

A l'occasion de la journée internationale de la Femme, la Résidence de France à Madrid a accueilli vendredi la conférence ?Journalisme au féminin : mêmes carrières, mêmes regards ??. Sous le signe de l'amitié franco-espagnole, le débat était organisé par le Foro Mujeres de l'association Diálogo, Lepetitjournal.com et les services sociaux de l'Ambassade de France en Espagne.
(De gauche à droite : Charo Nogueira, Cécile Thibaud, Maria Luisa de Contes, Annie Thomas, Montserrat Boix, Sandrine Mercier / Photo Lepetitjournal.com)
Pour l'occasion, quatre femmes journalistes -françaises et espagnoles- se sont données rendez-vous autour de la table ronde présidée par María Luisa de Contes, vice-présidente de Diálogo, et Annie Thomas, conseillère aux Affaires Sociales de l'Ambassade de France en Espagne. Côté espagnol, Charo Nogueira, journaliste pour El País et co-fondatrice du blog ?Mujeres? dans ce dernier. A ses côtés Montserrat Boix, journaliste au Service Informations de la Televisión Española, également à l'initiative de Mujeres en Red, un journal féministe en ligne qui lutte pour les Droits Fondamentaux et contre l'inégalité de genre. Côté français, les journalistes Sandrine Mercier correspondante en Espagne pour Arte et co-fondatrice de Veo Production, ainsi que Cécile Thibaud, correspondante pour L'Express et La Tribune de Genève, étaient présentes.
Devant un parterre de quelque 150 invité(e)s, elles sont revenues sur leurs expériences, s'interrogeant sur la place des femmes dans le journalisme. Comment être femme et journaliste ? Avec quelles conditions de statut ou encore de salaire ? Regards croisés sur un métier encore trop masculin ?
Postes à responsabilités : chaises gardées des hommes
Si en France, ?les femmes sont les reines de la presse? explique l'Ambassadeur Jérôme Bonnafont, avec noms à l'appui, ?Françoise Giroud (?) Catherine Nay (?) Michèle Cotta ou Anne Sinclair?, les ?rois sont encore plus nombreux? déplore Sandrine Mercier. Cécile Thibaud rappelle d'ailleurs qu'un récent manifeste du collectif de femmes journalistes ?Prenons la Une? a été publié par le quotidien français Libération. Il met en lumière cette réalité : la faible présence de femmes aux postes de direction dans les médias. La parité réelle dans les métiers du journalisme est loin d'être atteinte. Les chiffres évoqués par la journaliste de l'Express parlent d'eux-mêmes. ?En France, 48% des journalistes sont des femmes mais sept directeurs de rédactions sur dix sont des hommes.? Les femmes sont donc les grandes absentes au sommet de la hiérarchie. Selon les chiffres de l'UNESCO seules 27% d'entre elles occupent des postes de direction.
| Violences faites aux femmes Les intervenantes sont à plusieurs reprises revenues sur ce sujet, de retour dans l'actualité du fait d'un récent rapport de l'Agence européenne des droits fondamentaux (FRA). Selon ce dernier, une femme sur trois résidant dans l'Union européenne a été victime de violences physiques et/ou sexuelles au moins une fois dans sa vie depuis l'âge de 15 ans. En France elles sont 44% contre 22% en Espagne, mais ni El Mundo, ni El País, ni la Razón, n'en ont fait leur Une montre, exemplaire à l'appui, Charo Nogueira. Pour la journaliste d'El País, ce simple exemple est révélateur et en dit long sur la place faite aux femmes ?en France comme en Espagne- dans les médias. Mais la différence entre les deux pays voisins tient à d'autres facteurs. En Espagne, la loi contre les violences de genre permet aux médias d'aborder d'avantage le sujet et de façon différente. Pour Cécile Thibaud, la femme violentée par un homme en Espagne est personnalisée, sa vie est racontée, donnant ainsi un aspect beaucoup plus réel au problème sans tomber dans le fait divers comme c'est souvent le cas en France. Cette visibilité des victimes de violence, l'Espagne le doit aux associations de femmes affirme Montserrat Boix. ?Le mouvement féministe espagnol a été précurseur dans l'identification de ce qu'est la violence de genre? ajoute t-elle. |
Pour Charo Nogueira la précarité des journalistes est une réalité qui ne s'arrête pas à la frontière des genres. ?De façon générale les journalistes doivent faire davantage avec moins de moyens? explique-t-elle. Pour autant, ?les salaires des femmes sont inférieurs de 13.4% à ceux des hommes selon les chiffres de l'Observatoire des métiers de la presse de 2011? indique Cécile Thibaud précisant ?qu'elles sont plus touchées par la précarité et les contrats à durée déterminée? que leurs confrères masculins. En même temps que le journalisme se précarise, les plumes semblent se féminiser. Si les postes à responsabilités échappent aux femmes journalistes, les postes de journalistes d'actualité également. Selon Sandrine Mercier, ?en France seules 28% des journalistes femmes traitent des sujets d'actualité contre 70% des sujets tendance, santé, famille, conso.? S'il y a désormais 60% de femmes qui sortent des écoles de journalisme, précise-t-elle, elles sont 57% à occuper des postes de pigiste, contre 30% seulement à occuper des postes de rédaction en chef.
Existe-t-il un journalisme au féminin ?
La journaliste écrit-elle comme le journaliste ? C'est la question que pose Jérôme Bonnafont dans son discours introductif. ?Parler de journaliste au féminin, cela [paraît] étrange car à priori les mots ?journaliste' comme ?periodista' en espagnol n'ont pas de genre. On est un ou une journaliste, un o una periodista. Les femmes sont des journalistes comme les autres?. Mais cette neutralité qu'indique Cécile Thibaud n'est pas si évidente. ?Si l'actualité n'a pas de sexe? le métier du journaliste est toutefois nettement dominé par les hommes. Toutes s'accordent à dire qu'un journalisme encore plus féminisé, sinon passé au filtre de la perspective du genre, est nécessaire pour rétablir la parité dans les rédactions mais aussi entre les lignes. Pour Montserrat Boix, ?la perspective du genre ne doit pas être vue avec le regard des femmes mais avec le regard de l'inégalité. Et toute femme doit l'avoir en tête afin de dénoncer et de souligner ces inégalités?. Pour cette dernière, on ne peut d'ailleurs pas faire de bon journalisme sans la perspective du genre.
Il y a sept ans, affirme Cécile Thibaud, seules 20% des personnes citées dans les journaux étaient des femmes. Aujourd'hui elles sont 24%. Elles représentent également 1/3 des photos publiées. La parole donnée aux femmes, en plus d'être minime, est souvent légère. Leurs propos sont rarement rapportés à une expertise et la plupart du temps laissées à l'anonymat. En bref, ?celui qui sait de quoi il parle est toujours un homme? dans les médias insiste Sandrine Mercier. Sept ans plus tard, les chiffres n'ont que peu évolué. Ils prouvent que la réalité plutôt masculine qui se cache derrière les postes de direction un peu plus que derrière les plumes de nos canards se répercute également devant les micros. Sur les sujets traités et le contenu des journaux laissés à la discrétion des dirigeants, aux hommes majoritairement.
Laura LAVENNE (www.lepetitjournal.com/madrid) lundi 10 mars 2014
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