Séminaire international à l’UQAM en septembre, partenariat majeur avec MTL connecte en octobre : la Représentation de l’Organisation internationale de la Francophonie pour les Amériques entend faire de cette rentrée un temps fort de réflexion et de coopération autour d’une intelligence artificielle plus inclusive, plus souveraine et davantage représentative de la diversité francophone.


Les 9 et 10 septembre 2026, chercheurs, représentants institutionnels, acteurs culturels et professionnels du numérique se retrouveront à l’Université du Québec à Montréal pour un séminaire international consacré à la découvrabilité et à l’intelligence artificielle.
Organisé par la Représentation de l’Organisation internationale de la Francophonie pour les Amériques (REPAM), en collaboration avec la Chaire de recherche du Québec sur l’intelligence artificielle et le numérique francophones (IANF), l’événement entend confronter les réalités du Nord et du Sud.
Au programme : découvrabilité, algorithmes de recommandation, diversité culturelle, souveraineté linguistique, équité numérique, gouvernance des plateformes, interopérabilité et normalisation. Derrière ces sujets techniques se pose une question très concrète : qui demeure visible dans un environnement numérique de plus en plus façonné par l’intelligence artificielle ?
La REPAM, relais de l’OIF dans les Amériques
L’Organisation internationale de la Francophonie rassemble aujourd’hui 90 États et gouvernements. Elle conduit la coopération multilatérale francophone dans des domaines aussi divers que l’éducation, la culture, l’économie, la démocratie, le développement durable ou encore le numérique.
Basée à Québec, sa Représentation pour les Amériques constitue le relais régional de l’organisation. La REPAM a pour mission de renforcer les partenariats et la coopération entre les gouvernements, les institutions, les entreprises, les milieux de recherche et les organisations de la société civile francophones du continent.
Elle contribue également à faire circuler les expériences entre les territoires. Un rôle particulièrement important dans le domaine numérique, où les écarts de moyens, d’infrastructures, de formation et de représentation restent considérables entre les pays, mais aussi à l’intérieur d’un même pays.
Le séminaire de septembre illustre cette fonction de mise en dialogue. Parmi les intervenants annoncés figurent notamment Alain Kiyindou, professeur à l’Université Bordeaux-Montaigne, Sophie Fallaha, directrice générale du CEIMIA, Marie-Julie Desrochers, secrétaire générale de la Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle, et Lamine Ba, représentant de Music In Africa pour l’Afrique de l’Ouest francophone.
Destiny Tchéhouali, cotitulaire de la Chaire IANF, participera aux regards croisés Nord-Sud. Mehdi Benboubakeur, directeur général du Printemps numérique, Brice Armel Simeu, fondateur de OuiTogether et chercheur au LATICCE, ainsi que Bonaventure Dossou, cofondateur de Lanfrica, interviendront pour leur part lors d’un panel consacré à la diversité culturelle, à la souveraineté linguistique et à l’équité numérique.
Comprendre l’IA pour pouvoir agir
La littératie en intelligence artificielle constitue l’un des fils conducteurs de cette rentrée numérique. Elle ne consiste pas seulement à savoir interroger un agent conversationnel ou produire une image.
Il s’agit aussi de comprendre, au moins dans leurs grands principes, la manière dont les systèmes sont entraînés, sélectionnent des données, produisent leurs réponses et orientent l’accès à l’information. Cette littératie suppose de pouvoir reconnaître leurs limites, leurs biais, leurs effets sur la vie privée, la création, l’emploi ou la circulation des contenus.
Elle devient ainsi une compétence citoyenne : savoir utiliser l’IA, mais également savoir la questionner.
L’enjeu est directement lié à la découvrabilité. Les plateformes ne se contentent plus d’héberger des œuvres, des informations ou des productions culturelles. Leurs algorithmes déterminent largement ce qui sera recommandé, mis en avant ou, au contraire, maintenu hors du champ de vision des internautes.
Or les contenus francophones, particulièrement ceux provenant de communautés ou de marchés moins bien représentés dans les données, risquent d’être doublement marginalisés : moins présents dans les corpus utilisés par les systèmes d’IA et moins proposés par les mécanismes de recommandation.
La Chaire IANF, créée en 2024, travaille précisément sur la place du français dans le développement des technologies numériques et sur les conditions permettant aux communautés francophones de se projeter dans un avenir numérique qui ne soit pas pensé uniquement en anglais.
De l’UQAM à MTL connecte
L’engagement de la REPAM se poursuivra quelques semaines plus tard. Du 13 au 16 octobre, l’OIF deviendra pour la première fois un partenaire majeur de la huitième édition de MTL connecte, la Semaine numérique de Montréal organisée par le Printemps numérique.
Placée sous le thème de la souveraineté numérique, cette édition réunira des décideurs publics, des chercheurs, des entrepreneurs, des entreprises et des acteurs culturels venus des Amériques, d’Afrique et d’Europe. La programmation annoncée comprend notamment des conférences, des rencontres d’affaires, des activités de maillage et un Forum francophone de l’intelligence artificielle.
Après une édition 2025 ayant rassemblé près de 19 000 participants issus de 73 pays, MTL connecte offre à l’OIF une scène internationale pour rapprocher des écosystèmes francophones qui se connaissent encore insuffisamment.
Pour Zahra Kamil, représentante de l’OIF pour les Amériques, ce partenariat doit faire du français un levier « d’innovation, de participation et d’inclusion », tout en créant des perspectives concrètes pour les jeunes et en renforçant la place des femmes dans la construction du numérique de demain. L’OIF présente ce rapprochement comme un moyen de soutenir l’innovation en français et de favoriser des collaborations durables entre les territoires.
Passer du dialogue à la capacité d’agir
Avec ces deux rendez-vous, la REPAM ne présente pas l’intelligence artificielle comme une simple révolution technologique. Elle la replace dans un débat sur la langue, la culture, l’accès aux savoirs et le partage des possibilités économiques.
Les sessions participatives prévues à l’UQAM devront d’ailleurs faire émerger des bonnes pratiques, puis des pistes d’action et des recommandations. Car le constat sur les déséquilibres numériques est désormais largement posé. La prochaine étape consiste à donner aux communautés francophones les compétences, les données, les normes et les outils nécessaires pour agir sur les systèmes qui organisent leur visibilité.
La rentrée proposée par la REPAM pourrait ainsi marquer un passage important : celui d’une Francophonie qui ne cherche plus seulement sa place dans l’intelligence artificielle, mais qui entend contribuer à en définir les règles.










