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Où part vraiment l’argent des Espagnols ? Nous avons décortiqué leur budget

Prenez 100 euros. Le ménage espagnol moyen en consacre 33 au logement et à l’énergie, 16 à l’alimentation et près de 12 aux transports. Mais selon que le budget est serré ou confortable, ces mêmes 100 euros ne paient plus du tout la même vie. Lepetitjournal.com a plongé dans les comptes des ménages à partir des dernières données de l’INE.

Budget d’un ménage espagnol représenté par un billet de 100 euros entouré de courses, de factures, de clés et de loisirs.Budget d’un ménage espagnol représenté par un billet de 100 euros entouré de courses, de factures, de clés et de loisirs.
@Image générée par IA via DALL·E – OpenAI
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 24 septembre 2026

35.101 euros. C’est la dépense moyenne d’un ménage espagnol en 2025, selon l’Encuesta de Presupuestos Familiares de l’INE : environ 2.925 euros par mois, en hausse de 3,1 % sur un an. Par personne, elle atteint 14.066 euros annuels. Le total impressionne moins que sa répartition. Car c’est en suivant chaque euro que le budget espagnol commence vraiment à parler.

 

Sur 100 euros, 61 partent déjà dans l’essentiel

Premier poste, et de loin : logement, eau et énergie absorbent 33,2 % des dépenses. L’alimentation et les boissons non alcoolisées en prennent 16 %, les transports 11,5 %, les restaurants et hébergements 9,3 %. Suivent les loisirs, le sport et la culture (5 %), puis la santé et les vêtements (4 % chacun).

Sur 100 euros, près de 50 servent donc déjà à se loger et se nourrir. Avec les transports, 60,70 euros sont partis avant le premier restaurant, le premier vêtement ou le premier week-end.

Et le logement pèse toujours plus lourd. Entre 2024 et 2025, ce poste a augmenté de 5,8 %, soit 636 euros supplémentaires par ménage, contre 4,4 % pour l’alimentation et 4,7 % pour les loisirs. À l’inverse, restaurants et hébergements reculent de 2,7 %, information et communications de 2 %, alcool et tabac de 3,4 %.

Rien ne permet d’en conclure que les Espagnols ont troqué le restaurant contre la facture d’électricité. Mais une chose est mesurable : le logement a progressé presque deux fois plus vite que la dépense totale, en hausse de 3,1 %.

 

Les mêmes 100 euros ne paient pas la même vie en Espagne

L’écart devient plus saisissant encore lorsqu’on change de niveau de dépense. L’INE répartit les ménages en cinq groupes, après correction de leur taille et de leur composition. En 2025, la consommation annuelle moyenne s’échelonne de 17.985 euros dans le premier quintile à 60.083 euros dans le dernier.

Mais le fossé ne tient pas seulement au nombre d’euros disponibles. Il tient à ce qu’il en reste une fois l’essentiel payé. Chez les 20 % de ménages qui dépensent le moins, logement et énergie absorbent 41,9 euros sur 100, l’alimentation 19,6 : 61,5 euros au total. Chez les 20 % qui dépensent le plus, ces deux postes n’en prennent plus que 41,2 — 28,9 pour le logement et 12,3 pour l’alimentation.

Vingt euros de différence sur un billet de 100. Et ils se retrouvent ailleurs.

 

Quand le budget s’élargit, les choix aussi

En bas de l’échelle, les transports représentent 6,4 % du budget, tout comme les restaurants et hébergements ; loisirs, sport et culture, 2,9 %. En haut, ces parts grimpent respectivement à 16,3 %, 10,9 % et 6,4 %.

Réunis, ces trois postes pèsent 15,7 % du budget du premier quintile, contre 33,6 % du dernier. Quand l’argent manque, il sert d’abord à tenir la maison et remplir le frigo. Quand la marge s’élargit, davantage peut aller aux déplacements, aux sorties, aux voyages ou aux loisirs.

Une précision importante : il ne s’agit pas des « 20 % les plus pauvres » face aux « 20 % les plus riches ». L’INE classe ici les ménages selon leur dépense moyenne équivalente, ajustée à leur composition avec l’échelle de l’OCDE. Nous comparons donc des niveaux de consommation, pas directement des revenus ou des patrimoines.

La nuance statistique ne change pas l’image : en bas de l’échelle, plus de six euros sur dix sont déjà pris par le logement et l’alimentation.

 

Enfants, couple, célibat : à chacun son budget

À plusieurs, la facture grimpe, mais certaines dépenses se partagent. Les couples avec enfants affichent le budget moyen le plus élevé : 44.438 euros par an, soit environ 3.703 euros par mois, contre 36.334 euros pour un couple sans enfant. Un adulte avec enfants dépense en moyenne 31.173 euros.

Pour une personne seule, la consommation tombe à 23.784 euros par an avant 65 ans et 23.024 euros après. Impossible, pour autant, d’en déduire qu’« avoir des enfants coûte 20.654 euros » en soustrayant deux moyennes : le nombre d’adultes et la structure du foyer diffèrent aussi.

Une moyenne nationale finit donc par masquer l’essentiel : il n’existe pas un budget espagnol, mais des budgets espagnols.

 

Du Pays basque à l’Andalousie, 4.445 euros d’écart

Le lieu de vie creuse encore les écarts. En 2025, la dépense moyenne atteint 16.642 euros par personne au Pays basque, record national, devant Madrid (16.124). À l’autre bout, l’Andalousie affiche 12.197 euros, derrière Murcie (12.408) et l’Estrémadure (12.346).

Entre les deux extrêmes : 4.445 euros par an et par personne, soit environ 370 euros par mois. Le Pays basque se situe ainsi 18,3 % au-dessus de la moyenne espagnole, l’Andalousie 13,3 % en dessous.

Pas question, toutefois, d’en faire un palmarès du « bien vivre ». Dépenser davantage peut traduire des revenus supérieurs, mais aussi des prix et des logements plus chers ou une composition différente des ménages. Cette carte mesure la consommation, pas le niveau de vie.

 

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Le loyer fantôme qui gonfle le budget des Espagnols

Attention, enfin, à ce que mesure exactement l’INE. Les 35.101 euros de dépense moyenne annuelle ne correspondent pas à autant d’argent effectivement payé par carte, virement ou billets.

L’Encuesta de Presupuestos Familiares mesure la consommation des ménages. Aux achats classiques s’ajoutent certaines consommations non monétaires : autoconsommation, biens en nature, repas gratuits ou subventionnés et, surtout, loyer imputé aux propriétaires.

Un propriétaire ne se verse évidemment pas de loyer. L’INE estime pourtant la valeur du logement dont il bénéficie et l’intègre à sa consommation, afin notamment de permettre la comparaison avec les locataires. Les 2.925 euros mensuels évoqués plus haut ne sont donc pas la somme moyenne qui quitte réellement le compte bancaire.

Réalisée auprès d’environ 24.000 ménages, l’enquête mesure un niveau de consommation. Pas le relevé bancaire géant de l’Espagne.

 

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Le vrai luxe ? Pouvoir choisir où part son argent

C’est finalement ce que ces budgets racontent de plus intéressant. L’écart ne tient pas seulement à combien l’on dépense, mais à la marge de choix qui reste une fois l’essentiel payé.

En bas de l’échelle de consommation, logement et alimentation absorbent 61,5 euros sur 100, contre 41,2 en haut. Transports, restaurants, hébergements, loisirs, sport et culture occupent alors 15,7 % du budget des premiers, contre 33,6 % de celui des seconds.

Ces chiffres ne mesurent ni parfaitement le niveau de vie, ni évidemment le bonheur. Mais ils saisissent une différence très concrète : avoir davantage d’argent, ce n’est pas seulement pouvoir dépenser plus. C’est pouvoir choisir davantage où il va.


 

Méthodologie : ce que mesure réellement le budget des Espagnols

- Cet article s’appuie principalement sur les résultats définitifs de l’Encuesta de Presupuestos Familiares (EPF) 2025, publiés par l’INE le 25 juin 2026. Réalisée auprès d’environ 24.000 ménages, l’enquête mesure leurs dépenses de consommation par nature et destination.

- Attention au mot « dépenses » : l’EPF comptabilise les paiements effectifs, mais aussi certaines consommations non monétaires — autoconsommation, rémunérations en nature, certains repas gratuits ou subventionnés et loyer imputé du logement principal lorsqu’il appartient au ménage ou lui est cédé gratuitement. Les montants publiés ne correspondent donc pas exactement à l’argent sorti du compte bancaire.

- Pour comparer les 20 % de ménages qui dépensent le moins et le plus, l’INE utilise des quintiles de dépense moyenne équivalente. La taille du foyer est corrigée selon l’échelle modifiée de l’OCDE : coefficient 1 pour la personne principale, 0,5 pour chaque autre membre de 14 ans ou plus et 0,3 en dessous de 14 ans. Ces groupes classent donc les ménages selon leur dépense, et non directement leur revenu, leur patrimoine ou leur niveau de pauvreté.

- Les évolutions 2024-2025 reprises dans l’article sont celles publiées directement par l’INE. Une nouvelle classification des biens et services, ainsi que d’autres modifications de l’enquête, compliquent en revanche les comparaisons avec les années antérieures. Nous avons donc écarté toute juxtaposition directe des grands postes de 2015 ou 2016 avec ceux de 2025 qui aurait pu suggérer une continuité parfaite de la série.

- Enfin, les conversions mensuelles sont des calculs de lepetitjournal.com à partir des données annuelles de l’INE, divisées par douze. C’est notamment le cas des quelque 370 euros mensuels d’écart entre le Pays basque et l’Andalousie.

 

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