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Nuit violette: quand la violence de genre ne doit plus être ignorée

Par Perrine Laffon | Publié le 22/09/2019 à 21:13 | Mis à jour le 22/09/2019 à 22:20
Photo : Emergencia feminista
nuit violette

Alors que 43 femmes sont mortes depuis le début de l'année assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint, le traitement de cette violence de genre semble être remis en cause par certains groupes politiques. Quelle crédibilité donner à ces attaques sur un sujet qui n'est vraiment pas à prendre à la légère ?  

 

Jeudi dernier, de nombreuses personnes sont venues rendre un hommage à -celle qui était alors- la toute dernière victime de violence de genre en Espagne, une femme de 31 ans décédée à Madrid poignardée par son mari en présence de leurs enfants. Le rassemblement, qui devait être un moment de recueillement et de protestation contre ce type de violences, a revêtu des airs politiques. En effet, le parti d'extrême droite Vox a cherché à faire une polémique médiatisée : plusieurs conseillers du parti ont voulu boycotter la minute de silence et se sont rendus au rassemblement avec une pancarte portant le slogan "La violence n'a pas de genre". S'en est suivie une altercation entre le maire de Madrid, José Luis Martínez-Almeida, qui exhorté les partisans de Vox à se joindre au consensus dans la lutte contre la violence faite aux femmes.


Doit-on parler de violence de genre ?

Violence de genre, violence machiste, violence domestique... Le lexique importe-t-il vraiment plus que la violence elle-même ? Plus que le respect envers la victime ? Pour Vox, il semblerait que la réponse soit oui. Javier Ortega Smith, le Secrétaire général du parti, explique qu'il faut "parler de violence intrafamiliale, et non de violence faite aux femmes". Les représentants du groupe espagnol d'extrême droite ont en effet répété à plusieurs reprises, à travers des communiqués et des interviews, leur ferme opposition à la loi contre la violence de genre, qu'ils considèrent "injuste et discriminatoire", puisqu'elle viole selon eux "la présomption d’innocence des hommes". Des choix de terminologie qui semblent être plus importants aux yeux de Vox qu'un humble hommage à la victime. L'organisation politique considère que les minutes de silence organisées pour ce type de victimes sont "une campagne publicitaire de la gauche". Purificación Cabello, conseillère municipale de Vox à Madrid, parle même de discrimination, car selon son parti "on ne condamne jamais un meurtre commis à l'encontre d'un homme".

Les femmes, à protéger en priorité selon la communauté internationale

Il est vrai que la violence domestique englobe des actes de violence entre les personnes d'un même foyer, et non nécessairement la violence des hommes envers les femmes. Mais il s'agit avant tout de protéger un groupe qui est particulièrement vulnérable. La réaction du parti Vox est d'autant plus déroutante lorsque l'on sait que l'ensemble des organisations nationales et internationales s'accordent pour parler d'un problème social à éradiquer de toute urgence. Il existe d'ailleurs un traité international du Conseil de l'Europe, la Convention d'Istanbul, qui a été signé par 34 pays afin de travailler efficacement à la prévention et à la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique. L'Organisation mondiale de la santé parle même d'une véritable épidémie pour désigner la multiplication des assassinats et actes de violence à l'encontre du sexe féminin. L'OMS alerte spécifiquement sur ce type de violence domestique, qui "constitue un grave problème de santé publique et une violation des droits de l'Homme". Les chiffres parlent d'ailleurs d'eux-mêmes : en Espagne, la violence faite aux femmes a engendré 43 victimes mortelles depuis le début de l'année 2019, laissant 32 enfants orphelins derrière elles. Toujours selon les chiffres du gouvernement espagnol, elles seraient un millier à avoir péri des mains de leurs conjoints ou ex-conjoints depuis 2003. 


La nuit violette en signe de protestation

La négation de Vox à considérer le problème spécifique de la violence faite aux femmes, une préoccupation qui alerte pourtant les organisations européennes et internationales, a provoqué une véritable vague d'indignation. Surtout à la sortie d'un été marqué par les pires chiffres en termes de violence de genre : une femme a été assassinée tous les deux jours en juillet en Espagne. En réponse au boycott de Vox, les associations féministes ont convoqué vendredi dernier des manifestations dans de multiples villes du pays. Cette "nuit violette" (le violet étant la couleur choisie pour représenter la lutte contre les violences machistes) était un cri d'alerte face à une "urgence féministe". En lançant cet appel, plusieurs personnalités féministes ont mis en lumière la situation alarmante vécue en Espagne au sujet de la violence conjugale mais aussi des viols, des agressions sexuelles et de la pédophilie. L'appel au rassemblement a été massivement suivi, pour s'indigner mais aussi pour exercer une certaine pression sur les représentants politiques : l'action gouvernementale est essentielle pour mettre en place les bonnes mesures afin de stopper ces violences. L'assassin de la dernière victime à Madrid comptait en effet 4 plaintes pour violence domestique à son actif. 
 

perrine laffon

Perrine Laffon

Journaliste et rédactrice web française à Barcelone. Spécialiste de la culture locale et nationale. Suivi de l'actualité catalane, portraits, analyses. Passionnée de voyages et d'Histoire.
1 Commentaire (s)Réagir
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Hidalgo lun 23/09/2019 - 09:42

Tout comme en France, l'objectif de cette loi qui était à l'origine de protéger les femmes est très souvent détourné, notamment dans le cas de procédures de divorce ou de demande de garde d'enfants.

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