actrices, des passerelles économiques et des engagements mesurables. À Montpellier, il ne s'agissait pas seulement de célébrer une proximité : il s'agissait de lui inspirer un avenir partagé, ancré dans l'action et dans la relation.

 

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