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L'ITALIE ET LES FEMMES - Les premiers mouvements féministes

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 14/01/2013 à 23:19 | Mis à jour le 15/01/2013 à 16:02

La rédaction de votre édition milanaise vous propose un dossier en trois parties sur l'Histoire du féminisme en Italie. Statut des Italiennes, droits acquis, débats, luttes et figures emblématiques seront abordés jusqu'à la journée de la Femme du 8 mars. Ce mois-ci, pour le premier volet, nous vous offrons un retour sur les débuts des mouvements féministes dans la péninsule de la fin du XIXème siècle à l'"autumno caldo" de 1969. Retour sur plus d'un siècle de lutte.

La communauté philosophique Diotima, née à L'Université de Vérone dont la chef de file est Ida Dominajanni, définit le féminisme comme "un mouvement instable qui procède par vagues". Emancipation, puis libération définissent bien les deux vagues du mouvement féministe amorcé en pleine Révolution Industrielle alors que les femmes commencent à jouer un rôle important dans la course à la modernité technique, puis sociale. C'est naturellement que leurs exigences en terme d'égalité des droits se sont amplifiées au cours du XXème siècle.

Les protestations naissent, la lutte commence
L'Histoire du féminisme débute à la fin du XIXème siècle. A cette époque, les femmes italiennes vivent entièrement sous le joug de leur mari. Elles ne jouissent d'aucune liberté juridique. C'est dans ce contexte qu'en 1899, un groupe de femmes crée L'Unione Femminile à Milan. Son but est "d'élever et d'instruire la femme". Ses membres proviennent d'horizons différents mais partagent une affinité pour la gauche italienne. Le groupe cherche à protéger la femme au travail et à valoriser son statut à la maison.
Des mères au foyer commencent à critiquer le modèle familial patriarcal italien. C'est le cas de Sibilla Aleramo. A travers son récit autobiographique "Una Donna", cette grande admiratrice de Virginia Woolf dénonce l'oppression des femmes italiennes qui subissent tour à tour le pouvoir de leur père et celui de leur mari. En signe de protestation, la jeune femme décide de quitter le foyer familial. Elle se rend seule à Milan pour échapper à son devoir de mère et d'épouse. Le livre choque. Il est d'ailleurs censuré par les maisons d'édition Treves et Baldini & Castoldi. Il constituera néanmoins une source d'inspiration pour de nombreuses femmes qui jugent la désertion de Sibilla Alareno, héroïque.

Des organisations féministes à l'obtention du droit de vote
Au XXème siècle, le mouvement devient plus revendicatif. L'objectif des féministes italiennes est alors d'atteindre la parité homme-femme. L'obtention de droits civiques et politiques devient l'objet principal de la lutte. Pour ce faire, elles ont besoin de structures. Les deux premières grandes organisations féministes émancipatrices voient donc le jour en 1944 à Rome. La majorité des adhérentes de L'UDI (Unione Donne Italiane) et du CIF (Centro Italiano Femminile) sont des anciennes résistantes. Elles multiplient les rencontres et les débats, au sein d'une société très conservatrice où le Vatican exerce encore une autorité morale forte.
Toujours dans l'optique de "faire entendre la voix des femmes", ces deux organisations féministes lancent chacune un journal : Il Bolletino (CIF) à tendance catholique et Noi Donne (UDI) dans la mouvance communiste. Les deux groupes dépassent le clivage politique et unissent leur forces dans un but commun : l'obtention du droit de vote pour les femmes. Ce combat aboutira à une victoire puisqu'en 1945, le droit de vote est accordé aux femmes.
Par la suite, les négociations enclenchées par les syndicats pour la défense des travailleuses portent leurs fruits. Dans le monde du travail, les droits des femmes se rapprochent progressivement de ceux des hommes.

La fin du féminisme émancipateur
Dans les années 1960, la pensée féministe évolue. Les italiennes hésitent : faut-il chercher à être égales aux hommes ou faut-il s'affirmer dans la différence? De nouveaux groupes féministes voient alors le jour à l'image de Lotta Femminista ou encore Rivolta Femminile, organisation créée par Carla Lonzi, figure emblématique du féminisme en Italie.
Les revendications et l'idéologie évoluent. S'émanciper ne signifie plus accepter la même vie que celle des hommes. Au contraire, les femmes veulent exprimer leur propre sens de l'existence. "La femme ne doit pas se définir en fonction de l'homme" soutient Carla Lonzi. Dans son Manifesto di Rivolta Femminile, elle ajoutera même que "la politique égalitariste du féminisme émancipateur a rendu la femme invisible". Une page se tourne dans la lutte pour l'égalité. L'ère du féminisme émancipateur est révolue.
La fin des années 1960 est marquée, dans le monde occidental, par une contestation des valeurs de la société, des pouvoirs en place, mais aussi par une vague de revendications d'ordre social et salarial. L'apogée de ce mouvement donne à la France son "mai 68". Un an plus tard, l'Italie a droit à son "autunno caldo" (automne chaud). Ce climat favorise la popularisation du mouvement féministe mais celui évolue aussi. L'orée des années 1970  annonce, non plus un féminisme d'égalité mais un féminisme de la différence.

Dates clé

1944 : naissance de l'UDI et du CIF
1945 : les Italiennes obtiennent le droit de vote
1950 : les femmes obtiennent des congés maternités
1960 : loi sur l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes
1960 : les femmes ont accès à toutes les professions
1963 : loi qui interdit le licenciement en raison d'un mariage
1963 : pension pour les mères au foyer
1968 : l'adultère n'est plus puni par la loi
1969 : autumno caldo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Alix Van Pée (www.lepetitjournal.com/milan) - mardi 15 janvier 2013

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(dessin de Sara Van Pée)

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