Édition internationale

VINCENT CASSEL - "Je suis devenu un ‘gringo’ international"

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 11 septembre 2015

Aujourd´hui sort dans les salles espagnoles le film "Un moment d'égarement" ("Una semana en Córcega"), interprété par l'acteur Vincent Cassel et réalisé par Jean-François Richet. Cette comédie fine, amusante et provocatrice, tournée en Corse, a fait un carton en France. Elle raconte un flirt entre un homme de presque 50 ans (Cassel) et une jeune fille de 17 ans (Lola Le Lann). A l´occasion de la présentation du film en Espagne, Vincent Cassel est venu à Madrid samedi dernier. Dans les locaux de l´Institut Français de Madrid, qui accueille chaleureusement et régulièrement les cinéastes français, Vincent Cassel a parlé en espagnol et en français sur "Un moment d´égarement", en déployant du charme, de la sympathie et de l´humour.


Lepetitjournal.com : Dans le film, on a l´impression que vous vous êtes énormément amusé et que vous avez passé un bon moment.
Vincent Cassel (Photo Alejandro Muñoz) : Oui, c´est vrai. C'est toujours du travail de faire un film mais c´est un travail qui peut être aussi amusant ?quoique pas tous les jours non plus. Mais avec ces jeunes actrices, en général, ça a été facile. Pour Lola Le Lann c'est son premier rôle comme actrice et elle est très fraîche. Alice Isaaz est plus professionnelle, elle a déjà une carrière et ça a été un peu plus difficile (rires). Mais faire un film en Corse, à ce moment-là de l'année, après l'été, c'est merveilleux car c'est presque vide. Les vacances sont finies et tout le monde est parti. Il n'y a personne et c'est génial de travailler là-bas !

Vous avez changé de registre par rapport à vos autres rôles, qui étaient plutôt dans la ligne des films d'aventure ou d'action. Comment a été l'expérience de faire une comédie romantique ?
Le film est une idée de Thomas Langmann, qui était déjà le producteur des films sur "Mesrine" qu´avait fait Jean-François Richet. En fait, c'est le remake d'un film qu'avait réalisé Claude Berry, le père de Thomas Langmann. Thomas voulait faire ce film, au début avec Jean Dujardin et moi. Puis Jean est parti sur autre chose et moi je voulais continuer. Je trouvais que c'était intéressant. On n'avait même pas de metteur en scène alors. On a cherché des metteurs en scène, des acteurs? A un moment donné, Jean-François Richet a entendu parler du projet et nous a dit qu'il voulait le faire. On était très surpris car il n'a pas d'enfants, n'est même pas marié? Mais très vite, il a trouvé un angle pour pouvoir parler de cette histoire sans que ce soit ridicule.

Le film est nº 1 au box-office français. Pourquoi pensez-vous qu'il a eu autant de succès ?
D'abord, je crois que les gens, surtout dans des périodes de crise, ont envie de voir des comédies. Ça, c'est vérifié. Les seules choses qui marchent dernièrement ce sont les films d'action très carrés ou alors les comédies. Tout ce qui est un peu plus, disons sombre et lourd, marche moins bien. Après, moi, personnellement, je trouvais intéressant de faire cette comédie parce que ce n'était pas qu'une comédie, justement. Elle a un angle un peu particulier. Quand j'entendais Thomas Langmann qui disait qu'on allait faire 5 millions d'entrées, je lui disais : "je ne suis pas sûr" : quand même, c'est une histoire d´un type de 50 ans qui a une relation avec une mineure de 17 ans... Mais ce que je trouve intéressant avec ce film, c'est que ça fait réagir un peu. Je ne sais pas en Espagne, mais en France, aux Etats-Unis, en Angleterre, il y a quelque chose de très puritain. Il faut faire très attention à la manière dont on nomme les choses. On est très vite taxé de racisme, de sexisme? Dans cette optique, j'ai toujours insisté pour que le personnage qu'interprète Lola soit à la limite d'être majeure. Dans la version originale de Claude Berry, en 1977, elle avait 15 ans. Je pense qu'aujourd´hui ça passerait très mal.

Quelles sont les autres différences entre la version originale du film et celle-ci ?
Il y a une grosse différence entre les deux. Le premier film de Claude Berry, c'était une histoire d'amour impossible. Jean-Pierre Marielle, qui interprétait le rôle que je tiens, tombait vraiment amoureux de la fille. Là, on a déplacé un peu le propos sur une histoire d'amitié trahie. C'est désormais une histoire d'amitié trahie entre le père de la fille et mon personnage. Pour moi, ça fait une grande différence. On a décalé le propos pour le rendre plus moderne.

Qu'est-ce qu'il y a de vous dans ce personnage ?
C'est toujours compliqué à dire. Beaucoup de choses mais en même temps? Je vous confie un secret : je crois de plus en plus que les rôles qu'on propose à un acteur ne sont pas le fait du hasard. Ça fait des années que je fais des méchants, des mecs tordus. Ça doit être parce que je suis méchant et tordu !

Pourquoi ne faites-vous pas plus de comédies ? Ça ne vous intéresse pas ?
Si, ça m'intéresse mais je veux faire des comédies élégantes. Très souvent, les comédies sont moches. On les tourne très mal avec de mauvais acteurs. J'aime les choses plus formelles avec plus d'esthétisme caractéristique du vrai cinéma. Les choses mal faites et pas chères ne m'intéressent pas.

Aimez-vous la Corse ?
Je suis corse. Donc, je connais bien les Corses. J'ai eu toute une partie de ma famille qui chantait les chansons en corse, en italien? Les Corses n'oublient rien. Ils sont rancuniers. C'est la vendetta. Les Corses, ils sont durs, ils sont comme les sangliers. Ils ont un sens de la nation très fort. Ils sont très fiers de leur île. Du coup, quand je suis là-bas et que je retrouve des gens de ma famille, c'est très bien.

Vous alternez les grosses productions commerciales avec les films d´auteur (Kassovitz, Audiard?). Quel est votre critère pour choisir un projet ?
Franchement, je ne sais pas. Je continue à chercher (rires). Je ne sais pas quel est le dénominateur commun qui me fait accepter un film ou pas. Il faut que ça me surprenne. Il faut que ça soit un peu différent. Mais c'est vrai qu'avec le temps, j'ai pris l'habitude de beaucoup voyager et ça, j'aime beaucoup. Cette année, j'ai fait un film en Australie, deux au Brésil (où j'habite), un film en Amérique, un autre en Italie? J'adore le fait de pouvoir voyager. Je suis devenu un gringo international. Pour moi, c'est parfait !

Pourquoi la fin du film se termine-t-elle sur un plan de la jeune fille ?
Je crois que c'est très important et on en a beaucoup parlé, que le film finisse sur elle. Finalement, le personnage de Lola le Lann est pur car elle croit à son histoire d'amour. Elle est très honnête avec elle-même. Plus que les autres. Moi, je cache, je mens, je suis lâche. L'autre, le père (François Cluzet), il est enfermé dans des clichés sur les relations. Donc, finir sur elle, c'est comme dire que l'ingénuité de la jeunesse, c'est ce qu´il y a de plus beau et de plus vrai.

Est-ce que le film aurait été pareil si les filles avaient été des femmes mûres et les personnages masculins de jeunes adolescents ?
Ça s'appelle des "cougars". C'est très bien mais pour trouver une "cougar" pour moi, il faut qu'elle soit vraiment âgée (rires).

Le film met en confrontation le monde des adolescents et des gens déjà mûrs.
Complètement. C'est le point qui m'a plu dans la version de Jean-François Richet. C'est justement tout ce truc sur la communication des jeunes. C'est-à-dire avec Instagram, Facebook? Et, en même temps, je vais vous dire une chose : aujourd´hui pour un mec de mon âge, je ne me sens pas déconnecté. On aurait fait le même film il y a 30 ans, il y aurait eu une déconnexion entre un homme de 50 ans et une fille de 17. Aujourd'hui, un homme de 50 ans peut encore être un adolescent attardé. Moi, je fais du skateboard et j´ai 50 ans. C'est un peu ridicule mais... Mais, bon, j'ai l'impression qu'il y a une tendance aujourd'hui qui veut qu'un cinquantenaire n´est pas forcement considéré comme étant une vieille personne. Il y a beaucoup d'activités et de terrains sur lesquels on peut communiquer avec des gens plus jeunes. La différence entre mes parents et moi-même était beaucoup plus grande. Mes parents ont eu du mal avec Internet, par exemple. Aujourd'hui, les gens vieillissent de plus en plus tard et en même temps, les jeunes deviennent de plus en plus vite matures. Il y a une espèce de zone où les générations peuvent se rencontrer plus longtemps.

Comment les mondes masculins et féminins ont-ils été abordés dans le film ?
Une chose qu'on a toujours eu à l'esprit le producteur, le réalisateur, François Cluzet et moi, avant que n'arrivent Lola et Alice, c'est d'éviter que le film devienne un film d'hommes et que la comédie se fasse au détriment des filles. Il y avait le danger que ça devienne un film où on se dit : "T'as vu la petite comme elle est mignonne ?" Un truc un peu gras, de mecs. Depuis le début, j'ai tiré la sonnette d'alarme. Si, par hasard, des personnages doivent être tournés en dérision, c'est plus intéressant si ce sont les hommes.

Il y a deux modèles de père dans le film. Quel type de père êtes-vous dans la vie ?
Oui, il y a le père chiant et le père cool. Sauf que là, le père cool est un peu trop cool (rires). Je crois que je suis, dans la vie, un père cool mais seulement jusqu'à un certain point... On fait ce qu'on peut.

Carmen Pineda,
Carmen PINEDA (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 11 septembre 2015
Membre-électeur de l´Académie Francophone du Cinema (Association des trophées francophones du cinema) qui décerne chaque année dix prix dédiés au cinema des pays de la francophonie. Collaboratrice comme critique de cinéma dans plusieurs magazines : "Estrenos", "Interfilms" et "Cinerama". Envoyée spéciale à des festivals de cinéma en France pour les journaux "Diario 16" et "El Mundo". Jury du Prix du CEC (Círculo de Escritores Cinematográficos) au Festival international de Cinéma de Madrid (1997). Actuellement membre du CEC et critique dans cinecritic.biz et lepetitjournal.com

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Publié le 10 septembre 2015, mis à jour le 11 septembre 2015
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