Chaque samedi, ou presque, ils reviennent devant les bureaux du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), boulevard Saint-Laurent à Montréal. Travailleurs temporaires, diplômés étrangers, familles et soutiens associatifs dénoncent l’incertitude créée par la suspension et les réformes du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).


Le 22 mai encore, une centaine de personnes se sont rassemblées devant le ministère désormais dirigé par François Bonnardel. Pancartes manuscrites, slogans en français et prises de parole ont rythmé cette nouvelle manifestation appelée à se répéter « chaque samedi » tant qu’aucune réponse politique claire ne sera apportée.
Derrière ces rassemblements se trouve le collectif Le Québec c’est nous aussi, devenu en quelques mois l’un des principaux relais de mobilisation sur le dossier du PEQ.
Le groupe coordonne les manifestations hebdomadaires, diffuse les informations administratives et anime une communauté numérique importante. Sa page Facebook affiche plus de 76 000 abonnés, témoignant de l’ampleur prise par la mobilisation autour du PEQ et de sa capacité à fédérer bien au-delà du noyau le plus actif des personnes directement touchées par les changements de règles.
Le collectif s’est progressivement imposé comme un acteur central du dossier, multipliant les campagnes de sensibilisation et les initiatives publiques pour maintenir la pression sur Québec. À travers ses communications, il insiste sur une idée récurrente : les personnes concernées ont étudié, travaillé et souvent construit leur vie au Québec avant de voir leurs perspectives de résidence permanente devenir incertaines.

Les pancartes visibles lors du rassemblement reflètent ce sentiment : « Assez bon pour travailler, assez bon pour rester », « J’ai fait ce que vous m’avez demandé, aujourd’hui je suis dans l’incertitude totale », ou encore « Arrêtons de jouer à la chaise musicale ».
Le soutien inédit des municipalités
La mobilisation a pris une autre dimension le 13 mai avec la diffusion d’une vidéo réunissant plusieurs élus municipaux et représentants régionaux. Parmi eux figuraient notamment Guillaume Tremblay, président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Mascouche, ainsi que le maire de Québec, Bruno Marchand.
Dans cette vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, les intervenants rappellent le rôle des travailleurs étrangers francophones dans l’économie et les services régionaux. « Ces gens sont nos voisins, nos collègues, nos amis », affirme notamment Guillaume Tremblay.
Le message rejoint celui porté depuis plusieurs mois par certaines chambres de commerce, universités, employeurs et organisations syndicales : le Québec risque de fragiliser son attractivité francophone en multipliant les périodes d’incertitude administrative.

« La confiance est rompue »
Au-delà du seul PEQ, les manifestants dénoncent désormais une instabilité plus générale des politiques migratoires québécoises.
Dans les prises de parole relayées par les organisateurs, plusieurs participants évoquent des « promesses non tenues », des « règles qui changent constamment » et une perte de confiance envers les institutions québécoises.
Certaines critiques prennent aussi une tournure plus politique. Des intervenants accusent le gouvernement caquiste de privilégier des considérations électorales et identitaires plutôt qu’une logique d’intégration économique et francophone.
Le gouvernement du Québec défend pour sa part une réduction temporaire des admissions et un resserrement des programmes d’immigration économique, au nom notamment de la capacité d’accueil, de la crise du logement et des enjeux de francisation.
Le rapport de l’association OUI-Québec relance le débat
La séquence intervient aussi dans un contexte politique délicat pour le gouvernement sur les questions identitaires et démographiques.
Cette fin de semaine, le rapport publié par le mouvement OUI-Québec sur la souveraineté critique une forme de fermeture politique autour des enjeux migratoires. Le document évoque un Québec qui aurait « remplacé la fierté par la fermeture », une formule qui a rapidement circulé parmi les militants mobilisés autour du PEQ.
Pour plusieurs observateurs, cette convergence inattendue souligne les contradictions du débat actuel : alors que Québec affirme vouloir protéger la langue française, plusieurs travailleurs francophones déjà intégrés au marché du travail québécois ont perdu leur statut, ont dû quitter la province ou risquent désormais de devoir partir faute de permis de travail ou de perspective claire de résidence permanente.
Une pression appelée à continuer
Devant les bureaux du MIFI, le mouvement semble désormais inscrit dans la durée. Les organisateurs promettent de poursuivre les rassemblements jusqu’à l’annonce d’une solution claire concernant la réouverture du PEQ et le traitement des dossiers en attente.
Au fil des semaines, le dossier est devenu plus qu’un débat administratif. Il touche désormais à l’image même du Québec auprès des travailleurs et étudiants francophones que la province cherche historiquement à attirer.
Et une question demeure, en arrière-plan de chaque manifestation : jusqu’où le Québec peut-il durcir ses politiques migratoires sans fragiliser sa propre capacité d’attraction francophone ?
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