Réunis le 21 octobre à l’Office national du film du Canada (ONF), journalistes, professionnels du cinéma et partenaires du Festival CINEMANIA ont assisté à une présentation qui ressemblait davantage à une séance de cinéma qu’à une conférence de presse. Bandes-annonces, extraits, témoignages filmés et découvertes se sont succédé pendant presque toute la durée d’un long métrage. De quoi donner le ton d’une 32e édition qui, du 4 au 15 novembre 2026, promet de faire de Montréal l’un des grands carrefours du cinéma francophone.


Cinemania, un festival exigeant mais accessible. - Marc Labrèche
La salle est pleine. Sur l’écran géant défilent les trois dernières affiches de CINEMANIA. Celle de 2026, où un homme soulève un enfant vers un ciel bleu éclatant, vient achever ce que Guilhem Caillard décrit comme une « véritable trilogie de la lumière », amorcée en 2024. Trois images réunies autour de la jeunesse, du mouvement et de l’espoir, symboles de la vitalité du cinéma québécois et francophone. Le visuel de cette 32e édition fait également écho à Juste la fin du monde de Xavier Dolan, sorti dix ans plus tôt. Dans les rangées, les conversations se prolongent, les invités se saluent, les derniers arrivants cherchent une place.

Sur scène, Guilhem Caillard, directeur général du festival, est entouré de Diane Magnoux, directrice de la programmation, et de son équipe. Ensemble, ils vont dérouler une programmation si abondante que la présentation prendra le temps d’un long métrage. Un véritable marathon cinématographique avant même l'ouverture du festival.
Et pourtant, personne ne semble pressé de quitter la salle.
De Jean Dujardin aux frères Lumière, le cinéma dans tous ses états
Les chiffres donnent le vertige : 158 œuvres, une trentaine de pays représentés, 173 invités internationaux et 177 séances, dont 92 accompagnées par des artistes ou des membres des équipes de films.
Mais CINEMANIA ne se résume pas à une addition de statistiques. Ce sont d'abord des visages et des rencontres.
Jean Dujardin, qui avait promis de revenir après son absence l'an dernier, sera finalement à Montréal pour présenter Les Rayons et les Ombres, la nouvelle fresque historique de Xavier Giannoli. Il participera également à une rencontre consacrée à la comédie avec Marc Labrèche.
Jean-Pierre Jeunet, le réalisateur du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, recevra un prix pour sa contribution exceptionnelle au cinéma et présentera Changer l'eau des fleurs, adaptation du roman de Valérie Perrin.
Sandrine Kiberlain sera récompensée pour son rayonnement artistique, tandis que Judith Godrèche accompagnera Mémoire de fille, adaptation de l'œuvre d'Annie Ernaux.
Autre invité très attendu : Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes et directeur de l'Institut Lumière. Il proposera une expérience singulière au Monument-National : commenter en direct des films restaurés des frères Lumière, comme au temps des premiers spectacles cinématographiques.
Une manière de rappeler que le cinéma est né, il y a plus de 130 ans, d'une invention française devenue universelle.
Le festival rendra également hommage à Xavier Dolan en projetant Juste la fin du monde, dix ans après sa sortie. L'un de ses jeunes interprètes de l'époque, Théodore Pellerin, devenu une figure montante du cinéma international, recevra un CINEMANIA d'honneur.

La Belgique à l'honneur, la francophonie comme horizon
Cette année, CINEMANIA a choisi de placer la Belgique francophone au cœur de sa programmation. Dix-sept longs métrages, quatre courts métrages, trois documentaires et une série permettront d'explorer la diversité des créations wallonnes et bruxelloises.
Mais le festival ne s'arrête pas au cinéma.
Une exposition consacrée aux Schtroumpfs, à la Cinémathèque québécoise, retracera l'histoire des célèbres personnages imaginés par Peyo. Des expériences immersives, des rencontres musicales et des échanges professionnels viendront compléter ce portrait d'une Belgique créative.
Même les trophées remis aux lauréats seront belges : ils ont été réalisés par les cristalleries du Val Saint-Lambert, qui célèbrent leur bicentenaire. Sur l'écran, les spectateurs découvrent le travail du designer et du maître verrier. Une vague bleue emprisonnée dans le cristal évoque le drapeau québécois. Une manière particulièrement élégante de matérialiser le dialogue entre les deux territoires.
Ce dialogue traverse d'ailleurs toute la programmation.
La Martinique bénéficiera d'un éclairage particulier, avec six films et une délégation d'une vingtaine de professionnels venus développer des collaborations avec le Québec. L'Afrique sera également présente, notamment avec Benimana, premier film du continent africain récompensé par la Caméra d'or à Cannes, et Paradis, du Québécois Jérémy Comte, qui fait dialoguer le Québec et le Ghana.
Ce dernier ouvrira officiellement le festival le 4 novembre.
Le Cambodge, pays hôte du XXe Sommet de la Francophonie, trouvera lui aussi sa place dans les échanges professionnels, avec une table ronde consacrée aux liens entre les cinématographies québécoise et cambodgienne.
Autant de passerelles qui donnent à CINEMANIA une dimension dépassant largement celle d'un rendez-vous cinéphile montréalais.
Un festival qui refuse de rester enfermé dans les salles
Une autre tendance se dessine au fil des présentations : CINEMANIA multiplie les façons de raconter et de découvrir des histoires.
Pour la première fois, le festival organise des Journées de la série francophone. Des créations québécoises, belges, suisses et d'autres territoires francophones seront présentées, accompagnées de rencontres avec leurs équipes. Les amateurs retrouveront notamment Un gars, une fille, avec Guy A. Lepage et Sylvie Léonard.
La réalité virtuelle occupera également une place importante. Parmi les expériences annoncées, Artou, une œuvre du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako, produite par Omar Sy, entraînera les visiteurs dans un voyage familial et mémoriel en Mauritanie.
L'installation Orchestre en immersion permettra, quant à elle, de vivre la musique symphonique depuis l'intérieur d'un orchestre.
Le festival poursuit aussi son engagement envers la relève, avec plusieurs compétitions, un programme destiné au jeune public et CINEMANIA Pro, cinq journées de rencontres professionnelles gratuites.
La découvrabilité constitue un fil conducteur de cette édition. Guilhem Caillard le rappelle : alors que les algorithmes orientent toujours davantage les choix culturels, les festivals jouent un rôle essentiel pour permettre aux œuvres de rencontrer leur public.
Un enjeu qui dépasse la simple promotion des films : il touche directement à la diversité culturelle et à la circulation des créations francophones.

CINEMANIA dans sa poche, pour ne pas perdre le fil
Après près de deux heures de présentation, une question finit par s'imposer : comment s'y retrouver dans une programmation aussi foisonnante ? Même les cinéphiles les plus aguerris risquent d'avoir besoin d'un peu d'aide pour faire leurs choix.
La réponse arrive sur le grand écran : CINEMANIA dispose de sa propre application mobile, développée avec FEST, disponible gratuitement sur iOS et Android.
Films, compétitions, horaires, séances et billetterie : l'ensemble de la programmation est organisé par rubriques, avec les affiches et les informations nécessaires pour naviguer entre les propositions du festival.
Une façon de transformer cette offre presque éléphantesque en un programme à portée de main. Car si le plaisir du cinéma commence par la découverte, encore faut-il réussir à choisir parmi toutes ces tentations.
Télécharger CINEMANIA sur FEST : https://link.festapp.io/cinemania

Une soirée qui donne envie de retourner au cinéma
Au fil de la soirée, les extraits s'enchaînent. On passe d'un drame historique à une comédie, d'un documentaire sur Gaza à un film d'animation destiné aux enfants, d'une histoire québécoise à un récit venu d'Afrique.
L'humour s'invite aussi à l'écran. Marc Labrèche, futur coprésident du jury Visages de la Francophonie avec Karine Viard, apparaît dans une vidéo où il prétend être en liberté surveillée, bracelet électronique à la cheville, en attendant de pouvoir rejoindre le festival.
Il décrit CINEMANIA comme un festival « exigeant mais accessible ». Une formule que l'équipe semble adopter volontiers.
Lorsque la présentation s'achève enfin, la billetterie est officiellement ouverte. Le public est invité à prolonger les échanges autour d'un cocktail.
On quitte la salle avec une impression assez rare pour une conférence de presse : celle d'avoir déjà assisté à un événement culturel à part entière.
Reste désormais à transformer les promesses de cette longue bande-annonce en rencontres, en émotions et en découvertes. Du 4 au 15 novembre, Montréal aura douze jours pour le faire.
Survol de toute la programmation
Informations pratiques : 32e Festival de films CINEMANIA, du 4 au 15 novembre 2026, à Montréal. Site du festival et billetterie : festivalcinemania.com.
Sur le même sujet



















