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L’ENVERS DU DECOR - La Sasteria Cornejo de Madrid à l’origine des costumes de Game Of Thrones... entre autres

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 29 mai 2014

La maison de costume Cornejo est derrière bien des affiches de cinéma, de séries à succès ou encore de représentations de théâtre. Dans l'ombre des paillettes et des célébrités hollywoodiennes, Cornejo est l'enseigne qui se cache sous de nombreux costumes de scènes. Elle compte à son palmarès le désormais célébrissime Game Of Thones, où plutôt Juego de Tronos ici en Espagne. Entretien avec sa directrice de production, Maria Ortega Cornejo, qui nous dévoile les dessous d'une affaire familiale à la renommée internationale.

Quand on pense cinéma, série ou théâtre, on ne pense pas toujours aux mains sans qui les scénarios seraient réduis à peu de choses. Et pourtant pas un film, pas un spectacle, pas un épisode de vos séries préférées ne pourrait négliger les costumes de ses acteurs. Si la série américaine Game Of Thrones est allée jusqu'à Madrid pour confectionner ses costumes, c'est qu'il doit y avoir entre les murs de la Sastreria Cornejo, des pièces qui valent leur pesant d'or. Lumière sur un atelier de costumes qui a collaboré avec les plus grands noms du petit comme du grand écran, espagnol et international.

Derrière les portes de Cornejo
Située à l'extérieur du centre de Madrid, à l'autre extrémité de la calle de Alcalá, son entrée ne paie pas de mine. Une fois le portail passé, les escaliers montés, vous voilà dans la réception de la maison Cornejo. En trompe l'?il, une salle d'attente qui pourrait être celle d'un cabinet de médecin. Mais les affiches aux

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murs de ?Pirate des Caraïbes?, ?Gladiator? ou encore de ?Pompei?, laissent présager l'envers du décor. Derrière le rideau du minimalisme se dévoile peu à peu un atelier gigantesque, où chacun des quatre étages révèle une surprise de plus. Les portes se suivent les unes après les autres dans les longs couloirs du bâtiment. Une fois poussées, elles laissent voir des ateliers de coupage, de couture, quelques petites mains derrière les machines à coudre et des entrepôts de rangements plus grands que n'importe quel dressing. Des rouleaux de tissus et des étoffes aux mille couleurs et motifs jaillissent sur les étales d'une pièce adjacente au bureau de Maria Ortega Cornejo. Les portants de vêtements se succèdent entre les pièces. Et à l'intérieur, minutieusement organisés et rangés, des costumes de toutes les époques et à n'en plus compter. ?Notre histoire vient de 1920, il y a donc des pièces qui ont été utilisées plusieurs fois pour des productions espagnoles ou internationales, mais il est impossible de dire lesquelles, ni si tel ou tel vêtement a figuré dans 20 ou 55 films tant le va et vient est permanent? explique Maria Ortega Cornejo, pour qui tous ces vêtements paraissent être d'une extraordinaire banalité tant elle a grandi à leurs côtés.

A l'origine, la Sastreria Cornejo c'est donc une histoire de famille. ?Mon arrière grand-père a créé l'entreprise en 1920 à partir d'une petite collection de déguisements qu'on lui a offert lors de son mariage? raconte Maria. C'était alors une collection qui ?tenait dans une pièce?, bien loin du million que compte aujourd'hui l'entreprise, précise l'arrière petite-fille. Et puis des déguisements de fête, aux ?costumes de théâtre? jusqu'aux vêtements de productions cinématographiques, la petite entreprise familiale s'est imposée sur la scène internationale. A la question "comment", la directrice répond en souriant : ?parce que nous travaillons beaucoup?. ?Et puis, nous ne nous contentons pas seulement d'avoir un même stock, nous continuons toujours à confectionner des vêtements neufs? explique-t-elle. Et d'ajouter, ?Il ne suffit pas de travailler avec du bon tissu?, la clé de la réussite tient surtout à ?faire du bon travail, avec des bons patrons et avec une bonne équipe?. Et malgré les années, la maison a su garder son caractère familial, non seulement du fait de son équipe resserrée, une cinquantaine de personnes ?coupeurs, couturiers, professionnels de la confection et magasiniers?, précise la directrice de la maison Cornejo. Mais surtout parce que Maria travaille toujours aux côtés de son oncle, directeur général de l'entreprise, Humberto Cornejo de la Cuesta, mais aussi de sa s?ur Elena et de ses cousins, Paola et Humberto.     

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?Juego de Tronos' : série américaine mais costumes espagnols

?Nous avons commencé à travailler pour Game Of Thrones en 2009, il a fallu travailler très rapidement, en deux à trois semaines il fallait envoyer les costumes à Belfast?, se rappelle Maria Ortega Cornejo. Modeste, elle précise toutefois que la maison n'a ?pas à proprement conçu les costumes pour Games Of Thrones? à qui elle s'est contentée de louer quelques ?400 à 500 pièces? qu'elle possédait déjà en stock. A l'exception près de la première saison ?pour laquelle Cornejo a confectionné une trentaine de nouveaux costumes?, affirme-t-elle. C'est à Michele Clapton, styliste et directrice des costumes pour la série, que revenait la charge de choisir les costumes ou de leur envoyer les modèles qu'elle voulait. A Cornejo ?nous ne dessinons pas, nous ne faisons que confectionner ce que veulent les costumiers? indique la directrice de production.

Si rien n'est pour le moment certain, Maria Ortega Cornejo ?espère? pouvoir travailler sur la cinquième saison. Ce qui devrait être le cas contenue de la déclaration de Michele Clapton à S Moda, pour El País : ?[Cornejo] est un de mes meilleurs fournisseurs?. Quant à la rumeur selon laquelle la dernière saison devrait être tournée en Andalousie, Maria Cornejo avoue ?n'en avoir aucune idée? bien qu'elle suppose que c'est ?tout à fait possible?.

Maria Ortega Cornejo se dit ?admirative? de l'engouement suscité par Game Of Thrones et admet même qu'elle aussi suit la série. ?J'ai commencé par lire les romans de George R. R. Martin lorsque nous avons commencé à travailler avec la série et puis j'ai ensuite regardé les épisodes de David Benioff, saisons après saisons?, nous confie-t-elle. Elle reconnait par ailleurs que la série a su réunir toutes les clés du succès, ?un bon scénario, de bons acteurs, une bonne dose de fantaisie?, en bref ?un vrai travail de qualité? qui selon elle ne trompe pas son public.

Au palmarès de la maison Cornejo : les étoiles françaises
Parmi les films internationaux avec lesquels la maison Cornejo a collaboré, on retrouve de nombreux films français. Et de commencer à les énumérer, ?Astérix et Obélix [de Laurent Tirard], Les Adieux à la Reine, [de Benoît Jacquot], Vidock, Arsène Lupin?? Maria Ortega Cornejo conclura, ?ils sont innombrables?. En effet, elle n'aura pu retenir sa collaboration avec Jean Pierre Améris dans ?L'Homme qui rit? adapté du roman de Victor Hugo. Ni ?Or Noir? de Jean-Jacques Annaud, ou encore ?Saint Laurent? de Jalil Lespert ou ?Coco Chanel? d'Anne Fontaine. En 2010, Cornejo a par ailleurs travaillé avec la styliste Caroline de Vivaise qui a remporté le César du meilleur costume en 2011 pour ?La Princesse de Montpensier? de Bertrand Tavernier.

Selon elle, si les productions françaises font appel à son entreprise c'est parce qu'en ?France il n'y a pas de boutiques de costumes aussi grande, ni de tous les genres, sans compter qu'en terme de ?qualité-prix' nous avons de très bon prix tout en gardant des produits de qualité?.

Cornejo a également collaboré avec Martin Scorsese pour sa production ?Hugo Cabret? ou encore ?Minuit à Paris? de Woody Allen. Les stylistes pour qui Cornejo a travaillé ont souvent remporté de beaux trophées, c'est le cas de Paco Delgado qui remporte l'Oscar 2013 du meilleur costume pour ?Les Misérables? de Tom Hooper. Ou encore Christian Gasc qui a remporté le César 2013 dans la même catégorie, pour ses créations dans ?Les Adieux à la Reine? de Benoît Jacquot.

Laura LAVENNE (www.lepetitjournal.com ? Espagne) jeudi 29 mai 2014
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Publié le 28 mai 2014, mis à jour le 29 mai 2014
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