Édition internationale

Jeremi Mani, faire du podcast un levier pour les ONG

Entrepreneuriat, engagement personnel et causes caritatives : cofondateur de Podcasthon, Jeremi Mani a contribué à faire émerger un rendez-vous annuel qui mobilise aujourd’hui plus de 2 600 podcasteurs dans 65 pays. Né dans un cadre franco-montréalais avant de prendre une dimension internationale, le projet fait du podcast un espace de visibilité pour les ONG et les organisations caritatives.

Jeremi Mani - PodcasthonJeremi Mani - Podcasthon
Jeremi Mani, cofondateur de Podcasthon, à l’origine d’un rendez-vous annuel qui mobilise des milliers de podcasteurs au service des ONG et des organisations caritatives. Illustration LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 18 février 2026

 

« Le podcast est un média de l’intime, où l’on prend le temps d’écouter » -  Jeremi Mani

 

 

Français d’origine, Jeremi Mani a d’abord construit sa carrière en France, où il a créé puis vendu deux entreprises, l’une spécialisée dans l’e-mail marketing, l’autre dans la modération de contenus en ligne. Installé à Montréal avec sa famille il y a cinq ans, il arrive au Québec avec l’expérience d’un entrepreneur aguerri — et la liberté de choisir la suite.

Ce choix, justement, marque un tournant. « À un moment donné, on se demande ce qu’on fait de son énergie », confie-t-il. Plutôt que de relancer immédiatement une nouvelle machine à croissance, il décide d’investir son temps, et en partie ses moyens personnels, dans un projet à impact social. Podcasthon naît de cette bifurcation : une manière de mettre son savoir-faire au service des ONG et des organisations caritatives, sans logique de profit, mais avec une vraie ambition.

 

 

Podcasthon, de l’intuition au mouvement international

L’idée naît d’un constat simple : alors que la télévision a ses grands rendez-vous caritatifs, le monde du podcast — en pleine explosion — ne dispose d’aucun moment collectif dédié aux causes. La première édition est lancée depuis le Québec, mais elle mobilise principalement des podcasteurs en France. Environ 300 répondent présents. Pour Jeremi Mani et son partenaire, Yves Delnatte, c’est une surprise : le besoin existe.

La deuxième étape consiste à ouvrir plus largement le dispositif. Podcasthon devient réellement international en intégrant les créateurs anglophones. En 2025, l’arrivée massive de podcasteurs américains, canadiens et britanniques fait changer d’échelle au projet : près de 1 500 participants. L’initiative, désormais structurée en plusieurs langues — français, anglais, allemand et espagnol — s’étend rapidement au-delà de l’espace francophone. En 2026, le total dépasse 2 600 podcasteurs répartis dans 65 pays. En quatre éditions, ce qui relevait d’une expérimentation portée depuis Montréal devient un mouvement mondial, propulsé moins par des campagnes marketing que par le bouche-à-oreille entre créateurs convaincus.

 

Donner du temps de parole aux ONG

Au cœur du projet, une conviction simple mais forte : le podcast permet d’écouter vraiment. « Le podcast est un média de l’intime, où l’on prend le temps d’écouter », rappelle Jeremi Mani. Trente à quarante minutes d’échange donnent aux ONG un espace rare pour expliquer leurs missions, leurs contraintes et leurs réalités de terrain — loin des formats compressés des réseaux sociaux.

La moitié environ des podcasteurs choisissent une ONG qu’ils connaissent déjà, parfois parce qu’ils y sont engagés, parfois parce qu’un proche y est impliqué. L’autre moitié découvre une organisation via Podcasthon. Dans les deux cas, la parole est incarnée. Ce ne sont pas des campagnes institutionnelles : ce sont des rencontres.

 

 

D’où vient le « -thon » ?
Le suffixe « -thon » vient du téléthon (télévision + marathon), apparu aux États-Unis dans les années 1950 pour financer la recherche médicale. Le principe : mobiliser le public sur une durée concentrée autour d’un objectif caritatif.
Depuis, le modèle s’est décliné partout dans le monde — Téléthon en France, Teletón en Amérique latine, Telemiracle au Canada — mais aussi sous d’autres formes participatives comme les marche-thon, vélo-thon ou danse-thon.
Podcasthon reprend l’idée du marathon solidaire : une mobilisation collective d’une semaine, version podcast.

 

 

Un site comme point de ralliement

Le site Podcasthon est l’ossature discrète du dispositif. Les ONG peuvent s’y inscrire gratuitement, présenter leur mission et ainsi se faire connaître des créateurs. Les podcasteurs, eux, y trouvent un répertoire d’organisations et un cadre commun.

Dans un univers audio par nature éclaté, cette plateforme joue un rôle de catalyseur. Elle ne diffuse pas les épisodes — ceux-ci restent sur Spotify, Apple Podcasts ou ailleurs — mais elle rend visible l’ampleur du mouvement. Sans ce point de ralliement, la mobilisation resterait fragmentée. Avec lui, elle devient lisible, presque tangible.

 

le site Podcasthon

 

 

Un impact assumé dans le temps long

Podcasthon ne revendique pas de résultats chiffrés spectaculaires. « On n’a pas d’outils pour mesurer l’impact réel, et on l’assume », explique Jeremi Mani. Les dons ne sont pas forcément immédiats, les engagements bénévoles peuvent naître des mois plus tard. L’effet se joue dans la durée.

Des ONG témoignent pourtant de prises de contact, de nouveaux bénévoles, d’une visibilité accrue auprès de partenaires. Rien de spectaculaire, mais des signaux répétés. Podcasthon ne promet pas un pic de collecte : il cherche à planter des graines.

 

Un modèle à consolider

En quelques années, Jeremi Mani a contribué à installer un rendez-vous annuel désormais attendu par des milliers de créateurs. Ce qui n’était qu’une intuition est devenu un mouvement structuré autour d’un principe simple : utiliser la voix pour donner de la visibilité aux causes.

Mais la croissance pose désormais une question plus exigeante. Comment continuer à grandir sans alourdir la mécanique ? Comment structurer davantage sans perdre la liberté laissée aux podcasteurs de choisir l’ONG qui leur tient à cœur ? Derrière l’élan collectif se profile un défi stratégique : celui de la pérennité.

À mesure que le podcast s’impose comme un média mature, capable d’influencer les sensibilités et les débats, l’enjeu pour Podcasthon dépasse la simple mobilisation annuelle. Il s’agit de transformer un élan en structure durable — sans perdre l’esprit qui l’a fait naître. Tout l’équilibre est là.


 

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