Édition internationale

Marie-Gold : du rap à la guitare, une ingénieure à contre-courant de l'IA

Deux fois récompensée aux GAMIQ, première femme à intégrer la ligue supérieure des rap battles WordUp!, Marie-Gold avait fait sa place dans le rap québécois. Puis elle a choisi une autre voie : celle de l'ingénierie, loin des scènes et des tournées. Le 23 octobre, elle revient avec « banale baddie », une chanson acoustique qui raconte précisément cette envie de changer de vie.

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Marie-Gold troque le rap pour la guitare acoustique. Après trois années consacrées à l’ingénierie, entre Paris et San Francisco, l’artiste québécoise revient avec un projet folk plus intimiste. Photo de courtoisie
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 16 octobre 2026

 

 

De Baveuse City à la recherche d'une vie plus tranquille

Il y a encore trois ans, Marie-Gold évoluait dans un univers musical haut en couleur. Avec son album-concept Bienvenue à Baveuse City, paru en 2022, elle avait construit une ville imaginaire peuplée de personnages extravagants, où l'absurde côtoyait la critique sociale.

 

 

Marie-Gold : une rappeuse québécoise qui n’a pas froid aux yeux

 

 

Derrière ce personnage flamboyant se trouvait Chloé Pilon Vaillancourt, diplômée en génie physique de Polytechnique Montréal. Une artiste qui avait réussi à mener de front ses études scientifiques et une carrière musicale comprenant plus de 75 spectacles au Québec et en France.

Deux GAMIQ, en 2018 et 2021, avaient récompensé ses EP de rap. Elle était également devenue la première femme à accéder à la ligue supérieure des rap battles WordUp!, avant d'être choisie comme ambassadrice canadienne de Red Bull Music en 2023.

Mais cette même année, elle décide de quitter le rap et son étiquette musicale pour se consacrer à l'ingénierie.

Paris, puis San Francisco : sa carrière professionnelle la conduit au cœur de l'industrie technologique. Aujourd'hui ingénieure en robotique dans la région de San Francisco, elle participe notamment à la mission Robot Everest, un projet visant à déployer un robot humanoïde sur le plus haut sommet du monde en avril 2027.

Paradoxalement, c'est dans cet environnement de haute technologie que naît son désir de revenir à une musique beaucoup plus dépouillée.

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Quatre chansons, une guitare et l'envie de ralentir

À l'origine de ce retour, une aspiration presque banale : trouver une forme de stabilité.

Après les études, les tournées, les voyages et les défis professionnels, Marie-Gold rêve d'une existence plus tranquille. Un salaire régulier, une relation amoureuse équilibrée, peut-être une famille.

Mais cette vie apparemment ordinaire se révèle moins simple à construire qu'elle ne l'imaginait. De cette contradiction naît « banale baddie », premier extrait d'un EP au titre révélateur : Projet de guitare abandonné.

Pour composer ces nouvelles chansons, l'ancienne rappeuse doit apprendre un instrument qu'elle ne maîtrise pas encore. Elle prévient d'ailleurs son professeur de guitare :

« Je ne veux pas apprendre à jouer de la guitare, je veux juste apprendre à jouer ces quatre chansons. »

Une formule qui résume assez bien sa démarche : la guitare n'est pas une nouvelle performance à accomplir, mais un moyen de raconter autrement ce qu'elle traverse.

Marie-Gold signe elle-même les paroles, la musique et l'interprétation, avec les conseils de l'artiste Mantisse et de son professeur de guitare. Le mixage et le matriçage sont confiés à Charles Lerhe.

Le résultat prend la forme d'un projet folk acoustique de quatre titres, dont trois en français et un en anglais. Le single « banale baddie » paraîtra le 23 octobre, suivi de l'EP le 20 novembre.

 

L'intelligence artificielle pour gérer la musique, pas pour la créer

Le retour de Marie-Gold présente une autre particularité : son rapport à l'intelligence artificielle.

Dans son travail d'ingénieure, elle côtoie quotidiennement les technologies les plus avancées. Mais lorsqu'il s'agit de composer, elle a choisi de ne pas faire intervenir l'IA dans son processus créatif. Un parti pris qui contraste avec l'utilisation croissante des outils génératifs dans l'industrie musicale.

Pour autant, Marie-Gold ne rejette pas l'intelligence artificielle. Elle souhaite plutôt lui assigner une place précise : celle d'un outil au service des artistes, et non d'un substitut à leur créativité.

C'est dans cet esprit qu'elle développe houselabel.ai, une plateforme destinée à accompagner les musiciens indépendants dans la gestion de leur carrière. L'objectif est d'automatiser certaines tâches administratives et promotionnelles qui mobilisent beaucoup de temps : préparation des sorties, organisation des campagnes et suivi des activités.

La plateforme, présentée comme une étiquette musicale reposant sur des agents d'intelligence artificielle, doit être proposée en code source ouvert (open source), afin que d'autres artistes puissent utiliser et adapter les outils développés. Marie-Gold s'en sert elle-même pour préparer la sortie de son nouveau projet musical.

Cette démarche soulève une question qui dépasse largement son parcours personnel : à mesure que l'intelligence artificielle prend davantage de place dans les industries culturelles, comment distinguer ce qui relève de la création artistique et ce qui peut être confié à la technologie ?

Avec Projet de guitare abandonné, Marie-Gold apporte sa propre réponse. La machine peut l'aider à organiser sa carrière, mais les chansons, elles, restent une affaire de voix, de mots et de guitare.

Et si, pour cette ingénieure habituée à repousser les limites de la technologie, la véritable nouveauté consistait simplement à ralentir ?

 

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