Suspendu depuis novembre 2025, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) rouvrira dès le 2 juillet. Une victoire pour les candidats et les associations mobilisées, mais plusieurs questions restent sans réponse. Après plus de six mois d'incertitude, le gouvernement du Québec a officiellement annoncé, mercredi 10 juin, la réactivation temporaire du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour une durée de deux ans. Cette décision marque un revirement majeur dans un dossier devenu l’un des plus sensibles de la politique d’immigration québécoise.


« Tout ça pour ça ? » - Florence Bollet Michel
Pour les milliers d'étudiants et de travailleurs étrangers qui attendaient une clarification depuis la suspension du programme et l'abolition de son volet travailleurs, l'annonce constitue un soulagement réel. Mais derrière cette réouverture se dessinent déjà de nouvelles limites, qui pourraient laisser de côté une partie des personnes touchées.
Une réouverture dès le 2 juillet
Selon les documents dévoilés par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), une première période de réception des demandes sera ouverte du 2 juillet au 31 octobre 2026 dans les deux volets du programme : diplômés du Québec et travailleurs étrangers temporaires.
Comprendre la réouverture du PEQ et la réception des demandes
Pour être admissibles à cette première période, les candidats devront démontrer qu'ils répondaient déjà aux critères de base avant le 19 novembre 2025.
Du côté des diplômés, il faudra notamment avoir obtenu un diplôme admissible au Québec avant cette date. Pour les travailleurs étrangers temporaires, il faudra avoir cumulé au moins deux années d'expérience de travail admissible au Québec avant le 19 novembre 2025 et occuper toujours un emploi qualifié au moment du dépôt de la demande.
Le gouvernement précise également que les conditions de sélection demeurent celles qui étaient en vigueur avant la suspension du programme.
Une victoire politique pour les associations et Québec solidaire
L'annonce intervient après plusieurs mois de mobilisation. Depuis l'automne 2025, le collectif Le Québec c'est nous aussi, des associations étudiantes, plusieurs universités, des chambres de commerce ainsi que de nombreux élus municipaux réclamaient la réouverture du programme.
PEQ : Québec solidaire arrache un engagement de Québec avant le 12 juin
À l'Assemblée nationale, Québec solidaire avait multiplié les interventions pour forcer le gouvernement à préciser ses intentions. Le parti revendique aujourd'hui une part importante de cette issue.
« Après des mois de mobilisation, de pression et de lutte, la CAQ a finalement annoncé la réouverture du Programme de l'expérience québécoise », a déclaré le député Guillaume Cliche-Rivard, qui parle d'une victoire des personnes mobilisées et de la société civile.
Cette annonce survient moins d'un mois après l'engagement obtenu par Québec solidaire d'une réouverture avant le 12 juin.
Un soulagement, mais aussi de nouvelles exclusions
Du côté des représentants des candidats à l'immigration, la réaction est plus nuancée.
Florent Pigeyre, conseiller des Français de l'étranger, salue une avancée importante tout en soulignant ses limites.
« La réouverture du PEQ est une bonne nouvelle, mais elle reste incomplète. Certains, ayant respecté les règles, pourraient encore être exclus en raison de critères stricts sur les dates ou des quotas. Je salue donc cette avancée tout en restant attentif à ces limites. »
Florence Bollet Michel du collectif Le Québec c'est nous aussi partage un constat similaire. Tout en se réjouissant pour les personnes qui pourront enfin déposer leur demande, l'organisation rappelle que de nombreux candidats ayant atteint les deux années d'expérience requises après le 19 novembre 2025 demeurent exclus du dispositif.
Le collectif rappelle également que la réouverture annoncée ne constitue pas un retour complet et définitif du programme. Seule une première période de réception des demandes, du 2 juillet au 31 octobre 2026, est officiellement ouverte. La suite demeure incertaine. Cette première fenêtre se refermera quelques semaines après les élections québécoises prévues au début d'octobre, qui devraient conduire à un changement de gouvernement. Les futures périodes de réception dépendront certes du nombre de demandes déposées, mais aussi des choix politiques de la prochaine administration. Pour les candidats concernés, l'horizon demeure donc partiellement flou au-delà de l'automne 2026.
Des questions encore sans réponse
Plusieurs éléments devront maintenant être précisés dans les prochaines semaines.
Le collectif s'interroge notamment sur le traitement des anciens tests de français arrivés à expiration, sur la situation des candidats qui ont perdu leur emploi depuis la suspension du programme ou encore sur les personnes qui ont quitté le Québec faute de solution migratoire.
Autre enjeu majeur : le statut temporaire des personnes qui déposeront une demande. La réouverture du PEQ permet d'obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ), première étape vers la résidence permanente. Mais elle ne règle pas automatiquement la question des permis de travail qui arrivent à échéance.
Le collectif demande ainsi au gouvernement québécois d'obtenir rapidement d'Ottawa un mécanisme permettant aux candidats ayant déposé leur demande de prolonger leur droit de séjour et de travail pendant le traitement de leur dossier.
Une estimation bien inférieure aux chiffres avancés auparavant
L'un des éléments les plus remarqués de l'annonce concerne le nombre potentiel de bénéficiaires.
Selon les estimations évoquées par le ministre lors de la présentation de la mesure, entre 8 000 et 12 000 personnes pourraient déposer un dossier lors de cette première période de réouverture.
Des chiffres très éloignés des projections beaucoup plus élevées avancées par le ministre Roberge et par l’ancien premier ministre Legault au cours des derniers mois pour justifier le gel du programme.
PEQ : les chiffres à géométrie variable du ministre Jean-François Roberge
Pour plusieurs acteurs du dossier, cette différence relance le débat sur la proportionnalité des mesures adoptées en novembre 2025 et sur leurs conséquences humaines, alors que certains candidats ont déjà quitté le Québec ou s'apprêtent à le faire.
Un dossier loin d'être refermé
« Tout ça pour ça ». Au sein du collectif Le Québec c'est nous aussi, la formule revient depuis l'annonce gouvernementale. Car derrière la réouverture du PEQ demeurent des parcours interrompus, des départs contraints et des mois d'incertitude qui ne seront pas effacés par un simple retour du programme.
L'action judiciaire contre le gouvernement suit d'ailleurs son cours. Pour les demandeurs, la réouverture ne répond pas à toutes les questions soulevées par la suspension du programme ni aux conséquences qu'elle a entraînées pour ceux qui ont perdu leur emploi, quitté le Québec ou abandonné leur projet de résidence permanente.
Au final, le gouvernement reconnaît aujourd'hui qu'entre 8 000 et 12 000 personnes pourraient déposer une demande dans cette première phase. Un chiffre qui alimente une interrogation persistante chez plusieurs observateurs : la crise provoquée par le gel du PEQ était-elle réellement proportionnée à l'enjeu qu'elle prétendait résoudre ?
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