Arrivée à Montréal il y a près de vingt ans avec une valise, un coup de cœur et beaucoup d'inconnus, Bérengère Lequien n’a jamais cessé d’avancer. Entre engagement philanthropique, grands rendez-vous liés à l’immigration et nouveau départ vers l’Espagne, son parcours épouse les contours d’une vie choisie, assumée, toujours en mouvement.


« J’ai du mal à comprendre qu’on puisse vouloir rester toute sa vie au même endroit »
Née au Touquet, dans le Nord de la France, Bérengère grandit au rythme de la mer. Après des études entamées à Lille, un passage par Paris puis Nancy, elle ne s’imagine pas encore quitter définitivement la France. C’est un ami installé au Québec qui sème la première graine : « Viens voir, tu verras, c’est vraiment sympa. »
Elle arrive une première fois à Montréal à la belle saison. L’été est lumineux, accueillant. Une semaine avant son retour en France, elle rencontre un jeune homme mexicain. Coup de coeur. Elle repart pourtant, puis revient en plein mois de janvier pour éprouver la réalité de l’hiver québécois. Un mois plus tard, elle apprend qu’elle est enceinte.
Touriste, sans travail ni statut, elle choisit de rentrer en France pour mener sa grossesse à terme. Son fils Enzo naît là-bas. Quelques années plus tard, la famille entreprend les démarches officielles et obtient la résidence permanente. Cette fois, c’est un vrai départ : Montréal devient un projet de vie.
Trouver sa voie dans la philanthropie
En France, Bérengère enchaînait les petits emplois, sans avoir encore trouvé sa voie. L’arrivée au Québec marque un tournant. Après un bref passage par les enquêtes téléphoniques — solution rapide pour payer les factures — une amie lui ouvre une porte décisive : celle de Rêves d’enfants, l’organisme qui réalise les rêves d’enfants atteints de maladies graves. Elle y entre à mi-temps comme commis à la saisie de données. Elle y restera plus de treize ans.
Portée par une direction qui croit en son potentiel, elle évolue vers l’organisation d’événements, puis vers le développement de partenariats et la recherche de financement. Classiques de golf, galas, levées de fonds communautaires, grandes entreprises commanditaires : elle apprend les rouages d’un milieu où chaque dollar compte.
Lorsque l’organisme fusionne avec l’américaine Make-A-Wish, le choc est réel. Une culture anglophone, une centralisation accrue, des postes rationalisés. Bérengère reste encore un temps, mais sent que quelque chose s’est déplacé. L’identité québécoise qu’elle avait contribué à façonner s’efface progressivement.
Immigrer… et accompagner l’immigration
Le tournant s’opère lorsqu’elle est approchée par Immigrants Québec. L’immigration, elle l’a vécue personnellement. Elle en connaît les défis, les zones d’incertitude, mais aussi le souffle nouveau qu’elle peut apporter.
Elle rejoint l’organisme comme coordonnatrice aux événements. Aujourd’hui directrice des événements, elle pilote notamment le Salon de l’immigration et de l’intégration au Québec, grand rendez-vous annuel qui rassemble des milliers de visiteurs — jusqu’à 13 000 selon les éditions — ainsi que le Sommet de l’immigration, rencontre plus institutionnelle réunissant décideurs économiques, organismes et représentants gouvernementaux.
Son rôle : logistique, coordination, négociation avec les salles et prestataires, supervision des bénévoles, lien avec les équipes communication, promotion auprès des centres de francisation. Un travail d’orfèvre où l’anticipation et le calme sont essentiels. « Je ne suis pas celle qui stresse quand tout le monde stresse », dit-elle avec le sourire.
Au-delà des chiffres et des exposants, elle voit surtout les trajectoires humaines : travailleurs étrangers temporaires, familles nouvellement arrivées, jeunes en francisation. Autant de visages dans lesquels elle reconnaît une part d’elle-même.
Une deuxième vie, puis une troisième ?
Bérengère parle de son immigration comme d’un « deuxième souffle ». Selon elle, changer de pays allonge la vie : « C’est comme si on avait deux vies en une. »
Après un divorce, elle rencontre à Montréal celui qu’elle appelle « l’amour de sa vie », également mexicain. Ensemble, ils décident aujourd’hui de repartir. Destination : Valence, en Espagne. Les raisons sont multiples. Se rapprocher de parents qui vieillissent. Retrouver la mer. Quitter des hivers devenus trop lourds. Offrir à son mari un environnement plus proche de sa langue et de sa culture.

Son fils, désormais âgé de 21 ans, reste au Québec. Recruté pour jouer au basketball universitaire à l’Université de Sherbrooke, il poursuit ses études et sa carrière sportive ici. Québécois de cœur, il incarne la trace durable de l’ancrage familial à Montréal.
Recommencer encore
À Valence, rien n’est écrit. Bérengère a déjà commencé à dresser la liste d’entreprises françaises ou internationales implantées en Espagne. Elle souhaite continuer dans l’événementiel, sa passion. Elle envisage aussi le travail à distance, les partenariats, voire de nouvelles collaborations dans l’écosystème francophone.
Conférencière pour Zoom Academy, école privée en événementiel, elle intervient déjà sur la philanthropie et réfléchit à intégrer l’intelligence artificielle dans ses contenus de formation. Ajouter des cordes à son arc, toujours. « J’ai du mal à comprendre qu’on puisse vouloir rester toute sa vie au même endroit », confie-t-elle.
Pour elle, l’instabilité choisie n’est pas une fragilité. C’est une énergie. Montréal lui aura offert une carrière, une maturité professionnelle, un fils devenu adulte et un amour inattendu. Valence sera peut-être le théâtre d’une troisième vie.
Une chose est sûre : Bérengère Lequien n’a pas fini d’organiser les événements de sa propre existence.
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