Trois siècles avant la création des premières institutions françaises de la capitale espagnole, Madrid accueillait déjà l’un des Français les plus célèbres de son histoire. Il ne s’agissait toutefois ni d’un diplomate ni d’un commerçant, mais d’un roi prisonnier.


L’histoire des Français de Madrid reste largement à écrire. Derrière les associations, les écoles et les institutions fondées à partir du XIXe siècle se cachent des destins plus anciens et parfois inattendus. Celui de François Ier est sans doute le plus spectaculaire. Il y a cinq cents ans, le roi de France passa plusieurs mois à Madrid, non par choix, mais comme prisonnier de Charles Quint.
De Pavie à Madrid
Le 24 février 1525, François Ier est battu et capturé lors de la bataille de Pavie, dans le nord de l’Italie. Le roi de France tentait alors de conserver le duché de Milan face aux troupes de Charles Quint, roi d’Espagne et empereur du Saint-Empire.
Blessé et fait prisonnier, il est d’abord détenu en Italie, puis transféré en Espagne avant d’arriver à Madrid en août 1525. Sa capture constitue un événement considérable, car, pour la première fois, le roi de France se trouve à la merci de son principal rival.
Où fut-il emprisonné ?
La tradition madrilène affirme que François Ier fut enfermé dans la Torre de los Lujanes, sur l’actuelle Plaza de la Villa. Une légende raconte même que la porte aurait été choisie pour sa faible hauteur, afin d’obliger le souverain français à s’incliner en entrant.
Les recherches historiques conduisent cependant à nuancer ce récit. François Ier a peut-être séjourné brièvement dans une demeure appartenant à la famille Luján, mais l’essentiel de sa captivité se déroula vraisemblablement dans le vieil Alcázar royal de Madrid, à l’emplacement de l’actuel Palais royal.
Le bâtiment a disparu dans l’incendie de 1734. En conséquence, aujourd’hui, rien ou presque ne signale qu’un roi de France fut détenu pendant plusieurs mois au cœur de Madrid.
Une prison royale
François Ier ne fut pas enfermé dans un cachot. Il bénéficiait de conditions matérielles relativement confortables. Pour preuve, il fut logé selon son rang, entouré de quelques serviteurs et autorisé à recevoir des visiteurs.
Cela n’empêcha pas qu’il resta placé sous haute surveillance. Ses déplacements étaient toujours effectués sous escorte. Cette « prison dorée » était surtout une épreuve politique et psychologique.
Le prix de la liberté
Pour obtenir sa libération, François Ier finit par accepter la signature d’un traité, le 14 janvier 1526, qui implique de renoncer à ses ambitions en Italie, d’abandonner ses droits sur la Flandre et l’Artois et, surtout, de céder le duché de Bourgogne à Charles Quint. La garantie qu’il doit apporter est douloureuse : livrer ses deux fils aînés, François et Henri (le futur Henri II) comme otages.
Toutefois, une fois revenu en France, François Ier refuse d’appliquer une grande partie du traité, qu’il estime signé sous la contrainte et reprend la guerre. Ses fils en paient le prix. Soumis à des conditions de détentions très rudes, qui affecteront leur santé psychologique, ils finiront par recouvrer la liberté quatre ans plus tard, après le paiement d’une rançon considérable de deux millions d’écus d’or, qu’on peut estimer aujourd’hui à environ 750 millions d’euros, si l’on se fonde sur la seule valeur actuelle de l’or qu’elle contenait.
Cinq siècles plus tard, cet épisode demeure l’une des pages les plus étonnantes de la présence française à Madrid : celle d’un roi devenu, malgré lui, Français de Madrid.
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