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POLITIQUE – Le possible retour de José María Aznar agite l'Espagne

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 mai 2013

Lors d'une interview diffusée mardi soir sur Antena 3, l'ancien président du gouvernement espagnol, José María Aznar, est sorti de son silence. Un mutisme de plusieurs mois malgré les attaques répétées de la presse sur de prétendus versements illégaux perçus avant et pendant ses deux mandats. L'occasion également pour l'ancien pensionnaire du Palais de la Moncloa de revenir sur l'état actuel du pays qu'il a dirigé de 1996 à 2004 et d'évoquer à demi-mot un retour sur le devant de la scène politique.


(Photo : Creative Commons bradleypjohnson)

De la première à la dernière peseta
Depuis son retrait de la vie politique, les accusations vont bon train à l'égard de l'ex-président du gouvernement. Entre le financement soi-disant occulte du Partido Popular (PP) dont il a longtemps occupé la présidence, les enveloppes d'argent liquide qu'ils auraient reçues en mains propres et la supposée prise en charge des frais du mariage de sa fille par un entrepreneur accusé de corruption, José María Aznar n'est pas épargné. Des accusations balayées d'un revers par celui qui reste adulé d'une partie de la population pour avoir largement contribué au boom économique que l'Espagne a connu au début des années 2000. Attaqué de tous fronts, Aznar se dit fier de pouvoir justifier ses comptes personnels et ceux de son parti "de la première à la dernière peseta, du premier au dernier euro". Légèrement bousculé par les trois journalistes présents sur le plateau, il répète à maintes reprises qu'aucune autre rétribution, à part celle de député et de Président du PP, ne lui a été accordée ni avant ni pendant ses fonctions à la tête de l'Etat et s'enorgueillit même d'avoir été le premier occupant de la Moncloa (résidence officielle des présidents de gouvernement) à payer un loyer.

Un programme de candidat
Le président d'honneur du PP ne se montre pas tendre à l'égard de Mariano Rajoy, actuel chef du gouvernement espagnol et ancien homme de confiance. Même si Aznar parle de "respect et considération" pour celui qu'il a soutenu à sa succession, il demande au Premier Ministre et au parti en général de définir un "projet politique clair" et "d'agir" pour sortir le pays d'une "crise politique, économique et institutionnelle sans précédent". Quand il répond à un internaute lui demandant si sa confiance en Rajoy est toujours intacte, Aznar botte en touche et juge la question "intéressante mais d'aucune utilité", et préfère s'en prendre à la gauche et au nationalisme qu'il accuse de "rompre le pacte constitutionnel". Pourtant, l'ex-premier ministre ne manque pas d'idées pour remettre son pays dans le droit chemin et les expose en cinq points. Retour à un Etat viable, efficace et durable, une réforme des institutions pour un meilleur respect de l'Etat de droit, une réforme fiscale incluant une baisse d'impôts pour choyer les classes moyennes, un nouveau pacte social et enfin le retour d'une Espagne forte sur le plan international. Cinq propositions qui ressemblent fort à un plan d'action pour reprendre les rênes du pouvoir.

Retour en politique
Il faut attendre les dernières minutes d'interview, le temps pour Aznar de réitérer son soutien indéfectible à la couronne espagnole, pour entendre la question que beaucoup gardent depuis plusieurs semaines au bord des lèvres : "Envisagez-vous de revenir en politique au vu de la situation que traverse le pays ?". Dans une conversation volée entre Aznar et l'Ambassadeur d'Espagne aux Etats-Unis, l'ancien chef d'Etat aurait déclaré envisager un retour en politique si l'Espagne se trouvait dans une situation désespérée. "Je ne me suis jamais dérobé devant mes responsabilités. Je m'en acquitterai avec ma conscience, mon parti et mon pays. Et ce, avec toutes les conséquences que cela inclut. N'ayez aucun doute là-dessus", a répondu José María Aznar. Des mots qui laissent planer le doute sur ses futures intentions mais que les observateurs interprètent déjà comme un come-back assumé.

Aznar au sujet de l'indépendantisme catalan

Concernant le processus d'autodétermination lancé par la Catalogne en janvier dernier, José María Aznar s'est montré ferme, comme il l'a toujours été face aux volontés sécessionnistes. "Cela n'a rien d'une plaisanterie. C'est quelque chose de très grave", a-t-il déclaré sur Antena 3, ajoutant que la rupture du pacte constitutionnel met en péril la cohésion qui "fait la force de la nation espagnole". "Ceux qui se croient au-dessus des lois constitutionnelles se trompent", a conclu l'ancien chef du gouvernement.


Stéphane HODJA (www.lepetitjournal.com ? Espagne) Jeudi 23 mai 2013
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Publié le 22 mai 2013, mis à jour le 23 mai 2013
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