Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018
Il fut un temps où l'on portait le deuil en France. Et si c'était encore d'actualité en Italie? Annonces publiques, cortèges funèbres? Ces coutumes ancestrales de respect envers les morts existent toujours. Mais paradoxalement, la crémation bat des records dans certaines villes de la péninsule
Annonce mortuaire accrochée sur la grille d'entrée d'un immeuble de Milan (Photo G.D.)
A la porte d'immeubles ou de maisons pendent des sortes de trophées. Ils pourraient ressembler à des récompenses hippiques mais sont bien plus grands et de couleurs tristes, gris ou noir. C'est un signe. Ici, un habitant vient tout juste de rendre l'âme. La mort ne passe pas inaperçue en Italie, contrairement à d'autres pays occidentaux. Parfois la porte est entièrement recouverte d'un grand tissu noir. Dans le hall de l'immeuble, à la vue de tous, un registre de condoléances est installé. De plus, dans toutes les petites villes, une affiche de type publicitaire, présentant la personne décédée, est placardée par la mairie. "Porter le deuil"est peut-être passé de mode en France mais pas en Italie. "Il est très courant dans le Sud de la péninsule, et arrive encore dans le nord que des personnes s'habillent de noir pendant une année à la suite d'un décès", constate Don Giuseppe, prêtre dans une paroisse milanaise. Une pratique qui s'est tout de même allégée. Autrefois, la durée du deuil était calculée en fonction du degré de parenté. Conséquence, "certaines personnes portaient le deuil toute leur vie, car à peine avaient-elles achevé les 3 années en souvenir de leur défunt époux, que leur cousin décédait, et c'était reparti pour un an", se souvient Anna, une Italienne de 45 ans, originaire de Sicile. Autre façon de montrer son respect pour le défunt : accompagner à pieds le cercueil entre la maison, l'église et le cimetière. Le cortège funèbre est toujours d'usage dans les petites villes italiennes. Et "on peut même encore en voir passer dans les grandes villes comme Milan", affirme Don Giuseppe.
Sur l'annonce mortuaire, est d'abord écrit à la main le nom du défunt puis, un peu plus tard, sont ajoutés l'horaire et le lieu des funérailles (Photo G.D.)
Milan, la ville européenne où on se fait le plus incinérer Fait surprenant au regard de tous ces usages traditionnels : environ 2 Italiens sur 3* se font incinérer à Milan -record européen en 2007 !-. Et dans quelques autres villes du nord de l'Italie, le chiffre atteint 50 %. Toutefois la mort reflète bien le pays, car il y a là un grand écart avec le sud. La crémation n'y est pratiquée qu'à 0,5 % (bien au-dessous de la moyenne européenne de 36%). A part la crémation, la dernière étape en ce monde reste toujours traditionnelle pour la majorité des Italiens. Le corps est encore veillé dans la maison du défunt dans 80% des cas, avant une cérémonie à l'église, constate Alessandro, responsable d'une société de pompes funèbres à Milan. Le déroulement des funérailles a même un côté rigide. En effet, la loi impose que le corps soit enterré ou incinéré 24h après le décès (hors exceptions). Et c'est la mairie qui décide du jour, de l'heure et du lieu des funérailles. Le prêtre reçoit un avertissement de l'administration lui enjoignant d'être disponible à telle heure dès le lendemain. A noter pour finir : si vous devez assister à des funérailles en Italie, ne vous attendez pas à être reçu par la famille du défunt après la cérémonie. Si prendre un repas ou tout simplement se réunir à la suite d'un enterrement est courant dans plusieurs pays occidentaux dont la France, cela choque beaucoup les Italiens. Gersende DELCROIX. (www.lepetitjournal.com - Milan) vendredi 30 octobre 2009 (Rediffusion) *Chiffres datant de début 2008. Sources : Commune di Milano, European Federation of funeral Services (Effs)
Le gâteau des morts (Il dolce dei morti) en vente en ce moment dans les boulangeries italiennes (Photo G.D.) Sa forme et son goût diffèrent selon les régions. Ici le biscuit s'appelle le "pain des morts", ailleurs "l'os des morts". Sa couleur sombre ne le rend pas très appétissant. Mais, malgré cela, il est en vente pendant près d'un mois chaque année dans toutes les pasticerie italiennes, autour du 2 novembre. Sa spécificité : c'est le seul gâteau de la pâtisserie destiné aux... morts ! Traditionnellement, on le déposait sur la table, la nuit de la fête des défunts, pour que ceux-ci puissent venir s'en régaler.
Les cadeaux des morts (I regali dei morti) En Sicile, jusqu'à il y a quelques années, les enfants étaient gâtés non pas à Noël mais le 2 novembre. Les parents cachaient les cadeaux dans la maison et racontaient à leurs enfants que les défunts étaient venus les leur apporter pendant la nuit.