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Strangers Pigs: le documentaire choc sur l’industrie porcine espagnole

Par Camille Guil | Publié le 06/02/2018 à 17:51 | Mis à jour le 06/02/2018 à 18:00
stranger pigs

Suite à la diffusion du documentaire choc de Salvados, montrant Jordi Evole et des militants s’introduire dans une ferme porcine pour y dénoncer les conditions d’élevage, c’est l’industrie toute entière qui retient son souffle.

 

Le dimanche 4 février, le documentaire "Strangers Pigs" a été diffusé lors de l’émission "Salvados", qui pourrait ressembler au "Cash Investigation" français. Un documentaire qui résulte de longs mois d’enquête sur l’industrie porcine espagnole, et qui se penche sur le 4e secteur de l’économie espagnole, qui fait travailler 90.000 exploitations agricoles et représente 15 milliards d'euros. Le reportage revient sur les conditions d’élevage des porcs dans les fermes industrielles : Jordi Évole, le journaliste turbulent qui anime l’émission, a demandé à plusieurs compagnies porcines l’autorisation de visiter leurs fermes... Toutes sans exception ont refusé. Ce refus catégorique suspect a poussé le reporter à s’introduire de nuit dans l’une d'entre elles, accompagné de militants de l’organisation Igualdad Animal. Les images qu’il a récoltées sont choquantes et le reportage intitulé "Qu’est ce qui se cache derrière l’industrie porcine en Espagne ?" a provoqué un tsunami de réactions dans le pays, alertant sur la situation d'élevage dans les fermes espagnoles.

 

Des cochons élevés dans des conditions insalubres


Les images parlent d’elles-mêmes : des fermes surpeuplées dans lesquelles des cochons vivent entassés, bondés, malades, souffrant de tumeurs plus grandes qu’eux. Le journaliste les qualifie même de "monstres". Des animaux qui vivent parmi les cadavres de leurs congénères, et finissent même par les manger ! C’est de ces fermes là que provient le jambon cuit que l’on trouve dans les supermarchés espagnols. Le journaliste dénonce des conditions d’exploitation insalubres et les mensonges des grands groupes commerciaux tels que El Pozo, celui qui exploite la ferme dans lequel le reportage a eu lieu, qui certifient que leurs produits sont de qualités et propres à la consommation. Pour le reporter, "un vétérinaire n’a jamais mis les pieds ici. J’ai déjà visité de nombreuses fermes mais je n’ai jamais rien vu de tel". Une tromperie à grande échelle puisque le scandale concernerait une vaste majorité des fermes porcines industrielles.

 

elpozo

 

Des cochons parqués "dans une grange spéciale" pour recevoir des examens vétérinaires selon ElPozo


Le reportage a suscité bien des réactions, l’association Igualdad Animal, dont les membres se sont introduits dans la ferme en compagnie du journaliste, a lancé une pétition pour demander une politique stricte du bien-être animal. Ils dénoncent "un scandale de négligence face à la souffrance animale […] ces animaux malades pourraient être envoyés à l’abattoir et […] entreraient dans la chaine de consommation". Les militants affirment avoir "déposé une plainte dénonçant ces faits". De nombreuses voix se sont élevées dans la presse pour condamner les pratiques du secteur, de cette industrie qui sacrifie 46 millions de porcs par an. Mais le principal intéressé, le groupe ElPozo a dénoncé des images trompeuses et a assuré que tout était fait conformément à la législation européenne en vigueur. L’entreprise ajoute dans un communiqué via Twitter que les cochons malades qui ont été filmés étaient parqués dans une grange spéciale et subissaient des examens vétérinaires périodiques pour déterminer ceux qui devaient être éliminés ou non.

 

Le secteur porcin espagnol soumis aux législations européennes


Le reporter de Salavados est parvenu à discuter avec le propriétaire de cette ferme qui lui a affirmé que la viande était "bonne" pour la consommation humaine et que les porcs étaient bien soignés. Des propos que réfute ElPozo, qui dans son communiqué déclare que les animaux du reportage ne pourraient jamais rentrer dans la chaîne de production, mais aussi par les organisations et associations de production, de transformation et de commercialisation qui composent le Porch Interprofessional de Capa Blanca. Ces derniers réaffirment que le secteur espagnol est conforme aux "lois les plus exigeantes du monde" en matière de bien-être animal et de sécurité alimentaire. Ils estiment ainsi que le secteur a été le premier de l’UE à mettre en place la législation, non seulement en respectant les exigences règlementaires mais en allant plus loin. Et de regretter le fait que les journalistes, à travers ce reportage, remettent en cause le travail de dizaines de milliers d'exploitations, de milliers d’entreprises, d’industries, et surtout, plus de 300.000 agriculteurs et professionnels qui travaillent directement dans le secteur porcin -un million de façon indirecte. 

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