Figure politique italienne et européenne, Emma Bonino s’est éteinte à l’âge de 78 ans à Rome, le 11 septembre. Ses batailles en faveur des droits civils ont changé la vie des femmes en Italie. Du féminisme à l’Europe, les combats d’une activiste humaniste infatigable.


Emma Bonino, une des figures politiques les plus célèbres d’Italie, s’est éteinte à 78 ans, ce vendredi 11 septembre. La disparition de celle qui a fait de sa vie un combat pour les droits civils, suscite une vive émotion dans le pays. “Il n’y en aura jamais d’autre comme elle. Les qualificatifs ne suffisent pas pour décrire cette femme qui a bouleversé tous les schémas et mis à mal le conformisme. », écrit le Corriere della Sera, quotidien de centre-droit. A l’annonce de sa mort, le chef de l’Etat, Sergio Mattarella, a salué « un point de repère en Italie et dans le monde ».
Militante infatigable, féministe acharnée, européiste, parlementaire, commissaire européenne et ministre des Affaires étrangère, Emma Bonino a profondément l’histoire des droits civils en Italie.
Née à Bra, dans une petite ville du Piémont en 1948, elle rejoint le Parti radical à l’âge de 27 ans ; dès lors, son nom devient indissociable de celui de son charismatique leader Marco Pannella et de certaines des batailles civiles les plus marquantes des cinquante dernières années : droit à l’avortement, droit à l’euthanasie, lutte contre la peine de mort, lutte pour l’arrêt de l’énergie nucléaire, combat pour l’amélioration des conditions de détention et l’humanisation des peines, liberté de la recherche scientifique, légalisation des drogues douces, soutien aux opposants politiques dans les dictatures, instauration d’une justice internationale… Un parcours politique qui a duré plus d'un demi-siècle.
Le droit à l’avortement en Italie, son premier combat
C’est par la voix du féminisme qu’elle entre en politique, lorsqu’elle tombe enceinte à l’âge de 27 ans, sans le vouloir. Sa première grande bataille concerne alors le droit à l'avortement. Et lui vaudra trois semaines de prison. En 1975, Emma Bonino est arrêtée aux côtés de Gianfranco Spadaccia et d'Adele Faccio - militante des droits des femmes et l’une des figures du parti qui prône la désobéissance civile - après s'être dénoncés pour avoir pratiqué des avortements clandestins. À cette époque, l'interruption volontaire de grossesse constituait encore un délit. L'arrestation de ces trois militants radicaux a suscité une vaste mobilisation et a marqué une étape clé de la longue lutte ayant abouti, en 1978, à l'adoption de la loi 194 sur l'interruption volontaire de grossesse.

La politique italienne et européenne comme champ d’action
Emma Bonino entre à la Chambre des députés pour la première fois en 1976, à l'âge de 28 ans. En 1979, elle est élue pour la première fois au Parlement européen, où elle siégera au cours de plusieurs législatures. Sa carrière institutionnelle est constamment liée à son engagement au sein du Parti radical ainsi qu'aux campagnes pour les droits civils et humains.
De 1995 à 1999, elle exerce les fonctions de commissaire européenne, avec des responsabilités couvrant l'aide humanitaire, la pêche et la politique des consommateurs, auxquelles s'ajoutent par la suite des compétences relatives à la protection de la santé des consommateurs et à la sécurité alimentaire.
Au sein du gouvernement Prodi II, elle devient ministre du Commerce international et des Politiques européennes. En 2008, elle est élue au Sénat et en devient vice-présidente, poste qu'elle occupe jusqu'en 2013. Cette même année, elle est nommée ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement dirigé par Enrico Letta, fonction qu'elle exerce d'avril 2013 à février 2014.
Ses batailles internationales
Fervente militante de terrain, Emma Bonino emploie la même méthode radicale au sein des institutions européennes. En tant que commissaire européenne à l'aide humanitaire, elle visite certaines des régions les plus difficiles au monde, de l'ex-Yougoslavie à la région des Grands Lacs en Afrique, de la Somalie au Soudan. Parmi ses combats internationaux figurent notamment la lutte contre les mutilations génitales féminines et l'action en faveur de la création de la Cour pénale internationale.
Au cours des dernières années, malgré un cancer du poumon diagnostiqué en 2015, Emma Bonino, restera toujours engagée pour les droits humains, la défense des minorités et une Europe fédérale. En 2024, elle se porte candidate aux élections européennes sur une liste baptisée « Etats-Unis d’Europe ». La même année, elle est hospitalisée pour des problèmes respiratoires, réduisant ensuite ses activités politiques. Dans une interview accordée en février 2025, Emma Bonino déclarait que son corps la lâchait et qu’elle payait le prix physique d’avoir utilisé celui-ci « comme une arme politique » pendant des décennies.
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