

La Darsena, point de jonction entre le Naviglio Pavese et le Naviglio Grande, fut dans les années soixante le treizième port d'Italie. Aujourd'hui, à la suite d'un projet de rénovation depuis abandonné, elle s'est transformée en une friche constellée de déchets, bouteilles, téléviseurs et autres scooters abandonnés. Que s'est-il passé? Où en sont les travaux? et quelles sont les propositions émises pour revaloriser cette zone? Les détails...
La Darsena, une richesse historique et touristique soumise à des problématiques particulières
Les Navigli, construits pour amener l'eau en ville, se rejoignent dans la Darsena, à l'époque canal d'irrigation, qui devient ensuite navigable jusqu'à devenir en 1863 le treizième port d'Italie. Jusqu'aux années 70, c'était le coeur bohémien et populaire de Milan, aujourd'hui devenu la zone des VIP et des divertissements nocturnes. Et si depuis longtemps l'activité portuaire a disparu, le quartier des Navigli n'en reste pas moins une porte vers l'extérieur de la ville. En effet, ce quartier dont le pittoresque attire les touristes italiens et étrangers, est une charnière entre la ville et la campagne, rapidement rejoignable en suivant les Navigli dont les berges peuvent être parcourues, à pied ou en vélo, celles du Naviglio Grande menant à Abbiategrasso ou Morimondo en longeant rizières et fermes, celles du Naviglio Pavese à la chartreuse de Pavie en longeant écluses et champs de fleurs.
Des aménagements devaient être faits dans le quartier, en prévision de l'Expo 2015 puisque Milan a gagné l'Expo en mettant l'accent sur les voies d'eau, mais aussi pour résoudre les problèmes de circulation et de parkings de la zone. Mais il est difficile de revaloriser ce secteur de la ville, en raison des contraintes historiques mais aussi de la loi régionale du 6 avril 1995 souscrite par la Provincia et la Comune di Milano, qui prévoit que pour modifier l'image actuelle de la zone, il est nécessaire de faire un plan paysager unique, capable de sauvegarder l'intégrité de l'aire (Darsena, Naviglio Grande et Pavese).
Le projet initial et les difficultés rencontrées
Le maire Albertini, niant toute valeur historique à la zone et n'y voyant que la valeur monétaire potentielle, demande en mai 2003 la mise en oeuvre du chantier de construction d'un parking souterrain de 713 places. A l'automne de la même année l'aire est consignée et asséchée. Mais à part les fouilles archéologiques, les travaux ne sont jamais partis. Car les travaux entamés ont mis à jour des remparts (mura spagnole), couverts vers 1800, qui en interrompant les travaux ont donné lieu à la croissance d'un jardin spontané et luxuriant aujourd'hui dégradé par les immondices, malgré plusieurs campagnes de nettoyage. Ainsi, ce sont 60.000 m2 au périmètre clos d'une barrière qui se sont transformés à la fois en décharge à ciel ouvert et en cachette pour les marchandises volées et les dealers de la zone.
Outre les remparts, dans la Darsena a été découvert le dallage de l'écluse de Viarenna, une oeuvre d'ingénierie hydraulique construite en même temps que le port de Milan, que Leonardo étudia pendant son séjour à la cour de Ludovico il Moro. Puisqu'on ne peut déplacer ces découvertes, c'est donc le parking qui devra changer de place si l'on veut les conserver, retardant les travaux et augmentant du même coup le coût des dommages aux acquéreurs.
En 2004 est tout de même organisé un concours international pour la rénovation de la zone, remporté par le groupe français Bodin et Associes, consistant en un retour de l'eau dans le bassin, des pontons en bois et une double promenade arborée. Mais ce projet, ne pouvant pas tenir compte des pièces archéologiques découvertes sur le site semble dépassé.
En plus de 6 ans, Milan a donc pourri le coeur des Navigli, un lieu identifiable à l'histoire et à l'image de la ville. Une bataille légale est en outre en cours, dans laquelle s'affrontent le Palazzo Marino, qui devant la faillite du parking sous l'eau a révoqué la concession l'année dernière, et la Darsena Spa, qui demande aujourd'hui des dommages pour le fait de ne plus pouvoir construire.
Polémiques et nouvelles propositions de projets
Le projet "darsena pionieri" propose quant à lui un projet beaucoup simple à mettre en oeuvre, et moins coûteux. Il s'agirait de créer un parcours cyclo-piéton autour du bassin nettoyé, opération pour laquelle suffirait la somme de 450.000 euros. Cette somme pourrait être récoltée grâce à l'achat virtuel de parcelles du lieu, ce qui permettrait aussi de créer un fond pour l'entretien des espaces verts. Une proposition qui permettrait de valoriser les richesses existantes, comme les ruines dégagées ou l'intéressant biotope spontané qui s'est formé dans l'aire à l'abandon. Le projet pour l'instant semble rencontrer un public favorable, à commencer par les habitants de la zone. Le 17 février la proposition était étudiée par le président du conseil de la zone 5 Giovanni Ferrari, le 10 mars le Corriere della sera publiait le projet dans un article dédié aux Navigli, et le 15 mars, une délégation était reçue par Flora Vallone, directrice du Secteur "Arredo Verde e Qualità Urbana" (Equipements verts et qualité urbaine ) de la ville.
L'architecte Antonello Boatti, qui depuis plusieurs années s'occupe des Navigli avec des collègues et étudiants du département d'architecture et planification du Politecnico di Milano, est lui aussi contre le projet vainqueur du concours. Celui-ci obligerait en effet à exclure définitivement la possibilité de réactiver le tracé historique des eaux, sans compter les dégâts causés par les terrassements aux berges et au lit de la Darsena. Selon lui, si les réelles nécessités de la zone avaient été considérées, deux parkings auraient pu être réalisés, plus petits et destinés aux seuls résidents: un piazza General Cantore, au bout de viale Papiniano, et un piazza XXIV Maggio.
L'aventure des travaux du parking Darsena est donc à suivre, en espérant que, quelle que soit la solution adoptée, les jours de cette décharge à ciel ouvert dans laquelle grandissent les canetons du Naviglio, soient comptés.
Fleur Louis (www.lepetitjournal.com - Milan) vendredi 23 avril 2010







