

Pour ce dernier article de notre dossier spécial "Immigration en Italie", nous sommes allés à la rencontre de ces immigrés qui choisissent de s'installer dans la péninsule
Souvenez-vous, en janvier dernier, lorsque éclate la révolution tunisienne, plusieurs milliers de tunisiens débarquent à Lampedusa, puis à Vintimille, dans le but de rejoindre le territoire français. La semaine dernière, toujours à Vintimille, nous avons rencontré trois sénégalais qui, quant à eux, entamaient le chemin inverse pour atteindre le nord de l'Italie. Massamba, Amidou et Mapaté. Massamba a 28 ans. Il a débarqué pour la première fois en Italie en 2007, sur l'île de Lampedusa. Alors qu'il s'apprêtait à rejoindre la France, l'aventure le conduit dans la ville de Brescia, en Lombardie, où une opportunité de travail dans le bâtiment s'offre à lui. "Les deux premières années de mon arrivée, je dormais dans une cave d'un immeuble avec deux autres ouvriers également sans papiers" nous raconte-t-il dans un italien tout à fait correct. "Lorsque je suis devenu chef de chantier au bout de deux ans, mon employeur a mis à ma disposition un appartement et m'a demandé si je connaissais des personnes qui seraient prêtes à travailler comme moi". C'est-à-dire des sans papiers non déclarés au fisc.
Et c'est ainsi que Massamba fait venir en Italie deux de ses oncles, Amidou 51 ans et Mapaté 52 ans. Aujourd'hui, tous trois sont engagés dans la même entreprise de BTP. Massamba nous affirme percevoir un salaire mensuel de 2.000 euros, en liquide. Satisfait de sa situation financière, il ne pense pas rentrer un jour au Sénégal, où il continue d'envoyer de l'argent chaque mois. Son rêve serait de créer sa propre entreprise et avec la venue de ses deux oncles, il espère pouvoir mener à bien ce projet. Mais pour cela, il faut qu'il contacte les autorités publiques afin de régulariser sa situation. Aujourd'hui, Massamba vit en toute illégalité en Italie, sa carte de séjour est expirée depuis plus de 3 ans.
"Les métropoles européennes nous font rêver"
Outre les villes industrielles du nord ou les cités agricoles du sud, ce sont surtout les grandes métropoles italiennes qui attirent les immigrés par les possibilités d'évolution professionnelles qu'elles offrent à ceux qui y tentent leur chance. Mais rare sont ceux qui parviennent à leurs fins.
Résidant à Milan depuis plus de deux ans, Ibrahima, également sénégalais, connait lui aussi des difficultés à s'insérer dans la société italienne. Sa situation de départ était pourtant bien différente de ses compatriotes de Brescia. Originaire de Dakar, il se rend à dans la capitale lombarde afin de terminer ses études d'économie. Diplômé d'un master de marketing, Ibrahima n'a cependant pas réussi à trouver un emploi, victime de la politique de discrimination à l'embauche envers les étrangers. Aujourd'hui, il assure la sécurité dans une grande chaine de restaurant, de 20h à minuit. Persévérant, il passe le reste de sa journée à chercher un emploi. Il se dit épuisé de ses longues journées qui débutent à 8 heures du matin et se termine 16 heures plus tard, mais il n'a pas le choix. " Si je reste au chômage plus de six mois, ma carte de séjour expire et je n'ai pas envie de vivre avec la peur quotidienne de me faire renvoyer dans mon pays". photo.www.xibar.net.Brescia
L'aide indispensable des associations caritatives
Aujourd'hui, selon le dernier rapport annuel de la Caritas, 5 millions d'immigrés résident en Italie, dont une partie en toute illégalité. C'est d'ailleurs vers la Caritas Italie que se tournent en premier lieu les immigrés fraichement débarqués dans la péninsule, faute de dispositifs institutionnels suffisants. A Brescia, qui est la ville italienne où la concentration d'immigrants est la plus forte dans le pays (12,9% de la population locale), Massamba s'y est rendu plusieurs fois durant les premiers mois de son arrivée. "Chaque lundi soir, j'allais au restaurant de la Caritas, les repas sont distribués gratuitement". Et si Massamba parle aussi bien l'italien à présent, c'est parce qu'il a pu bénéficier des cours de langues gratuits d'une association partenaire de la Caritas italienne. C'est de nouveau vers l'association catholique qu'il envisage de se tourner pour qu'elle puisse l'aider à obtenir des papiers d'identité italiens, en attestant qu'il travaille dans la péninsule depuis plus de 3 ans. Chaque année l'Italie procède à plusieurs centaines de milliers de régularisations et cette fois-ci, il compte bien faire partie du lot. Mais pour cela, il sera contraint de se présenter aux autorités publiques comme clandestin, avec les risques que cela comporte. Et pour ses deux oncles ? "Ça, ce sera encore une autre histoire" conclut-il.
Laurent Maurel (www.lepetitjournal.com/milan) jeudi 24 novembre 2011







