Paul Troubetzkoy, le sculpteur de la Belle Époque, à la GAM
La Galleria d’Arte Moderna de Milan présente l’exposition Paul Troubetzkoy. Le sculpteur de la Belle Époque, une vaste rétrospective consacrée à l’une des figures les plus fascinantes de la sculpture entre le XIXᵉ et le XXᵉ siècle.


Après son étape au Musée d’Orsay à Paris, l’exposition milanaise propose une large exploration internationale de l’œuvre de Paul Troubetzkoy (Intra, 1866 – Pallanza, 1938), sculpteur cosmopolite, fils d’un prince diplomate russe et d’une cantatrice américaine. Né sur les rives du lac Majeur et formé en Italie, Parisien d’adoption et célèbre aux États Unis, il s’est imposé comme l’un des portraitistes les plus raffinés de la Belle Époque, jusqu’à devenir une figure majeure de la scène artistique internationale et une référence pour la haute société de son temps.
À travers une sélection de quatre vingts œuvres, entre sculptures et peintures, provenant des plus importantes collections italiennes, européennes, britanniques et américaines, et articulées en cinq sections thématiques et chronologiques, l’exposition retrace le parcours humain et artistique de Troubetzkoy : de ses premiers succès à Milan, où il se forma au contact des milieux de la Scapigliatura, à sa consécration internationale grâce à la victoire de grands concours — notamment celui pour la monumentale statue équestre du tsar Alexandre III à Saint Pétersbourg —, puis à son installation à Paris, jusqu’à sa participation aux grandes expositions américaines.
Un maître du portrait
Célèbre pour sa capacité exceptionnelle à saisir le caractère et la vitalité de ses modèles par des touches rapides et vibrantes, Troubetzkoy fut l’un des grands portraitistes de la Belle Époque. Il représenta des artistes, des aristocrates et des intellectuels de son cercle d’amis, comme le comte Robert de Montesquiou et Gabriele D’Annunzio ; des célébrités du théâtre et de la musique telles qu’Enrico Caruso et Giacomo Puccini ; des artistes de son temps, parmi lesquels Giovanni Segantini et Giovanni Boldini ainsi que Joaquín Sorolla, lié à lui par une profonde amitié, attestée par une série de portraits réciproques ; sans oublier les grandes figures de la haute bourgeoisie internationale, comme la marquise Casati ou des membres des familles Rothschild, Vanderbilt et Rockefeller.
Son mode de travail, qui consistait à sculpter d’après modèle sans dessins préparatoires, ainsi que ses choix esthétiques, ont donné naissance à des bustes en bronze d’une grande modernité, où le processus de création reste visible : certaines parties à peine esquissées, d’autres très définies.

Parmi ces œuvres figure le Portrait de Léon Tolstoï, que Troubetzkoy rencontra en 1899 et qui exerça sur lui une influence profonde, l’amenant à adopter le végétarisme — une pratique encore rare à l’époque — à l’exemple de l’écrivain russe. Une conviction éthique qu’il partageait avec un autre grand protagoniste de son temps, le dramaturge irlandais George Bernard Shaw, qui le qualifia de « sculpteur le plus surprenant des temps modernes ».
Nombre de ces personnalités du monde culturel et industriel devinrent les sujets de ses œuvres. Sa sculpture, souvent rapprochée de l’Impressionnisme, se distingue par l’énergie de sa modélisation, qui crée des surfaces mouvantes et vibrantes, particulièrement sensibles à la lumière.
Le parcours d’exposition s’enrichit également de plusieurs peintures, dont le portrait de Troubetzkoy réalisé par Ilia Répine en 1908, unique tableau conservé en Italie du grand maître russe de la mouvance des peredvižniki (les « ambulants »), exceptionnellement prêté par la Galleria Nazionale d’Arte Moderna e Contemporanea de Rome. S’y ajoutent des œuvres de Giovanni Boldini, dont l’iconique portrait du comte de Montesquiou, prêté par le Musée d’Orsay, mis en dialogue avec le bronze du sculpteur.
Une œuvre foisonnante
Outre les portraits qui ont fait sa renommée, l’exposition présente une sélection de statuettes représentant des Amérindiens — dont il saisit l’allure fière et le mouvement rapide à cheval — ainsi que des cowboys, sujets qu’il observa pour la première fois lors de l’arrivée à Milan du célèbre cirque de Buffalo Bill en 1890, et qu’il reprit ensuite durant ses séjours aux États Unis. Là, il réalisa également les portraits des premières stars d’Hollywood et de gracieuses figures de danseuses.
On peut également y voir la statue de Mademoiselle Svirsky, célèbre danseuse de l’époque qui se produisait pieds nus, avec une dédicace à son ami Sorolla gravée sur la base — une œuvre que le peintre représenta dans plusieurs de ses tableaux, dont le somptueux portrait de son épouse Clotilde assise sur un sofa. S’y ajoute Lady Constance Stewart Richardson, saisie dans un bronze dynamique prêté par les Fine Arts Museums de San Francisco.
L’exposition se conclut par une section entièrement consacrée au monde animal, si cher à l’artiste, avec plusieurs exemples de sa sculpture animaliste, ainsi que des œuvres engagées en faveur de la cause végétarienne, comme Le Dévoreur de cadavres, témoignage de son militantisme précoce.
Informations pratiques27févr.28juin
Du 27 févr. à 10:00
Jusqu'au 28 juin à 19:00
Adresse
Via Palestro 16
MI
milano






