Édition internationale

Nathacha Appanah remporte le Choix Goncourt de l’Espagne 2025 avec La Nuit au cœur

Décerné par un jury d’étudiants de neuf universités espagnoles, le Choix Goncourt de l’Espagne distingue cette année La Nuit au cœur, un roman dans lequel Nathacha Appanah explore avec une écriture à la fois précise et poétique les violences faites aux femmes. Au-delà du palmarès, cette édition a aussi mis en lumière le rôle de la littérature comme espace de débat, de réflexion et de formation de l’esprit critique chez les jeunes lecteurs.

jury et étudiants pour le prix Goncourt Espagne 2025jury et étudiants pour le prix Goncourt Espagne 2025
@ambassade de France en Espagne, DR.
Écrit par Pablo Barrios
Publié le 14 mars 2026

Le roman La Nuit au cœur (Gallimard), de Nathacha Appanah, s’est imposé comme le Choix Goncourt de l’Espagne 2025. La cérémonie a rassemblé étudiants et enseignants de neuf universités espagnoles, rejoints par des représentants des lycées français de Madrid et de Barcelone. Pendant plusieurs mois, les jurés étudiants ont lu, discuté et comparé les quatre romans finalistes avant de voter.

Lors de la cérémonie de remise du Prix Goncourt de l’édition espagnole, organisée à la Résidence de l’Ambassade de France à Madrid, Simond de Galbaert, conseiller de Coopération et d’Action culturelle de l’Ambassade de France en Espagne, a ouvert la séance par quelques mots de remerciement adressés aux étudiants, aux universités et au président du jury, Víctor del Árbol. Il a salué en ce dernier un écrivain espagnol dont l’œuvre est traversée par des questions telles que la mémoire, la justice et la sensibilité.

Il a également rappelé que le jury avait dû délibérer sur la qualité littéraire des œuvres finalistes : Le Bel Obscur, de Caroline Lamarche ; Kolkhoze, d’Emmanuel Carrère ; La Nuit au cœur, de Natacha Appanah ; et La Maison vide, de Laurent Mauvignier.


 

goncourt espagne 2025
@ambassade de France en Espagne, DR.

 

La patrie des mots

Dans son intervention, Víctor del Árbol a souligné que la délibération avait donné lieu à un débat particulièrement fécond autour d’œuvres invitant à réfléchir au sens de la langue et de la littérature françaises. Il a alors cité Albert Camus, qui affirmait que « sa patrie est la langue française », et a suggéré que Miguel de Cervantes ou William Shakespeare auraient sans doute pu dire quelque chose de semblable à propos de leurs propres langues vernaculaires. 

La langue est ainsi apparue comme une entité vivante, un élément structurant de la société et un symbole capable de susciter l’émotion et de créer une communauté entre locuteurs et lecteurs. 

Pour Víctor del Árbol comme pour Camus, l’universalité de la culture française constitue un moyen de penser les conflits, de confronter les idées et d’ouvrir des débats. La littérature, en ce sens, transmet des valeurs éthiques et universelles et s’approche de la vérité en interrogeant la beauté comme en cherchant à comprendre la cruauté.


 

Quand les livres libèrent la parole : les étudiants au cœur du Choix Goncourt de l’Espagne

 

les étudiants membres du jury Goncourt Espagne 2025
@ambassade de France en Espagne, DR.

Justine Scarlaken, professeure au département de philologie anglaise, française et allemande de l’Université d’Oviedo, et porte-parole des enseignants pour le Choix Goncourt de l’Espagne 2025, a souligné que les délibérations du Prix Goncourt avaient également éveillé chez les étudiants un intérêt sincère pour des questions qui les touchent directement dans leurs réalités sociales et politiques, telles que l’homosexualité ou les rapports de pouvoir, et qu’elles avaient suscité des discussions authentiques sur des thèmes profondément contemporains. 

La littérature démontre ainsi sa capacité à produire une pensée critique qui dépasse les murs de la salle de classe. Les étudiants cessent d’être de simples participants passifs : leurs opinions comptent, leur rapport au texte se transforme, et leur implication dans un travail sérieux et créatif renforce aussi leur estime d’eux-mêmes, en leur faisant prendre conscience que leurs décisions influencent la lecture et le jugement d’une œuvre.

 

« Traduire, c’est lire très fort » : dans les coulisses d’un roman bouleversant

Le représentant de l’Université de Grenade, Enzo González Chretien, a, pour sa part, souligné que participer, en tant que juré, aux délibérations du Prix Goncourt constitue un projet motivant et enrichissant. L’œuvre sélectionnée comme lauréate de cette édition a été présentée comme un récit sombre et sincère sur le féminicide et la violence patriarcale, mais aussi comme un acte de mémoire et de justice autour des relations toxiques. 

 

Elia Maqueda
@ambassade de France en Espagne, DR.

 

Le roman, a-t-il été rappelé, transmet les émotions avec précision, nomme la violence et, dans le même mouvement, redonne du pouvoir aux victimes, placées au centre de l’histoire.

Enfin, la traductrice de l’autrice lauréate, Elia Maqueda, est intervenue en affirmant que traduire, c’est « lire très fort ». Elle a expliqué que ce travail l’avait poussée dans l’abîme, mais qu’il l’en avait aussi relevée à plusieurs reprises, tant il l’avait profondément touchée. 

Elle a souligné que Natacha Appanah écrit avec une précision presque chirurgicale, tout en conservant une langue poétique. Selon elle, le roman permet aussi de mieux comprendre le fonctionnement du système administratif français, tout en montrant combien le système judiciaire peut se révéler problématique pour les femmes. Le livre, a-t-elle ajouté, propose un récit sincère et sombre sur la violence et le féminicide, porté par une langue percutante et épurée.

Elle a également annoncé que le roman paraîtra en traduction aux éditions ADN en septembre 2026. Selon Fernando Paz, éditeur de la maison ADN, ce prix décerné par les jeunes permet d’identifier les lecteurs de demain et de réfléchir à ce qu’ils attendent de la littérature.

 

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