Le Québec change de gouvernement. Au terme des élections provinciales du 5 octobre, le Parti québécois (PQ) de Paul St-Pierre Plamondon arrive largement en tête en nombre de sièges et formera un gouvernement minoritaire.


Selon les résultats préliminaires, le PQ recueille 28 % des voix et 59 sièges, devant le Parti libéral du Québec (PLQ), 24,2 % et 40 sièges, et le Parti conservateur du Québec (PCQ), 20,7 % et 19 sièges. Pour obtenir la majorité, il fallait 64 sièges.
Mais le résultat le plus étonnant se trouve plus bas dans le classement.
571 000 voix pour la CAQ, aucun député
La Coalition avenir Québec (CAQ), au pouvoir avant le scrutin, obtient 13,3 % des suffrages, soit environ 571 000 voix. Elle ne fait pourtant élire aucun député.
À l’inverse, Québec solidaire (QS) recueille moins de voix — 12,4 %, soit environ 532 000 suffrages — mais obtient neuf sièges à l’Assemblée nationale.
La CAQ recueille donc près de 40 000 voix de plus que QS, mais n’a aucun député.

Au Québec, les voix ne sont pas réparties proportionnellement
L’explication tient au mode de scrutin québécois. La province est divisée en 127 circonscriptions et chacune élit un seul député. Le candidat arrivé en tête remporte le siège, quel que soit son pourcentage.
Le total provincial des voix ne sert donc pas à répartir les sièges entre les partis.
Pour la CAQ, les 13,3 % obtenus à travers le Québec n’ont permis à aucun candidat d’arriver premier dans sa circonscription. Québec solidaire dispose, lui, d'un vote davantage concentré dans certains territoires : avec moins de voix à l’échelle provinciale, il parvient à gagner neuf circonscriptions.
Rousseau en fournit un exemple. En 2022, le caquiste Louis-Charles Thouin y avait été élu avec 50,6 % des voix, contre 17,9 % au PQ. Quatre ans plus tard, Mathieu Lebrun (PQ) l’emporte avec 44,1 %, devant le PCQ à 28 %, tandis que la CAQ tombe à 12,7 %. Les voix caquistes existent toujours, mais puisqu’elles ne placent plus son candidat en tête, elles ne produisent aucun siège.
Dans ce système, l’endroit où se trouvent les électeurs compte presque autant que leur nombre.
Un système différent de la France
Le Québec utilise, comme la France pour les élections législatives, des circonscriptions qui élisent chacune un député. Mais il existe une différence essentielle : il n'y a qu'un seul tour. Le candidat arrivé en tête est élu, même s'il est loin des 50 %.
En France, lorsqu'aucun candidat ne remplit les conditions pour être élu au premier tour, un second tour permet aux électeurs de se prononcer à nouveau. Le système québécois ressemble ainsi, de manière simplifiée, à un premier tour français qui serait immédiatement définitif. C'est ce mécanisme qui peut accentuer les écarts entre le nombre total de voix recueillies par un parti et le nombre de députés qu'il obtient.
28 % des voix, 46 % des sièges pour le PQ
Le phénomène joue dans l’autre sens pour le Parti québécois.
Avec 28 % des suffrages, le PQ remporte 59 des 127 circonscriptions, soit 46,5 % des sièges. Il lui manque néanmoins cinq députés pour atteindre le seuil de 64 nécessaire à une majorité.
Le scrutin du 5 octobre en fournit ainsi une illustration particulièrement nette : les Québécois n’élisent pas une Assemblée nationale proportionnelle au vote exprimé dans l’ensemble de la province. Ils participent en réalité à 127 élections locales simultanées.
Et cette fois, cette géographie électorale produit un résultat saisissant : 13,3 % des voix et aucun député pour la CAQ ; 12,4 % et neuf députés pour Québec solidaire.












