Du 20 au 26 septembre est célébrée la Semaine nationale de l’arbre et des forêts au Canada (SNAF). À cette occasion, la 11e édition de la Nuit des idées est devenue une Nuit en forêt. La Nuit des idées a été créée par l’Institut français en 2016. Elle a pour objectif de promouvoir le débat et le dialogue autour d’une thématique. Cet événement, célébré dans plus d’une centaine de pays à travers le monde, a eu cette année comme sujet : « Ouvrir la voie ». Le Consulat général de France à Québec et la Société des arts technologiques (SAT) ont choisi de s’associer pour créer une soirée artistique et scientifique afin de mieux penser le futur des forêts.


Les forêts au cœur de notre identité
Éric Lamouroux, consul général de France à Québec, nous invite à penser ensemble l’avenir de ces écosystèmes. Les forêts sont au « cœur de l’identité du Québec et de la France », indique-t-il. La table ronde animée par Wendy Mbog ouvre le débat en interrogeant la notion même de forêt.

« La forêt, ce n’est pas que des arbres », réagit Hugo Asselin, professeur titulaire à l’École d’études autochtones de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). Il affirme que la forêt est un milieu vivant. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) rappelle que les forêts couvrent un tiers des surfaces terrestres de la planète et abritent plus de la moitié des espèces animales, de plantes et d’insectes.
Éliane Grant, biologiste pour le Conseil de la nation crie de Waswanipi et professeure invitée à l’UQAT, ajoute :
« On ne peut pas parler de la forêt sans parler de la faune, sans parler de l’eau, sans parler du climat ou des humains. »
Pour les communautés autochtones, la forêt est indissociable de l’identité et de la culture de l’être humain, précise la biologiste.

Développer une foresterie durable en s’inspirant des savoirs autochtones
La foresterie désigne l’ensemble des activités concernant la forêt telles que la création, la conservation, l’aménagement et la gestion. La foresterie n’est donc pas seulement liée à l’exploitation commerciale du bois.
Marion Waller, directrice générale du Pavillon de l’Arsenal et conseillère municipale de la Ville de Paris, désigne la forêt comme « un bien commun » dont nous devons prendre soin. L’enjeu est « de ne pas faire toujours primer uniquement les intérêts économiques et nos intérêts sur ceux des autres espèces », déclare-t-elle. Mais alors, comment concilier l’exploitation des forêts avec la préservation des écosystèmes ?
Éliane Grant insiste sur la place que peuvent occuper les savoirs autochtones et les pratiques écologiques traditionnelles dans une gestion durable des forêts. La question de la participation des communautés aux décisions qui les concernent est alors soulevée. Au Canada, l’obligation de consultation de la Couronne à l’égard des peuples autochtones s’inscrit notamment dans le cadre des droits ancestraux ou issus de traités reconnus par l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.
La biologiste pour le Conseil de la nation crie de Waswanipi déplore toutefois le manque d’écoute envers ces communautés et affirme : « On n’a pas l’impression d’avoir le contrôle. » Elle explique qu’il existe une obligation de « consulter » les peuples autochtones, mais s’interroge sur ce que signifie réellement « consulter ». Les modalités diffèrent également selon les communautés. Éliane Grant affirme : « Ce qu’on cherche, nous, c’est un consentement. » La Cour suprême du Canada a toutefois précisé que l’obligation de consultation ne confère pas aux peuples autochtones un droit de veto sur les décisions de la Couronne.

Fontainebleau, une forêt vulnérable au changement climatique
Un reportage réalisé par Marise Filice et Sandrine Viens, diffusé en début de soirée, évoque les conséquences du terrible incendie de la forêt de Fontainebleau. Dans ce reportage, les experts affirment que, face au changement climatique, les forêts sont plus exposées aux sécheresses, aux feux ou encore au déclin de leur biodiversité.
Le reportage met en évidence que la forêt de Fontainebleau est fortement touchée par la sécheresse, car elle possède un sol sableux qui ne retient pas l’eau. Il souligne que l’Office national des forêts essaie de mieux adapter cette forêt, notamment en plantant de nouvelles espèces d’arbres qui seraient plus résistantes à la sécheresse.

Selon l’Office national des forêts, la présence d’une seule essence favorise la propagation des incendies. La sécheresse, le vent et la température contribuent également à accentuer l’ampleur et la rapidité du sinistre.
Marion Waller a été surprise d’entendre parler, pour la première fois dans les médias français, des risques liés à la monoculture. Elle souligne l’importance pour les médias français de faire entrer davantage les sujets environnementaux dans le débat public. Comme l’expliquent les deux étudiantes de Concordia, l’enjeu pour la forêt de Fontainebleau est désormais de parvenir à se régénérer.

Après la table ronde, la Nuit des idées en forêt s’est poursuivie sous le dôme de la SAT. La projection de courts-métrages immersifs et la lecture de textes littéraires ont plongé le public dans les écosystèmes forestiers à la nuit tombante. Assis confortablement sur des poufs, les spectateurs ont pu laisser libre cours à leur imagination.
« Soyez à l’écoute de vos idées, soyez à l’écoute de vos nuits et de vos rêves », déclare Jenny Thibault, directrice de la SAT.
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