Édition internationale

IA et démocratie : Montréal au cœur d’un débat international sur l’avenir des médias

Comment préserver une information fiable lorsque l’intelligence artificielle transforme sa production et sa diffusion ? Comment garantir la visibilité des langues et des cultures dans un univers dominé par les algorithmes ? Désignée événement hôte pour l’Amérique du Nord de la Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information de l’UNESCO, la conférence ORBICOM 2026 réunit cette semaine à Montréal des spécialistes venus de plusieurs continents.

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À Montréal, les enjeux de l'intelligence artificielle, de l'information et de la démocratie sont au cœur de la conférence internationale ORBICOM 2026. Illustration LPJ IA
Écrit par Lepetitjournal Montréal
Publié le 27 octobre 2026

 

 

L’intelligence artificielle ne se contente plus de répondre à nos questions. Elle sélectionne les informations que nous consultons, influence leur visibilité et transforme progressivement les pratiques journalistiques. Avec elle, ce sont aussi les conditions du débat démocratique qui évoluent.

C’est autour de ces transformations que se tient, du 26 au 30 octobre 2026, la conférence internationale annuelle du réseau ORBICOM, sous le thème « Médias, intelligence artificielle et démocratie : imaginaires communicationnels dans un monde numérique fragmenté ».

Organisée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) par le réseau ORBICOM, qui rassemble des Chaires UNESCO en communication, et la Chaire UNESCO en communication et technologies pour le développement, cette rencontre occupe une place particulière dans la programmation mondiale de l’UNESCO.

Chercheurs, professionnels des médias, décideurs et représentants de la société civile y croisent leurs regards sur les transformations de l’information et leurs conséquences démocratiques.

 

Au programme : plus de 115 communications réparties en 35 panels, des conférences plénières et plusieurs ateliers consacrés aux grands défis de l’information à l’ère numérique.

 

 

Quand l’intelligence artificielle bouscule la confiance

L’un des fils conducteurs de la conférence concerne la confiance du public envers l’information.

Alors que les outils d’intelligence artificielle générative permettent de produire textes, images et vidéos à une vitesse inédite, comment distinguer les contenus fiables des manipulations ? Et quelle place reste-t-il au travail journalistique lorsque les plateformes et leurs algorithmes jouent un rôle croissant dans l’accès à l’actualité ?

Ces interrogations seront notamment abordées jeudi 29 octobre, lors d’une série de panels consacrés au journalisme et à l’espace public.

Parmi les interventions annoncées, celle de Yonn Calvez et Colette Brin portera directement sur la confiance du public et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les médias québécois. D’autres communications examineront les transformations des rédactions, le journalisme communautaire et les nouvelles formes de désinformation.

La réflexion dépasse toutefois le seul univers des médias.

Les participants s’intéresseront également aux effets de l’IA sur les processus électoraux, aux risques de surveillance numérique, à la protection des droits fondamentaux et à l’éducation des citoyens face aux contenus générés artificiellement.

Mardi matin, Alain Saulnier, journaliste, auteur et ancien directeur de l’information de Radio-Canada, prendra la parole lors d’une conférence plénière.

 

 

La diversité culturelle et linguistique au cœur des discussions

Un autre enjeu occupera une place importante dans les échanges : la capacité des cultures et des langues à demeurer visibles dans les environnements numériques.

Les systèmes d’intelligence artificielle sont largement alimentés par des données qui ne représentent pas équitablement toutes les langues, toutes les régions du monde ni tous les patrimoines culturels.

Cette situation soulève une question essentielle pour la Francophonie : comment éviter que les technologies qui facilitent l’accès aux connaissances contribuent, paradoxalement, à rendre certaines cultures moins visibles ?

Mercredi 28 octobre, plusieurs panels examineront les défis rencontrés par les langues minorées, les savoirs autochtones et les expressions culturelles dans les systèmes d’IA.

Destiny Tchéhouali, titulaire de la Chaire UNESCO en communication et technologies pour le développement à l’UQAM, interviendra notamment sur la découvrabilité algorithmique et les souverainetés culturelle et linguistique. Sa communication abordera les cadres législatifs nationaux ainsi que le rôle de l’UNESCO et de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dans la gouvernance de ces enjeux.

Ces réflexions font écho aux discussions engagées à Cotonou, fin septembre, en marge de la XVIe plénière de la Conférence des organisations internationales non gouvernementales de la Francophonie (COING), où un atelier était consacré à la découvrabilité des contenus francophones.

Elles prennent également une résonance particulière à quelques semaines du XXe Sommet de la Francophonie, prévu en novembre à Phnom Penh, au Cambodge.

 

À Cotonou, faire passer la découvrabilité de la théorie à la pratique

 

 

Vers des « Directives de Montréal » sur l’IA et la démocratie ?

Au-delà des communications scientifiques, les organisateurs souhaitent donner une portée concrète à cette rencontre.

Deux ateliers réunissant des Chaires UNESCO contribueront à la préparation d’un agenda commun de recherche sur l’éducation aux médias et à l’information pour la période 2027-2031.

Il s’agira notamment de réfléchir aux compétences nécessaires pour comprendre les systèmes d’intelligence artificielle, évaluer la fiabilité de leurs productions et renforcer l’esprit critique des citoyens, particulièrement chez les jeunes.

La conférence est également l’occasion de réunir, le 27 octobre, les représentants de 27 Chaires UNESCO canadiennes et d’un réseau UNITWIN afin de renforcer leurs collaborations et leur rayonnement international.

Magda Fusaro, secrétaire générale d’ORBICOM et présidente de la Commission canadienne pour l’UNESCO, et Destiny Tchéhouali portent ensemble cette volonté de faire dialoguer les expertises des pays du Nord et du Sud.

L’objectif est de dépasser les constats pour dégager des pistes d’action communes.

Jeudi 29 octobre, une séance de synthèse et de recommandations doit ainsi contribuer à l’élaboration d’un Livre blanc ou de « Directives de Montréal » sur les technologies, les médias et la démocratie à l’ère de l’intelligence artificielle.

Reste à savoir quelles propositions concrètes émergeront de ces échanges et comment elles pourront influencer les politiques publiques, les pratiques médiatiques et les futures initiatives internationales.

Pour Montréal, l’enjeu est aussi de faire entendre sa voix dans un débat qui dépasse largement les frontières du Québec : celui de la place que les sociétés souhaitent accorder à l’intelligence artificielle dans leur vie démocratique.

 

Pour en savoir plus : Site officiel de la conférence ORBICOM Montréal 2026

 

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