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Médicaments français au Québec : les pièges à éviter et une application pour s'y retrouver

Arriver au Québec avec ses médicaments français peut réserver quelques surprises. Une ordonnance qui n'est pas reconnue, un Doliprane introuvable ou un traitement qui n'existe tout simplement pas au Canada : les différences entre les deux systèmes pharmaceutiques sont nombreuses. Pour aider les voyageurs et les expatriés, Lucas Tostee, développeur français, a créé Kayu, une application qui rapproche les données officielles des autorités sanitaires de différents pays. Une initiative née d'un problème très concret, qui permet aussi de rappeler quelques précautions indispensables avant de traverser l'Atlantique.

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Lucas Tostee a développé Kayu pour faciliter la recherche de médicaments et de leurs équivalences d’un pays à l’autre, à partir des données officielles des autorités de santé. Illustrations courtoisie
Écrit par Lepetitjournal Montréal
Publié le 1 octobre 2026

 

 

D'une difficulté rencontrée en voyage à une application

L'idée est née d'une situation que connaissent de nombreux voyageurs : entrer dans une pharmacie à l'étranger et découvrir que le médicament recherché n'existe pas sous le nom habituel. Lorsque la langue est différente, l'exercice se complique encore.

Lucas Tostee a lui-même été confronté à cette difficulté. Des amis lui ont également raconté leurs expériences, notamment l'un d'entre eux, installé à Montréal depuis deux ans. De quoi convaincre ce développeur français, qui a notamment travaillé à New York et en Afrique du Sud, de chercher une solution.

« J'aime créer des applications pour des gens qui ont un besoin spécifique et essayer de le résoudre avec des solutions digitales », explique-t-il. Au-delà de la dimension technique, il revendique une motivation simple : se sentir utile.

Ce n'est pas sa première expérience. Il a déjà développé une application de gestion de budget, avant de s'intéresser au domaine pharmaceutique. Avec Kayu, il s'attaque cette fois à une difficulté qui touche directement la santé des voyageurs.

Son principe consiste à rapprocher les informations publiées par les autorités sanitaires nationales afin de permettre aux utilisateurs de retrouver les notices officielles des médicaments et de rechercher leurs correspondances d'un pays à l'autre.

Kayu s’appuie exclusivement sur les données publiées par les autorités de santé de chaque pays. Un choix qui garantit l’origine officielle des informations, mais qui dépend aussi de ce que chaque administration met à disposition. Santé Canada, par exemple, ne publie pas les codes-barres des médicaments : le scan des produits canadiens n’est donc pas encore disponible. « J’y travaille », précise Lucas Tostee. La recherche par nom, les notices et la recherche d’équivalences sont, elles, déjà accessibles.

Mais derrière cette idée apparemment simple se cache un important travail informatique. Chaque pays publie ses données selon ses propres formats. Il faut donc développer des programmes capables de les récupérer, de les organiser et de les croiser.

Pour le moment, Lucas Tostee travaille sur les données de trois pays : la France, le Canada et l'Espagne. Son ambition est d'élargir progressivement cette couverture. L'application est actuellement proposée sur l'écosystème Apple, le développement d'une version Android n'étant pas sa priorité immédiate.

Le choix du Canada n'est pas anodin. Entre les nombreux Français installés au Québec et les voyageurs qui traversent régulièrement l'Atlantique, les occasions de rencontrer des difficultés avec les médicaments ne manquent pas.

Et certaines surprises peuvent avoir des conséquences autrement plus sérieuses qu'une simple incompréhension au comptoir.

 

Écran de Kayu
Kayu recherche les équivalences de médicaments d’un pays à l’autre. L’application est actuellement disponible uniquement sur iOS.

 

 

Ordonnances, molécules et marques : ce qui change au Québec

La première différence concerne les ordonnances. Contrairement à ce que certains nouveaux arrivants pourraient imaginer, une prescription délivrée par un médecin français ne peut pas être directement exécutée dans une pharmacie québécoise. L'Ordre des pharmaciens du Québec est explicite : une ordonnance provenant d'un pays autre que le Canada n'est pas recevable. Il faut donc consulter un professionnel habilité à prescrire au Québec pour obtenir un renouvellement local. Le pharmacien québécois dispose également de certains pouvoirs de prescription, dans des situations encadrées.

Deuxième surprise : les noms des médicaments. Le Doliprane, bien connu des Français, n'est pas commercialisé sous cette marque au Canada. Sa molécule, le paracétamol, y est appelée acétaminophène. On la retrouve notamment dans le Tylenol et dans de nombreux médicaments génériques.

Mais connaître la molécule ne suffit pas toujours. Les présentations, les dosages et les recommandations figurant sur les emballages peuvent varier d'un pays à l'autre. Il faut donc vérifier le produit effectivement vendu et respecter les indications qui l'accompagnent.

La situation se complique encore lorsque la molécule recherchée n'est pas commercialisée au Canada.

Dans les recherches réalisées pour cet article, nous relevons notamment trois médicaments familiers des Français : le Spasfon, le Smecta et la Biafine. Les molécules correspondant à ces produits ne figurent pas, selon ces recherches du 17 septembre 2026, parmi les médicaments commercialisés dans la base canadienne consultée.

Cela ne signifie pas nécessairement qu'aucun traitement n'existe pour les problèmes concernés. En revanche, il ne faut pas improviser une substitution : seul un professionnel de santé pourra proposer une solution adaptée.

Autre piège : une marque identique ne garantit pas une composition identique. Le Gaviscon en fournit un exemple. Le registre canadien comporte notamment un produit commercialisé sous le nom de Gaviscon Nausea, contenant du dimenhydrinate, destiné aux nausées, et non la formulation française habituelle contre les reflux gastriques.

Ces différences expliquent l'intérêt d'un outil capable de rechercher les médicaments par leurs substances actives et de rapprocher les informations officielles. Elles en montrent aussi les limites : identifier une correspondance pharmacologique ne signifie pas qu'un médicament peut être remplacé automatiquement par un autre.

 

Avant de partir : les précautions à prendre et les ambitions de Kayu

La question se pose également avant même de quitter la France. Quelle quantité de médicaments peut-on emporter ? Peut-on se faire envoyer son traitement une fois installé au Canada ?

Selon les règles publiées par Santé Canada, les visiteurs peuvent généralement apporter une quantité de médicaments correspondant à 90 jours de traitement au maximum, ou à une cure complète si celle-ci est plus courte. Les médicaments doivent être correctement identifiés et conservés dans leur emballage approprié.

Attention toutefois : les règles diffèrent selon le statut du voyageur et la nature du médicament. Les résidents canadiens sont soumis à des restrictions particulières concernant l'importation de médicaments sur ordonnance. Les substances contrôlées, notamment certains antalgiques et traitements psychotropes, font également l'objet de dispositions spécifiques.

Pour éviter les mauvaises surprises, mieux vaut anticiper : conserver son ordonnance originale, prévoir une documentation médicale précisant les molécules utilisées et vérifier les règles applicables à chaque traitement. En cas d'installation durable, il est préférable d'organiser rapidement le relais avec un professionnel de santé québécois.

 

Avant de fermer sa valise

  • Vérifier la disponibilité de ses médicaments au Canada.
  • Conserver les ordonnances et les emballages d'origine.
  • Vérifier les quantités autorisées selon son statut.
  • Se renseigner sur les restrictions concernant les substances contrôlées.
  • Anticiper le renouvellement des traitements de longue durée.
     

C'est précisément dans cette préparation que Kayu entend trouver sa place. L'application ne vise pas à remplacer un pharmacien ou un médecin, mais à faciliter l'accès à une information officielle parfois difficile à retrouver, particulièrement lorsqu'on voyage entre plusieurs pays.

Pour Lucas Tostee, le projet reste évolutif. L'enrichissement des données nationales constitue sa priorité. Il souhaite également observer la manière dont les utilisateurs s'approprient l'application avant de définir un éventuel modèle économique.

Les professionnels de santé et les laboratoires pharmaceutiques pourraient, à terme, constituer d'autres publics intéressés. Ce sont pour l'instant des pistes de réflexion, et non des développements annoncés.

Reste un enjeu essentiel : rendre les informations médicales accessibles au-delà des frontières, sans créer de confusion entre une correspondance de molécules et une recommandation thérapeutique.

Pour les Français qui préparent leur arrivée au Québec, la meilleure précaution demeure donc de se renseigner avant le départ. Et pour ceux qui se retrouvent déjà devant un comptoir montréalais, connaître le nom de la molécule recherchée constitue souvent un premier pas.

 

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