

Une magnifique exposition retraçant les 50 dernières années de la bande dessinée italienne “Fumetto italiano. Cinquant'anni di romanzi disegnati” a lieu en ce moment à Milan au Palazzo della Permanente jusqu'au 10 juillet. L'exposition est faite à partir de planches originales des plus grands noms de la bande dessinée italienne. Occasion pour rencontrer l'un des auteurs exposés, l'un des plus grands auteurs italien de roman graphique : Davide Toffolo dit El Tofo.

Davide mène une activité pérenne sur deux fronts. Tantôt frontman du groupe rock Tre Allegri Ragazzi Morti et co-fondateur de la maison de disque indépendante La Tempesta, tantôt auteur de romans graphiques. Tantôt yéti masqué sur scène avec son groupe rock, tantôt auteur conteur d'histoire penché sur sa table à dessin. Davide est un de ces personnages pluridisciplinaires hyper talentueux. Le Petit Journal a choisi d'interviewer l'auteur de bandes dessinées.
Notre rencontre a lieu devant la librairie de bandes dessinées SuperGulp située sur les canaux de Milan. Davide nous y attend, sublime chemise hawaïenne sur le dos et un tendre sourire en coin.
Le Petit Journal (LPJ) : Davide, quel est ton juron, gros-mot ou blasphème favori ?
Davide Toffolo (DT) : Mortacci tua ! (rires gênés) Littéralement mort à tes ancêtres il s'agit d'une expression typiquement Romaine.
Davide Toffolo est né en 1965 à Pordenone petite ville bourgeoise de la région Fioul-Vénétie julienne. Ses parents qui étaient ouvriers ont été les premiers à croire en son « don naturel » pour le dessin. Ils l'ont donc poussé à poursuivre dans cette direction dès le très jeune âge.
Il découvre la bande dessinée ou plutôt les comics américains chez le marchand de journaux du quartier à la fin des années '70 avec une bande d'amis un peu plus grands qui lui font découvrir le magnifique monde des super-héros de Marvel: Spider-Man, les Quatre Fantastiques, Hulk... Il se passionne rapidement pour les histoires empreintes selon lui de « science fiction et aussi d'un brin de soap ». C'est durant cette période qu'il commence à s'intéresser à la façon dont les bandes dessinées/comics sont créées. Il étudie et apprend par cœur le noms des dessinateurs, coloristes, scénaristes qui y figurent.
Les années passent et Davide continue de dessiner. Il part pour Bologne pour étudier à l'école de bande dessinée de Zio Feininger de Andrea Pazienza et Lorenzo Mattotti. Les professeurs de son années sont déjà pour lui de très gros noms du panorama de la bande dessinée italienne : Muñoz, Igort ou encore Mattioti. Davide fait partie de la promotion qui a créé une nouvelle génération de dessinateurs italiens.
Son professeur et maître absolu, Igort, sera le premier à le soutenir et à permettre la publication en 1998 de “Animals” -dessins de Davide et scénario de Giovanni Matioli- parue en France aux Éditions Vertige Graphic. Sorte de chroniques hyperréalistes de jeunes paumés au faciès animal d'une banlieue italienne.

(LPJ) : Et Sinon, Davide le mot que tu préfères ?
(DT) : Révolution !
Révolutionnaire, Davide l'est un peu. Il se considère comme « un soldat combattant pour la liberté ». Cette même liberté qui a pourtant été bafouée avec le triste épisode de Charlie Hebdo. Il considère l'attentat comme une attaque à la liberté du langage, à la liberté de différentes formes d'expressions. Un geste politique lié à la culture française qui se base sur le concept même de liberté.
Il nous raconte qu'en Italie il y a eu une forte « censure à la maison d'édition Topolin qui distribuait en Italie la bande dessinée de l'auteur espagnol Miguel Ángel Martín, Psychopatia Sexualis. Peu de temps avant la sortie de la bande dessinée un corps spécial de la police avait été créé pour lutter contre la pédophilie et censurer toutes les images liées à la pédophilie. La bande dessinée a donc été censurée car elle contenait des images explicites. Les livres ont été séquestrés et la maison d'édition obligée de fermer. Peu d'intellectuels se sont mobilisés, seuls quelques dessinateurs de bande dessinée ont essayer de trouver des fonds pour aider la maison d'édition à ne pas mettre la clé sous la porte. » Davide a organisé un concert en soutien, sans parvenir à sauver la maison d'édition.
(LPJ) : Et le mot que tu détestes le plus Davide?
(DT) : Bourgeois, il faut fuir du confort de la Bourgeoisie...
(LPJ) : Et toi Davide, tu ne serais pas devenu un peu bourgeois ?
(DT) : Ah, oui... c'est vrai, alors disons plutôt riches enfoirés ! (rires sarcastiques)

Tre Allegri Ragazzi Morti sera en tournée à partir du 8 juin et jusqu'au 28 août. Crédit photo : Jacopo Farina
Stop, arrêt sur image, rewind. Impossible de ne pas faire allusion à son immense carrière musicale. La carrière musicale de Davide commence au début des années '80 avec le groupe rock punk Futuritmi. Puis Tre Allegri Ragazzi Morti, initialement formé par Davide, le batteur Luca Casta et le bassiste Enrico Molteni au début des années '90. Les membres du groupe cachent leur identité en utilisant les personnages de bande dessinée créés par Davide. Tous arborent un masque pendant leurs concerts n'autorisant pas le public à prendre des photos ou des vidéos quand les masques sont enlevés. Pour Davide l'homme masqué c'est un peu un hommage aux super-héros de Marvel et aussi la possibilité de jouer avec sa double identité. Le groupe a récemment fêté ses 20 ans de carrière et continu de remplir les salles partout où il passe.
(LPJ) : Le métier que tu n'aurais pas aimé faire ?
(DT) : Militaire de profession
Revenons au dessin. Davide « soldat blessé » comme il se définit dans son autobiographie “Graphic Novel is Dead” est publié en France chez Casterman avec Le Roi Blanc, histoire du gorille blanc du zoo de Barcelone et Pasolini, une rencontre, interview fictive au poète, cinéaste et romancier assassiné en 1975. En Italie il a à son actif plus de 10 romans graphiques publiés et est en train de préparer un nouveau projet qui devrait paraître d'ici la fin de l'année. Les auteurs français qui lui tiennent à cœurs sont : Moebius, Loisel, Lauzier, Christophe Blain et David B. -avec le sublime L'ascension du Haut Mal- et au niveau européen il apprécie particulièrement le néerlandais Joost Swarte. Mais l'auteur qui a bercé son adolescence est Andrea Pazienza disparu trop jeune en 1988 à l'âge de 32 ans. Conseils aux jeunes générations de dessinateurs ? « N'écoutez rien d'autre que votre propre flamme intérieure ». Rester honnête avec soi même, Davide a su le faire pendant des années et l'on espère lire encore de nombreux romans graphiques signés Davide Toffolo, El Tofo !

Couvertures Pasolini, une rencontre et Le Grand Blanc parrus chez Casterman.png
(LPJ) : Et sinon si Dieu existe, qu'aimerais-tu, après ta mort, l'entendre dire?
(DT) : J'aimerais qu'il ne me dise rien et que moi non plus je ne lui dise rien. Au fond peut-être que les mots ne servent pas... (petit sourire en coin)
Recevez gratuitement tous les matins l'actu des Français et Francophones de Milan !
Retrouvez tous nos articles de la rubrique « Culture »
Audrey Gouband - (lepetitjournal.com de Milan) – Vendredi 3 juin 2016
“Fumetto italiano. Cinquant'anni di romanzi disegnati”
Palazzo della Permanente di Milano
Tous les jours de 10h30 à 18h30, jusqu'au 10 juillet
Billet plein tarif : 8,00 Euros
Billets réduit : 6,00 Euros

























