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LEONOR DE RECONDO - "L'art est un langage universel, qui dépasse les frontières, qui abolit l'exil"

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 7 novembre 2014

Petite fille de républicains basques, elle a grandi à l'ombre des histoires de famille, sous le soleil, souvent, de la Toscane. De son père sculpteur, elle aura hérité de l'art comme moyen d'expression. De l'aventure de ses grand-parents exilés matière à un beau roman, "Rêves oubliés", lauréat du Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne 2013. Invitée par l'Institut français, elle présentait cette semaine à Madrid, en compagnie de son éditeur espagnol Editorial minúscula, son dernier ouvrage : "Pietra viva". Conversations sur l'art, la création et la modernité.

(Photo Institut français)

Question pour un artiste : faut-il, à l'instar d'Arthur Rimbaud, "être absolument moderne" ? Le cas échéant, peut-on prétendre à la modernité, évoquant l'exil basque (1939), Michel-Ange (1505) ou l'amour impossible, sujet du prochain roman de Leonor de Recondo, dont l'action devrait se dérouler en 1908 ? Peut être que oui, après tout. Surtout, pour l'auteure de "Rêves oubliés" et de "Pietra viva", la question doit sembler bien mal posée. "Je n'écris pas sur l'Histoire : j'écris sur des hommes, sur leur trajectoire intérieure, leur trajet émotionnel", précise-t-elle, "l'époque ne constitue que le décor de l'action". Lauréate du Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne 2013, l'artiste a par ailleurs largement démontré qu'elle était en mesure de rencontrer un public qui baigne dans la modernité. Sans s'en étonner outre mesure : "ils se sont dits touchés par les parcours humains de mes personnages, auxquels ils ont réussi à s'identifier", confie-t-elle à propos du jury. Et de mettre, face à l'obstination de votre serviteur, les points sur les i : "Je pense que le pouvoir de l'art, c'est de balayer les codes temporels et d'agir sur l'émotion pure, indépendante des codes d'une société. Quand on va voir une oeuvre bouleversante, on se fiche de savoir quand elle a été sculptée".

Aller à l'essentiel
Belle transition pour évoquer le village toscan de Carrare, où elle a passé une partie de sa jeunesse, sur les traces de son père sculpteur. Avec lui, elle aura découvert ces artistes qui, dans la lignée de la tradition romaine, travaillent "le plus beau marbre du monde". Sans veine, immaculé, pur. Un matériau qu'en 1505, Michel-Ange fut amené à sélectionner, pour construire le tombeau du Pape Jules II. C'est de cette étape de la vie de l'artiste que s'inspire "Pietra viva", un roman qui parle... de création artistique. Mais aussi d'une certaine forme de résurrection : celle d'un Michel-Ange miné émotionnellement suite à la mort d'un proche, qui retrouvera au cours de son séjour, un sens à sa vie et à son oeuvre. "Il y a dans la sculpture du marbre un rapport à la matière particulier", explique l'auteure, "un effort physique extraordinaire aussi". Surtout, la sculpture constitue l'occasion d'une jolie ellipse pour évoquer les mystères -et les chemins- de la création. "La sculpture existe déjà au sein du bloc que l'artiste va travailler", explique Leonor de Recondo. "Le travail du sculpteur consiste à enlever de la matière, pour arriver au coeur, à l'essentiel". "Du point de vue romanesque, c'est très intéressant". D'autant qu'aller à l'essentiel, c'est aussi, pour l'interviewée, le travail de l'écrivain. "J'essaye d'enlever un maximum", confirme-t-elle, "pour être le plus juste possible, pour pouvoir donner au lecteur ce qui lui revient -c'est aussi une question de partage". Et les fioritures ? "On les met dans la poubelle mentale, qui est bien remplie".

Un effort de compréhension global
"J'ai été frappée par la maturité de l'écriture de Leonor", commente son éditrice espagnole, "par le rythme de la phrase et la manière avec laquelle elle réussit à transmettre les émotions fondamentales". Dans la foulée de "Pietra viva", la Editorial minúscula devrait publier en Espagne la version castillane de "Rêves oubliés", en 2015. "Ce qui m'intéressait, c'était de savoir comment mes grand-parents, que j'ai très peu connus, avaient vécu dans leur quotidien leur exil", déclare l'écrivaine à propos de l'ouvrage. Là encore, le contexte n'est que prétexte. L'Histoire, que toile de fond. Ce qui compte ce sont les gens, les vies, le sens donné aux choses. Et "absolument moderne" ou "à contre temps" avec son époque, comme admet se sentir Leonor de Condo, le travail de l'artiste consiste certainement à éclairer ce que l'être humain porte au plus profond de lui-même. "La Renaissance italienne est un moment de l'Histoire de l'art qui me bouleverse", exprime à cet égard l'intéressée, "il me semble qu'à cette époque les artistes avaient une vision beaucoup plus complète de l'art que ce qu'ils n'en ont aujourd'hui, incluant une spiritualité et une philosophie dans un effort de compréhension global, qui peut être assez proche de ma démarche". Violoniste avant de se révéler comme femme de lettre, elle évoque l'exigence et le travail d'auto-critique lié à toute création artistique -la volonté de tendre vers l'excellence aussi. "L'art est un langage universel, qui dépasse les frontières, qui abolit l'exil", estime-t-elle.

VG (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 7 novembre 2014
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Publié le 6 novembre 2014, mis à jour le 7 novembre 2014
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