Édition internationale

Éléonore Caroit : « Je suis une Française de l'étranger à 100% »

Seulement quelques heures après avoir accueilli des Français du Moyen-Orient à l’aéroport Charles de Gaulle, Éléonore Caroit nous reçoit dans son bureau pour évoquer les sujets brûlants des Français de l’étranger : l’Assemblée des Français de l’étranger, l’AEFE, la protection sociale, ou encore les élections consulaires. La ministre déléguée aux Français de l’étranger souhaite nous souligne les contours d’une proposition de loi qui rassemble des combats parlementaires qui lui tiennent toujours à coeur : « Mon objectif est de simplifier la vie des Français de l’étranger ». 

Eleonore CaroitEleonore Caroit
Écrit par Damien Bouhours
Publié le 5 mars 2026, mis à jour le 8 mars 2026

 

Les conseillers des Français de l'étranger sont des relais formidables, ancrés dans le tissu local et associatif

 

L’Assemblée des Français de l’étranger, la dernière de cette mandature, vient d’avoir lieu. Que tirez-vous de vos conversations avec les élus ? 

Avant d'être ministre déléguée en charge des Français de l'étranger et députée des Français de l'étranger, j'étais une élue de terrain. J'ai été moi aussi membre de l’Assemblée des Français de l’étranger.

Je mesure à quel point ce travail, qui demeure encore trop souvent méconnu, est important pour le quai d’Orsay et pour les postes diplomatiques. Les conseillers des Français de l'étranger sont des relais formidables, ancrés dans le tissu local et associatif. Ces élus peuvent résoudre les problèmes que peuvent rencontrer au quotidien les Françaises et les Français. Ils sont aussi présents lors de situations exceptionnelles comme celle que nous vivons en ce moment au Moyen-Orient.

En amont de cette session, j’ai tenu à les réunir virtuellement, parce qu'il n'y a qu'une partie des conseillers des Français de l'étranger qui siègent à l’AFE. Nous avons organisé plusieurs réunions sur différents créneaux horaires pour échanger avec eux, pour leur faire part de mes priorités en tant que ministre en charge des Français de l'étranger, mais aussi pour avoir leurs retours de terrain très concrets. Ces élus sont en fin de mandat avec des élections dans quelques mois et j’ai voulu connaître leur bilan sur cette mandature très agitée avec de nombreux changements politiques mais aussi géopolitiques. 

Pendant cette semaine de l’AFE et parce que je suis une Française de l'étranger à 100%, j'ai tenu à multiplier les rencontres sociales et conviviales mais aussi les réunions de travail. J’ai participé à chacune des commissions de l'AFE pour pouvoir apporter des réponses et des orientations à ces élus. Cela ne fait que quelques mois que je suis à la tête de ce portefeuille et il est important pour moi d'être présente le plus possible. 

 

Cela nous permet également de réfléchir autrement et de nous concerter avec des pays qui sont convaincus de la nécessité du multilatéralisme.

 

Vous êtes aussi ministre déléguée à la francophonie. En ce moment de conflit au Moyen-Orient, est-ce que la francophonie peut aussi avoir un poids politique ?

Il y a de toute façon une dimension politique de la francophonie institutionnelle. Nous avons des échanges avec les pays alliés, les pays amis, mais aussi les pays qui font partie de ce grand espace francophone. Le Liban est une nation avec laquelle nous avons des liens historiques forts et qui accueille une très grande communauté française, plus de 25 000 Français. C’est parce que le Liban partage notre langue que nous avons cette histoire en commun. 

 

 

Nous avons vu que l'intervention de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dans d'autres conflits et situations de crise, notamment en Haïti ou dans des pays africains, peut être déterminante. Cela permet d'avoir une force d'action multilatérale assez souple dans son fonctionnement et dans son déploiement. Cela nous permet également de réfléchir autrement et de nous concerter avec des pays qui sont convaincus de la nécessité du multilatéralisme.

 

Mon objectif est véritablement de simplifier la vie des Français de l'étranger et de prendre en compte leurs nécessités

 

Vous avez évoqué une proposition de loi plus concentrée concernant les Français de l’étranger. Quels en seront les contours ?

Nous sommes dans un moment où le calendrier parlementaire est très chargé. Nous sommes en fin de mandature, aussi bien pour les conseillers des Français de l’étranger qui vont être renouvelés très rapidement, mais aussi de manière générale avec des élections générales en 2027. Mon ambition était de faire en sorte qu'il y ait un texte pour les Français de l'étranger qui puisse être inscrit et qui permette de traiter des sujets essentiels. Il ne sera probablement pas exhaustif, mais il permettra de répondre à des questions spécifiques. 

Si vous me permettez de rentrer un peu dans le détail, il y aura notamment des mesures de simplification et d'économie, parce que je suis convaincue que nous devons bien dépenser les deniers publics et être le plus efficace possible au sein du ministère. Ma proposition inclut des mesures pour limiter la propagande électorale papier qui souvent arrive après les échéances électorales et pour supprimer le vote par correspondance qui n'est en réalité jamais utilisé et qui a un coût non justifié. 

La deuxième mesure a trait à la protection sociale des Français de l'étranger. J'ai été très active lors des Assises de la protection sociale en tant que députée. Aujourd’hui en tant que ministre, je suis évidemment très sensible aux conclusions qui m'ont été remises au cours de cette semaine de l’AFE. Nous devons traduire concrètement dans la loi certaines de ces propositions qui viennent d'ailleurs d'expériences vécues et de consultations de nos concitoyens partout dans le monde.

Le troisième volet traite de l'éducation des Français à l'étranger et de l'accès à la culture. Je suis une ancienne des lycées français de l’étranger et je suis aussi une ancienne parent d'élèves des lycées français de l’étranger. Je suis extrêmement attachée à ce réseau, qui a besoin d'être réformé pour pouvoir être plus fort, plus indépendant, plus autonome, et mieux piloté. Un certain nombre de ces réformes qui sont en ce moment à l'examen, notamment à travers de missions parlementaires et d'inspections, ont besoin d'un véhicule législatif.

Enfin, il y a une partie qui a trait à la reconnaissance de l'entrepreneuriat des Français à l'étranger et le droit aux comptes. Trop souvent nos compatriotes voient leurs comptes fermés sans justification, alors même qu'il y a un droit aux comptes qui est inscrit dans notre droit aujourd'hui. Il y a également des dispositions qui concernent le retour en France. Des mesures simples peuvent être mises en place pour les Français de l’étranger, comme par exemple leur permettre d'inscrire leurs enfants dans des écoles publiques avant d'avoir une adresse en France. Mon objectif est véritablement de simplifier la vie des Français de l'étranger et de prendre en compte leurs nécessités.

 

Je suis à l'écoute de nos élus de terrain

 

Il y a un an, le 7 mars 2025, a été lancée la stratégie pour la diplomatie féministe avec notamment un volet autour de violences faites aux Français et aux Françaises de l'étranger. Qu’en est-il un an plus tard ? 

Il y a eu des initiatives qui ont été adoptées par mes prédécesseurs et dans lesquelles évidemment je me suis inscrite pour permettre d'identifier, de rendre visible la question des violences faites aux femmes à l'étranger et pour sensibiliser nos postes afin qu'ils puissent répondre de manière adéquate à ces types de violences.

Il y a encore beaucoup de choses qui peuvent être faites. Je suis à l'écoute de nos élus de terrain qui proposent notamment la création d'une délégation ou d'une commission dédiée aux droits des femmes au sein de l’AFE. J’y suis absolument favorable et j'aimerais que cela puisse être mis en place très prochainement. 

 

Diplomatie féministe et lutte contre les violences : “la France montre l’exemple”

 

Je n’ai donc qu’un seul message à leur faire passer : inscrivez-vous et votez !

 

Qu'est-ce que vous pouvez dire aux lecteurs de lepetitjournal.com, à l'orée d'un vote important pour eux ? 

Je veux tout d’abord leur dire de s'inscrire sur les listes électorales. Lorsque l'on est Français de l’étranger, lorsque l'on habite à 10 000 km de la France ou même de l'autre côté de la frontière, on peut parfois ne pas se sentir concerné ou ne pas se sentir légitime de participer à la vie démocratique de son pays. Ils peuvent aussi tout simplement méconnaître un certain nombre d'institutions et d'élections et notamment les élections consulaires. Un média comme lepetitjournal.com informe justement les Français sur leurs droits civiques. 

Il est très important d’élire des conseillers des Français de l’étranger. Ces élus de terrain sont des relais exceptionnels pour nos postes. Ce sont des vecteurs qui permettent de faire entendre la voix des Françaises et des Français dans le débat public national. Parce que je suis une Française de l'étranger et parce que j'ai vécu dans plusieurs pays à différents moments de ma vie, je sais à quel point la perception de son pays lorsqu’on le regarde parfois d'un tout petit peu plus loin est utile à apporter de la nuance et à apaiser un débat qui a tendance à être extrêmement polarisé. Je suis convaincue que les Françaises et les Français de l'étranger ont énormément à apporter à notre pays. Je n’ai donc qu’un seul message à leur faire passer : inscrivez-vous et votez !

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