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8 mai 1945, deux France sur la colline de Montjuïc

Le 8 mai 1945, Barcelone célèbre la victoire alliée dans une atmosphère singulière. Sur la colline de Montjuïc, deux France se croisent sans se rencontrer : celle de la France Libre, rassemblée au monument aux morts, et celle de Vichy, enfermée derrière les murs de la forteresse avec Pierre Laval.

forteresse de Montjuïc à Barceloneforteresse de Montjuïc à Barcelone
@Public domain, via Wikimedia Commons. / Forteresse de Montjuïc.
Écrit par Guillaume Horn
Publié le 7 mai 2026

Mai 1945, Barcelone devient l’un des derniers refuges des vaincus de la Collaboration. L’Allemagne nazie s’effondre, et les anciens responsables de Vichy cherchent une issue. Parmi eux, Pierre Laval, ancien chef du gouvernement français. Son nom résume à lui seul l’abîme dans lequel le régime de Vichy a entraîné la France, la Collaboration, la répression, la participation aux persécutions antisémites, l’espoir jusqu’au bout placé dans l’Allemagne hitlérienne.

 

À Montjuïc, Pierre Laval enfermé pendant que la France Libre chante la victoire

Mais, à Barcelone, Laval n’est pas libre. Les autorités franquistes l’installent dans la forteresse de Montjuïc, qui domine la ville et la Méditerranée. La prison a son histoire, lourde de répressions et d’exécutions. Elle devient, quelques jours durant, le décor de la chute d’un homme qui avait gouverné au nom d’une France soumise à l’occupant.

Le symbole est d’autant plus fort qu’au même moment, sur cette même colline, d’autres Français se rassemblent. En effet, le 8 mai 1945, plusieurs centaines de Français de Barcelone montent au monument aux morts. Ils portent des fleurs tricolores à la boutonnière. Ils chantent La Marseillaise. Ils célèbrent la capitulation de l’Allemagne nazie, mais aussi la victoire d’une certaine idée de la France. Celle qui n’a pas accepté la défaite, celle qui s’est reconnue dans la Résistance, la France Libre, le général de Gaulle, les maquis, les prisonniers, les déportés, les exilés.

 

Deux France se font face au lendemain de la Libération

À quelques centaines de mètres seulement, deux France se font face. L’une chante. L’autre se tait. L’une dépose des fleurs au pied d’un monument aux morts. L’autre attend derrière les murs d’une forteresse. L’une célèbre le retour de la République. L’autre incarne l’effondrement d’un régime qui avait prétendu parler au nom du pays.

Cette proximité donne à la journée une force presque théâtrale. Il ne s’agit pas seulement d’un contraste politique. C’est une scène de mémoire. La colline de Montjuïc devient, le temps d’un 8 mai, une carte miniature de la France de 1945 : une France libérée, fière, rassemblée autour de ses morts ; et une France compromise, vaincue, recluse, déjà promise aux tribunaux.

Ces deux France se regardent sans se parler. Montjuïc devient alors plus qu’un lieu de Barcelone. Il devient un miroir de la France au sortir de la guerre. Deux France dont l’une retrouve sa voix tandis que l’autre disparaît dans l’ombre.

 

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