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JACQUES PERRIN - "La forêt est un espace mental et de liberté"

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 22/05/2016 à 22:00 | Mis à jour le 06/03/2019 à 15:44
JAcques Perrin Les saisons

Après "Océans" et "Le peuple migrateur", le réalisateur, producteur et acteur Jacques Perrin signe son nouveau film "Les saisons" ("Las estaciones"), un voyage fascinant et complexe à travers le temps pour redécouvrir les paysages européens que nous avons partagés avec les animaux sauvages depuis la dernière ère glaciaire. Après un hiver qui a duré 80.000 ans, une forêt est apparue et le cycle des saisons a commencé. Le film est une émouvante réflexion sur cette traversée qui nous a conduits, de nos jours, à la destruction des forêts et de la nature par l´homme. "Les saisons" rend hommage à tous ces animaux qui ont été et qui sont encore nos compagnons de voyage sur cette planète. Des êtres qu´il faut soigner, en préservant les enclaves naturelles. Le film, co-réalisé par Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, a eu 1 million de spectateurs en France. Jacques Perrin nous a parlé, à Madrid, de cette belle aventure appelée "Les saisons"

(photo CC C.Pineda : J. Perrin à gauche à côté d'Elena Anaya, la voix dans la version espagnole du film)
Lepetitjournal.com : Pourquoi avez-vous fait ce film ?
Jacques Perrin :
D´abord, je veux remercier la société de distribution Wanda pour la façon dont elle promeut notre film. Il y a, quand même, une solidarité dans ce que nous faisons. Ce n´est pas simplement l´opportunité commerciale qui joue, que ce soit en France ou en Espagne. C´est que nous pensons, de part et d´autre, que ce type de film, pas nécessairement ce film-là, mais cette démarche que représente ce film, est nécessaire. Quand on parle des forêts, il y a une chose qui est quand même surprenante ! Comment se fait-il que la plupart d´entre nous, si on les emmène dans la forêt et qu´on leur dit "vous allez passer toute la nuit dans la forêt", alors, les gens ont peur ? La forêt est le milieu dont nous sommes issus, l´environnement sauvage par excellence. Pourquoi trouve t'on les trappeurs du Canada extraordinaires ? Parce qu´ils vivent seuls dans la nature. Nos générations antérieures n´ont pas fait du tout la même chose. Donc, il faut réapprendre. Il faut qu´il y ait une nouvelle alliance. Et elle est possible. Il ne s´agit pas de découvrir mais de redécouvrir parce que notre quiétude, notre sagesse vient de la forêt. Que font les enfants quand ils sont dans la forêt ? Ils jouent, ils s´amusent parce que c´est un espace de liberté extraordinaire. La forêt n´est pas un bien simplement parce qu´il y a du bois, ou parce que c´est la source de l´oxygène dont nous avons besoin? La forêt est un espace mental, un espace de liberté. C´est pour ça que la forêt est indispensable. Je pense que c´est une des raisons pour lesquelles nous avons fait ce film.

Qui vous a aidé dans ce projet ?
Je veux exprimer ma reconnaissance de tous les gens, nos complices, qui nous ont rejoints dans le film. Il y avait plus de 100 personnes. Il y a eu, par exemple, l´association française LBO (la ligue de protection des animaux). Sans jeter la pierre sur des associations de chasse (il ne s´agit pas d´être ouvertement contre la chasse), il faut que les chasseurs respectent aussi certaines règles et la vie sous toutes ses formes. Quand on voit ce qui se passe dans le sud-ouest de la France, la chasse aux palombes, c´est vraiment un abattage d´un autre temps. Nous soutenons donc l´association BirdLife. Nous avons fait aussi une alliance avec la communauté scientifique et politique de Bruxelles. Ils nous ont ouvert des terrains, des espaces dans lesquels nous avons pu tourner parce que nous étions recommandés par les Commissaires Européens. Ces alliances sont bénéfiques pour faciliter les tournages. On a pu faire le film car des politiques et aussi des scientifiques se sont engager. Or on ne pouvait pas faire ce film sans ces scientifiques, qui nous font comprendre le sens des forêts. C´est un savoir mais aussi une connaissance affective : Qu´est-ce que la vie ? Quelles sont les différences entre les animaux et notre espèce ? Il y a tout un souci pour ces gens qui n´est pas seulement faire une carrière dite scientifique mais aussi un attachement à la vie sous toutes ses formes. On a fait le film grâce à une communauté de volontés.

Est-ce que ce type de films peut changer les choses ?
Quand nous avons fait avec Jacques Clurzaud tous ces films sur la nature ("Microcosmos" par exemple), beaucoup de gens nous disaient de continuer. Bien souvent, j´ai un peu la crainte que nous nous adressions à un public convaincu que la nature est une bonne chose. Mais, s´il y a un message, est-ce qu´il va toucher un public qui n´est pas intéressé ? Jusqu´à quel point peut-on transformer les choses ? Il y a des quartiers défavorisés dans les grandes cités, que ce soit à Madrid, à Paris?Il y a une initiative qui est faite à Paris, depuis quelque temps. On prend quelques élèves de quartiers défavorisés et on les emmène découvrir la mer pendant une journée. Est-ce que leurs connaissances, leur émotions profondes vont se développer ? C´est mieux que rien cette journée à la mer, mais, est-ce que c´est suffisant ? Comment se fait-il qu´il y a des quartiers où il n´y a pas d´arbres, il n´y a pas de plantes?On ne peut pas dire aux enfants : "Va te promener, ça te fera du bien". Non, il n´y a que du macadam, que du béton, de la pollution. Nos films montrent l´éloignement qu´il peut exister entre une nature sereine, profonde où les enfants seraient bien et le monde qui existe. On coupe du bois en excès partout dans le monde ! On fait des petits films qui montrent qu´on est encore assez loin de ce qui pourrait être bien, de rejoindre un jardin, à l´apparence sauvage dans lequel tous et chacun, on se rencontrerait.

Commentaire de Jacques Cluzaud, co-reálisateur de "Les saisons "
"Je veux parler aussi sur cette notion de nouvelle alliance, évoqué par Jacques. Le terme est évoqué à la fin du film, juste avant une séquence où l´on voit une enfant regarder de près un faon et la biche, sa mère. Cette scène n'est aujourd'hui´hui pas possible dans nos forêts sauvages parce que la biche, le faon vont s´éloigner, vont fuir l´homme. Mais cette fuite n´est pas quelque chose de naturel. Je prendrai un exemple qui a eu lieu lors du tournage d´"Océans", Nous étions sur une île aux Galapagos où un scientifique débarque tous les 30 ans. Donc, les animaux ne connaissent pas l´homme. Donc, on a eu la surprise de voir, tous les jours, un aigle se percher à quelques mètres de nous pour regarder ce qu´on faisait. Il est hors de question de voir ça en Europe parce que les animaux ont été chassés et cette chasse a généré des animaux craintifs qui s´en vont. Tous ceux qui sont familiers, qui sont curieux sont tués en premier et évidemment, toute leur descendance. C´est comme si on avait fait, pendant quelques centaines d´années, ici, en Europe, une sélection des animaux les plus craintifs. Mais c´est réversible. C´est un peu ce que dit la séquence finale du film. Aux Etats-Unis, dans les parcs qui ont plus de cent ans d´existence, il est possible que des enfants puissent voir des biches et leurs faons, à proximité, dans de grands espaces parce que les animaux ne craignent plus l´homme. Les animaux réapprennent très vite à ne plus craindre. Ils ne sont pas rancuniers !

Le film est à l´affiche au cinéma Princesa (c/ Princesa, 5) et au Yelmo Cines Ideal (c/ Doctor Cortezo, 6). En V.O.S.E.

Carmen PINEDA (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 23 mai 2016
Membre-électeur de l´Académie Francophone du Cinema (Association des trophées francophones du cinema) qui décerne chaque année dix prix dédiés au cinema des pays de la francophonie. Collaboratrice comme critique de cinéma dans plusieurs magazines : "Estrenos", "Interfilms" et "Cinerama". Envoyée spéciale à des festivals de cinéma en France pour les journaux "Diario 16" et "El Mundo". Jury du Prix du CEC (Círculo de Escritores Cinematográficos) au Festival international de Cinéma de Madrid (1997). Actuellement membre du CEC et critique dans cinecritic.biz et lepetitjournal.com

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