

La Marche Verte du 6 novembre 1975 lancée par Hassan II sur le Sahara occidental n'a rien d'une sympathique randonnée destinée à sensibiliser les populations locales à l'écologie... Les 350.000 marcheurs marocains brandissent des portraits du souverain, des drapeaux rouges et verts en s'élançant vers leurs provinces du sud alors sous contrôle espagnol, dans le cadre d'une opération nationaliste que ne désapprouverait pas le Premier ministre actuel issu des mêmes rangs. La démonstration pacifiste est sans conteste une réussite, notent certains observateurs, "un coup de génie politique d'Hassan II"ainsi requinqué au lendemain de deux coups d'états manqués contre sa personne. Le Maroc qui revendique ce territoire de 266.000 km2, riche en mines de phosphates et de côtes poissonneuses, sur une réalité historique sujette à caution, sera finalement entendu. Suite aux accords de Madrid signés le 14 novembre 1975, l'Espagne abandonne ses possessions sahariennes tout en prônant l'autodétermination du Sahara occidental.
La région restera longtemps une zone de conflits intenses entre les autonomiste du Front Polisario, appuyé et armé par le voisin algérien, et un Maroc opposé à l'idée de création d'une République arabe sahraouie démocratique. Depuis 1991, l'ONU tente de calmer tout le monde avec le voeu pieu d'organiser un référendum d'autodétermination des populations locales concernées, sous l'égide de la Mission des Nations unies. Ces populations sahraouies sont d'origine mauritanienne, algérienne, et de plus en plus marocaine grâce à l'impulsion des programmes de développement économique de Rabat. Depuis 1975, chaque 6 novembre est donc un jour férié national dans l'ensemble du Royaume du Maroc, Provinces du sud comprises.

Juan Carlos Personna non grata
Au nord, le débat sur l'occupation espagnole des "présides"de Ceuta et Mellilia est aussi l'objet de soubresauts diplomatiques entre Madrid et Rabat. Le dernier date de juillet 2002, lorsque des militaires espagnols étaient intervenues sur l'île de Persil pour y repousser des soldats marocains qui s'y étaient installés. Ce rocher était pourtant désigné territoire sous statu-quo depuis quarante ans, avec interdiction de l'occuper pour le Maroc et l'Espagne. La polémique renaît depuis lundi midi, avec la visite du Roi d'Espagne Juan Carlos et la reine Sofia dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilia situées au nord du Maroc, au moment où le Royaume célèbre le 32ème anniversaire de la Marche Verte... "Une provocation"selon certains journaux marocains. Le roi Mohammed VI a rappelé son ambassadeur Omar Azziman à Madrid pour consultations, pour "une durée indéterminée". Des députés marocains ont observé lundi à Rabat un sit-in devant l'ambassade d'Espagne. "Les Marocains n'ont pas l'intention de rester inactifs face à l'offense qui leur est faite et des manifestations sont envisagées", a affirmé à l'AFP le sénateur marocain Yehya Yehya, qui préside par ailleurs une Organisation de défense des victimes du colonialisme espagnol.
Le gouvernement a exprimé "son vif rejet et sa nette réprobation"de cette visite du roi d'Espagne, selon le ministre marocain de la Communication, Khalid Naciri. "Il y a des lignes rouges se rapportant à l'intégrité territoriale du Maroc qui ne doivent pas être franchies", ce que "nos amis espagnols devraient comprendre", a-t-il lâché.
Le gouvernement marocain est aujourd'hui dirigé par Abbas El Fassi, leader du parti nationaliste (et de l'indépendance) de l'Istiqlal qui défend farouchement l'intégrité territoriale du Maroc. Le roi Juan Carlos a été accueilli hier par des dizaines de milliers d'habitants, selon l'AFP, scandant "Viva España!, "Ceuta est espagnole !". La ville s'était drapée aux couleurs espagnoles. Il est attendu aujourd'hui à Melilla.
Didier BOUVILLE. (wwwlepetitjournal.com - Casablanca) mardi 6 novembre 2007
Ceuta et Melilla, espagnoles depuis cinq siècles
Ceuta compte 74.000 habitants et s'étend sur moins de 20 km2. Elle est située à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Tanger et juste en face de la presqu'île de Gibraltar en Espagne. Melilla, territoire de 12,5 km2 à 150 km de l'Algérie, rassemble une population cosmopolite d'environ 57.000 habitants dont 40% de musulmans. L'Espagne exerce sa souveraineté sur Ceuta depuis 1580 et sur Melilla depuis 1496, deux places conçues à l'origine comme des postes avancés après la reconquête de l'Andalousie par les rois catholiques contre les royaumes arabes. La dernière visite d'un monarque espagnol dans ce territoire situé sur la côte nord-ouest du Maroc remonte à 1927, quand le grand-père de Juan Carlos, Alphonse XIII, s'y était rendu.
"Maroc, les frontières incertaines"avec "Le dessous des cartes"
Dans la série des passionnantes émissions d'Arte "Le dessous des cartes", voici celle consacrée au "Maroc et ses frontières incertaines : les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au nord, le Sahara Occidental au sud".
























