L’Alliance française de Montréal s’allie à Ciné-Quartier pour proposer des ciné-rencontres deux fois par mois. L’occasion d’échanger autour d’œuvres engagées, comme Ma fille, tu seras libre, de Bachir Bensaddek. Présent lors de la projection, le réalisateur a répondu aux questions d’un public particulièrement attentif.


« Je viens d’un pays où les femmes ne sont jamais libres »
Le popcorn à la main, les derniers spectateurs s’installent avant le début de la projection. L’espace culturel de l’Alliance française de Montréal est plongé dans le noir. Ce soir, on y présente Ma fille, tu seras libre, de Bachir Bensaddek, sorti en 2026. La salle est comble, on doit même ajouter une chaise pour un retardataire.
Les conversations prennent fin et le public est transporté en Afghanistan. Les premières minutes du film montrent Zarmina Latif enfant. Vêtue d’une robe rose, la petite fille fixe la caméra. On entend Zarmina adulte en voix off. La jeune femme afghane se présente et déclare : « Je viens d’un pays où les femmes ne sont jamais libres. »

L’histoire se passe entre 2002 et 2017, une période durant laquelle le pays était dirigé par la République islamique d’Afghanistan. La scénariste québécoise Marie Vien (La passion d'Augustine) et le réalisateur canadien Bachir Bensaddek ont voulu mettre en lumière le poids des traditions sur les femmes afghanes.
Promise par son père à un homme âgé, Zarmina voit sa mère négocier en secret un autre mariage, avec un homme plus jeune exilé au Canada. En contrepartie, la fille que Zarmina aura plus tard devra épouser un cousin resté en Afghanistan.
Ma fille, tu seras libre aborde ainsi le mariage forcé et l’exil. Un film qui résonne encore aujourd’hui, alors que les talibans sont revenus au pouvoir depuis la prise de Kaboul, le 15 août 2021.
La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a publié un rapport trimestriel le 15 octobre 2026. Couvrant la période du 1er juillet au 30 septembre, il dresse un bilan alarmant de la situation des droits des femmes : arrestations pour non-respect du code vestimentaire, restrictions de la liberté d’expression et de circulation, violences et intimidations.
Le cinéaste partage ce constat : « Les Afghanes sont en train de disparaître et, jour après jour, elles voient leurs droits reculer », déclare-t-il pendant la soirée. Ces thèmes difficiles feront partie des échanges avec le public.
Les ciné-rencontres : un espace d’échange
« Ce qu’on essaie de créer, c’est du dialogue », affirme Claire Jourden, responsable du pôle culturel de l’Alliance française de Montréal.
Cette organisation internationale a pour mission de promouvoir la langue française et les cultures francophones. Pour organiser les ciné-rencontres, l’Alliance française s’est associée à Ciné-Quartier, un organisme montréalais à but non lucratif.
Ces rendez-vous accueillent une quarantaine de personnes, selon la responsable, de quoi faire salle pleine. Pour cette soirée, Claire Jourden a invité le réalisateur à présenter son film.
Ma fille, tu seras libre met en lumière le parcours migratoire d’une jeune Afghane qui s’installe au Québec, apprend le français et s’ouvre à une nouvelle culture. « Chaque jour, je découvrais un nouveau pays », dit le personnage principal à l’écran.
« Lors de nos ciné-rencontres, on aime trouver des films qui ont un lien avec des parcours migratoires différents »
Claire Jourden veut faire de cet espace culturel non seulement un lieu de « visionnement », mais aussi un espace d’échange.
Un membre du public a ainsi pu dire au réalisateur ce qui l’a marqué dans le film. « Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est la beauté et la difficulté de l’intégration », confie la spectatrice, émue.
Claire Jourden souhaite aussi attirer aux projections les personnes qui apprennent le français à l’Alliance française, dont de nombreux immigrants non francophones, afin qu’elles découvrent différentes cultures francophones à travers les films.
Car « le cinéma, ça parle à tout le monde », dit-elle. Pour lever la barrière de la langue, certains films sont sous-titrés en anglais.

Le réalisateur face aux questions du public
Après la projection, le réalisateur est invité à répondre aux questions du public. On lui demande si Ma fille, tu seras libre est un film afghan.
« C’est un film québécois que nous avons fait. […] Je n’ai pas la prétention de m’adresser aux Afghans du monde », répond Bachir Bensaddek.
Au cours de son intervention, il tient à souligner que l’idée du film vient de la scénariste Marie Vien, qui a commencé à écrire le scénario il y a plus de dix ans. Elle s’est inspirée des témoignages de ses amis afghans et a consulté le Centre des femmes afghanes de Montréal.
Sahraa Karimi, réalisatrice afghane et ancienne directrice d’Afghan Film, qui a dû fuir Kaboul le 15 août 2021, a également accompagné Marie Vien dans le processus d’écriture.
Une autre question se fait entendre dans la salle : « Comment avez-vous été choisi pour réaliser ce film ? »
« Moi, je suis arrivé dans le portrait à un moment où ils étaient à la recherche de réalisatrices, pas d’un réalisateur, je suis désolé », ajoute le réalisateur d’un ton amusé, ce qui provoque des rires dans la pièce.
Fort d’une expérience préalable en long métrage, il a finalement été choisi. Bouleversé par l’histoire, il a accepté de participer au projet et s’est mis à la « recherche d’acteurs afghans aux quatre coins du monde ».
« J’ai pris mon bâton de pèlerin », renchérit-il, micro à la main.
Les spectateurs l’interrogent également sur le casting des acteurs et le tournage. Dans l’impossibilité de tourner en Afghanistan, compte tenu du contexte actuel, Bachir Bensaddek explique que certaines scènes ont été tournées à Chypre, car l’île ressemble à certaines régions du pays.
Certains acteurs non professionnels afghans ont été recrutés sur ce lieu de tournage, dit-il. Le film compte d’ailleurs plusieurs scènes en dari, l’une des langues officielles de l’Afghanistan.
L’œuvre de Bachir Bensaddek place au premier plan des personnages afghans, et surtout des femmes.
« On voit toute cette passation féminine de la grand-mère à la mère, à la jeune fille, qui ont l’espoir de croire à un autre destin », souligne une participante.
Autant de réactions qui montrent que Ma fille, tu seras libre a su toucher une partie du public.
Le cinéma pour faire dialoguer les cultures
Avec ces soirées cinéma, l’Alliance française souhaite fidéliser son public et ouvrir des discussions qui dépassent les films projetés. Les parcours migratoires, l’intégration et les différences culturelles deviennent autant de sujets d’échange entre les spectateurs.
La prochaine ciné-rencontre aura lieu le 11 novembre, avec la projection de La Petite Dernière, de Hafsia Herzi.
Une nouvelle occasion de faire du cinéma non seulement un moment de découverte, mais aussi un espace de dialogue entre les cultures et les expériences de vie.
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