Depuis la création du Festival de films pour l'environnement de Saint-Casimir en 2004, Geneviève Bilodeau est de toutes les éditions. Marraine de l'événement et aujourd'hui présidente du jury, la comédienne raconte comment ce rendez-vous a façonné son regard sur l'environnement, mais surtout pourquoi, selon elle, ce petit festival de Portneuf est devenu un lieu unique de rencontres et de dialogue.


Lorsque Geneviève Bilodeau parle du Festival de films pour l'environnement (FFPE), elle évoque rarement son propre parcours. Pourtant, depuis plus de vingt ans, la comédienne, réalisatrice et documentariste est l'un des visages les plus constants de ce rendez-vous estival de Saint-Casimir. Marraine du festival et présidente du jury, elle y revient chaque année avec la même conviction : ce qui s'y construit dépasse largement le cinéma.
« Le rôle de marraine, c'est une présence bienveillante, un soutien pour le festival »

Une promesse devenue vingt-deux années de fidélité
Tout commence avant même la première édition. En 2002, Geneviève rencontre Léo Denis Carpentier lors d'une production théâtrale. Lorsque celui-ci lui parle de son projet de créer un festival consacré au cinéma et à l'environnement, elle accepte immédiatement de l'accompagner.
« Je lui ai dit : je ne pourrai peut-être pas t'aider à construire l'événement, mais je serai là chaque année. »
Cette promesse, elle ne l'a jamais rompue. Au fil des éditions, elle anime les rencontres avec les cinéastes, les débats, les projections, avant de devenir naturellement présidente du jury puis marraine du festival.
L'époque des grands rêves
Les premières années restent gravées dans sa mémoire. À l'époque, le festival ne se limite pas aux projections de films. Il accueille également de grands spectacles, des ateliers pour les enfants, des conférences, des rencontres avec les citoyens.
Richard Desjardins, Fred Pellerin ou encore Jean Lemire y participent. « Les premières éditions étaient grandioses. Je me demandais toujours comment Léo réussissait à monter tout ça. » Avec le temps, le festival s'adapte à ses moyens. Certaines activités disparaissent, mais l'esprit demeure intact.

Le tournant de la pandémie
S'il fallait retenir un moment charnière, Geneviève désigne sans hésiter la pandémie. À l'époque, le festival se déroule encore autour du Jour de la Terre, en avril. Les restrictions sanitaires bouleversent complètement son organisation.
Plutôt que d'abandonner, l'équipe décide de tout repenser. Le festival déménage en août, multiplie les projections extérieures et profite désormais de la présence des vacanciers.
« J'ai été impressionnée de voir tout le monde se mettre à l'ouvrage pour survivre... pour durer. »
Pour elle, cette période révèle surtout la capacité du festival à se réinventer sans perdre son âme.
Un festival qui transforme aussi ceux qui le font
Le FFPE n'a pas seulement accompagné la carrière de nombreux cinéastes. Il a aussi changé celle de sa marraine.
À force de découvrir des documentaires consacrés à la nature et de rencontrer leurs auteurs, Geneviève Bilodeau finit par réaliser son propre film.
Avec Patrick Bourgeois, elle signe un documentaire consacré au fleuve Saint-Laurent, présenté en ouverture de la quinzième édition du festival.
« Je suis devenue réalisatrice grâce au festival. »
Une phrase qu'elle prononce sans emphase, presque comme une évidence.
Plus qu'un festival de cinéma
Au fil de la conversation, une idée revient constamment. Pour Geneviève, le FFPE n'est pas seulement un événement culturel. C'est un lieu où les frontières disparaissent.
Les réalisateurs prennent leurs repas avec les festivaliers. Les discussions commencées après une projection se poursuivent au déjeuner ou au souper. Les bénévoles, les artistes, les habitants du village et les visiteurs se retrouvent naturellement autour d'une même table.
« Tout le monde partage le moment. Les conversations, les idées... c'est un gros brassage. »
Cette convivialité est, selon elle, l'une des grandes forces de Saint-Casimir.
L'environnement comme point de rencontre
Un autre souvenir l'a profondément marquée. Au début, certains agriculteurs de la région voyaient le festival avec méfiance, craignant d'être montrés du doigt. Les échanges ont progressivement changé les regards.
Des activités communes sont organisées, des plantations d'arbres sont réalisées, des discussions s'ouvrent sur les bandes riveraines ou les pratiques agricoles. « On s'est rendu compte qu'on voulait les mêmes choses. »
Pour Geneviève, c'est peut-être là que réside la véritable réussite du festival : utiliser le cinéma non pas pour opposer les gens, mais pour créer des ponts.
Continuer à espérer
Comme beaucoup de citoyens préoccupés par les enjeux climatiques, Geneviève Bilodeau avoue connaître des moments de découragement devant la lenteur des changements. Mais chaque été, le festival lui rappelle qu'elle n'est pas seule.
« Tout au long de l'année, je peux être découragée. Puis j'arrive au festival et je vois tous ces gens qui travaillent chacun à leur manière pour sensibiliser, créer ou s'engager. »
Après vingt-deux ans, c'est peut-être cette énergie collective qui explique pourquoi elle revient toujours à Saint-Casimir.
Parce qu'au-delà des films, le Festival de films pour l'environnement lui rappelle chaque année qu'un territoire peut encore rassembler des personnes qui choisissent de croire qu'il est possible de changer le monde. Une conversation à la fois.
Un festival de cinéma qui invite à repenser notre rapport au monde
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