À l’heure où la Francophonie cherche à se rapprocher des citoyens, l’Association Internationale des Régions Francophones (AIRF) incarne une réalité souvent méconnue : celle des territoires. Réseau de collectivités locales réparties dans plus d’une quinzaine de pays, elle agit là où les politiques publiques prennent corps. Rencontre avec Ivan Dedessus-Le Moustier, son directeur.


« Nous, nous sommes la Francophonie des territoires » - Ivan Dedessus-Le Moustier
La phrase est posée sans emphase, presque comme une évidence. Et pourtant, elle dit beaucoup. Depuis plus de vingt ans, l’AIRF construit patiemment une autre géographie de la Francophonie, loin des seuls États et des grandes déclarations.
À l’origine, il y a un constat simple : la Francophonie parle des États, des villes, des institutions… mais très peu de cet échelon intermédiaire où se jouent pourtant les politiques publiques les plus structurantes.
2002 : créer un espace pour les régions
C’est dans ce contexte qu’en 2002, à Lyon, plusieurs régions décident de créer leur propre cadre d’échange. Un réseau pensé non pas pour représenter, mais pour agir.
Vingt ans plus tard, l’AIRF fédère plus de 180 collectivités territoriales issues de l’espace francophone. Derrière ce chiffre, une réalité concrète : des territoires administrés par des élus, confrontés aux mêmes défis.
Elle est présidée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Monsieur Laurent Wauquiez, Conseiller spécial, avec comme Secrétaire général Monsieur Claude Paulin Danho, 1er Vice-gouverneur du District d’Abidjan
Former les jeunes, soutenir l’économie locale, aménager, protéger : d’un pays à l’autre, les priorités convergent. Et c’est sur ce socle que l’AIRF s’est construite — comme un outil au service de ceux qui, sur le terrain, doivent décider et agir.
L’AIRF en bref
Créée en 2002, l’AIRF regroupe aujourd’hui plus de 180 collectivités territoriales de 20 pays francophones. Elle agit comme un réseau d’échanges et de coopération sur les politiques publiques locales.
Là où les politiques publiques deviennent concrètes
Ce qui frappe dans le discours d’Ivan Dedessus-Le Moustier, c’est la constance : tout ramène au terrain. L’AIRF n’est pas un lieu de discours, mais un espace de circulation. Circulation d’expériences, de méthodes, parfois même d’échecs. L’objectif n’est pas d’imposer un modèle, mais de permettre aux collectivités d’apprendre les unes des autres.
Dans certains territoires, cela se traduit par des projets liés à la transition écologique : adaptation au changement climatique, gestion de l’eau, développement d’énergies renouvelables. Ailleurs, l’économie sociale et solidaire devient un levier d’insertion pour des jeunes entrepreneurs accompagnés par leurs collectivités.
Derrière ces dynamiques, une même logique : renforcer les capacités locales pour faire émerger des politiques publiques durables, adaptées aux réalités de terrain.

Abidjan 2026 : un basculement discret
Le prochain rendez-vous de l’AIRF, à Abidjan en juin 2026, pourrait marquer une étape importante. Au-delà de l’assemblée générale, élus, entreprises et acteurs du développement se retrouveront autour de problématiques très concrètes — accès à l’eau, infrastructures, agriculture, transformation numérique. Des échanges qui, souvent, débouchent sur des projets.
Mais c’est surtout la signature d’un accord avec l’Organisation internationale de la Francophonie qui retient l’attention. « Aujourd’hui, on existe dans le radar », résume Ivan Dedessus-Le Moustier.
Une reconnaissance qui entérine une évolution déjà à l’œuvre sur le terrain.
Abidjan 2026
Du 15 au 17 juin, l’AIRF tiendra son assemblée générale à Abidjan, accompagnée d’une grande rencontre économique francophone réunissant élus et entreprises.
Une place encore à construire
L’AIRF n’a pas le statut d’opérateur officiel de la Francophonie. Et à écouter ses responsables, ce n’est pas une fin en soi.
Dans l’architecture francophone, ce rôle est historiquement porté par des organisations comme l’Association internationale des maires francophones (AIMF), qui rassemble les villes et constitue un interlocuteur reconnu de longue date. Cette structuration a permis de donner une place forte aux collectivités locales au sein de l’OIF.
Dans le même temps, les Régions — lorsqu’elles existent — interviennent à un autre niveau. Elles portent des politiques publiques de plus grande échelle, notamment en matière de développement économique, de formation ou d’aménagement du territoire. Leur rôle s’inscrit dans une dynamique de décentralisation de plus en plus marquée dans de nombreux pays francophones.
C’est dans cette logique que l’AIRF s’est progressivement affirmée.
Sans statut d’opérateur, mais avec une légitimité construite sur le terrain, elle a trouvé un espace d’expression au sein de la Conférence des OING de la Francophonie (COING). Cette instance joue aujourd’hui un rôle croissant pour faire le lien entre la Francophonie institutionnelle et les acteurs issus de la société civile organisée, dont font partie les réseaux de collectivités.
Cette inscription permet à l’AIRF de participer plus directement aux dynamiques francophones, de nouer des partenariats et de contribuer aux réflexions en cours, notamment sur les enjeux de développement territorial.
Peu à peu, un écosystème se structure.
Villes, régions, institutions et organisations de la société civile y occupent des fonctions différentes, mais de plus en plus complémentaires. Une évolution qui accompagne les transformations de la Francophonie elle-même, appelée à se rapprocher davantage des réalités locales.
Deux programmes structurants
Transition écologique (T2EF) et économie sociale et solidaire (TERR’ESS) constituent aujourd’hui deux piliers de l’action de l’AIRF sur le terrain.
Des moyens limités, une efficacité assumée
Avec un budget relativement modeste, l’AIRF pourrait sembler marginale. Elle ne l’est pas. Parce que son modèle repose sur une logique d’activation plutôt que de structure. Les collectivités financent, les partenaires complètent, et les projets viennent chercher des cofinancements. Cette dynamique permet de transformer des échanges en réalisations concrètes sur les territoires.
Une efficacité qui tient moins à la taille qu’à la capacité de mise en réseau.
La Francophonie, au plus près du réel
À l’approche du Sommet de 2026, une question se dessine en creux : qui porte réellement la Francophonie aujourd’hui ? Les réponses sont multiples. Mais une chose est sûre : sans les territoires, elle reste incomplète.
L’AIRF ne revendique pas le premier rôle. Elle avance, méthodiquement, en accompagnant ceux qui, au quotidien, transforment les intentions en actions.
Et dans cette discrétion, il y a peut-être une force — celle de transformer la Francophonie sans jamais la brusquer.









