Canicules et incendies hors normes, deuxième étoile mondiale pour la Roja, crise migratoire à Ceuta, éclipse historique ou nouvelles tensions autour du tourisme de masse… L’été 2026 aura été particulièrement intense en Espagne. Alors que septembre approche, retour sur les événements qui ont marqué ces dernières semaines.


L’été devait être une parenthèse. Il ne l’aura pas vraiment été. Tandis que des millions d’Espagnols gagnaient les plages et que les villes se vidaient, le pays a brûlé, vibré pour la Roja, levé les yeux vers une éclipse historique et affronté, à Ceuta, une crise migratoire sans précédent. À quelques jours de la rentrée, lepetitjournal.com revient sur ces semaines qui ont bousculé l’Espagne.
Un été de feu pour l’Espagne
Des températures étouffantes, des paysages desséchés et des colonnes de fumée visibles à des kilomètres : difficile d’échapper cet été aux images des incendies qui ont frappé l’Espagne.

Le mois de juillet a été, à égalité avec 2022, le mois le plus chaud jamais enregistré dans le pays depuis le début des relevés en 1961, tous mois confondus. La température moyenne a atteint 25,7 °C dans l’Espagne péninsulaire, soit 2,6 °C au-dessus de la normale. Avec seulement 26 % des précipitations normales, juillet a également été le plus sec de la série historique. Un cocktail particulièrement propice aux incendies.
Selon les dernières données du système européen EFFIS disponibles au 26 août, plus de 295.000 hectares ont brûlé en Espagne depuis le début de l’année, soit près de 47 % de l’ensemble des surfaces touchées par les incendies dans l’Union européenne. Le mois de juillet a été particulièrement dévastateur, avec notamment l’incendie de Navaluenga, dans la province d’Ávila, qui a parcouru quelque 44.000 hectares, ou celui de la Sierra Norte de Guadalajara, qui en a ravagé plus de 33.000.
De la Castille-et-León à l’Andalousie en passant par la Galice, l’été 2026 aura une nouvelle fois rappelé la vulnérabilité croissante d’une partie du territoire espagnol face aux épisodes de chaleur extrême et aux grands incendies.
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Ceuta, épicentre d’une crise migratoire sans précédent
Les images ont fait le tour du monde. Les 30 et 31 juillet, quelque 72.000 personnes ont franchi irrégulièrement la frontière entre le Maroc et Ceuta, par voie terrestre ou maritime, dans un mouvement d’une ampleur sans précédent dans l’enclave espagnole, presque l’équivalent de sa population.
Plus de 90 % sont depuis retournées au Maroc, une grande partie dans les premières 24 à 48 heures. La crise a surtout laissé derrière elle un lourd bilan humain : au moins 83 personnes ont été retrouvées mortes du côté espagnol, principalement après avoir tenté de rejoindre Ceuta par la mer.
Elle a également mis à rude épreuve les capacités d’accueil et les services publics de la ville. Le 25 août, le gouvernement de Pedro Sánchez est allé jusqu’à déclarer Ceuta en « situation d’intérêt pour la sécurité nationale », une mesure exceptionnelle qui doit rester en vigueur jusqu’au 31 décembre, sauf levée anticipée ou prolongation.
Près d’un mois après l’afflux, la crise est d’ailleurs loin d’être résorbée : selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska le 28 août, environ 5.000 migrants se trouvent encore à Ceuta, dont 1.500 mineurs.
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Une deuxième étoile pour la Roja, seize ans après
Il y aura aussi eu des larmes de joie. Le 19 juillet 2026 restera comme une nouvelle date majeure dans l’histoire du football espagnol. Au New York New Jersey Stadium, la Roja a battu l’Argentine (1-0) au terme d’une finale irrespirable et d’une prolongation qui aura rappelé quelques souvenirs aux Espagnols. Comme Andrés Iniesta face aux Pays-Bas en 2010, c’est en effet un but inscrit après la 90e minute qui a délivré tout un pays. Cette fois, le héros s’appelle Ferran Torres : sur une action initiée par Pedro Porro et une remise de Nico Williams, l’attaquant espagnol a trouvé la faille à la 106e minute.
Seize ans après Johannesburg, l’Espagne a ainsi décroché la deuxième Coupe du monde de son histoire, couronnant une génération qui avait déjà remporté la Ligue des nations en 2023 et l’Euro en 2024. Une domination également illustrée par un chiffre : la Roja n’a encaissé qu’un seul but en huit matchs durant le tournoi. Le lendemain, la fête s’est déplacée à Madrid, où quelque deux millions de personnes ont accompagné les nouveaux champions du monde dans les rues de la capitale jusqu’aux célébrations de Cibeles.
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Le 12 août, l’Espagne a levé les yeux vers le ciel
Pendant quelques minutes, tous les regards étaient rivés vers le ciel. Le 12 août 2026, une éclipse totale de Soleil a traversé l’Espagne d’ouest en est, offrant un spectacle astronomique exceptionnel au moment même où le soleil approchait de l’horizon. Un événement historique : aucune éclipse totale n’avait été visible depuis la péninsule Ibérique depuis 1912.
De la Galice aux Baléares, en passant notamment par la Castille-et-León, le Pays basque, l’Aragon ou la Communauté valencienne, des centaines de milliers de curieux ont convergé vers les zones offrant les meilleures conditions d’observation. L’engouement se mesure aussi dans les chiffres : selon une analyse des données de mobilité réalisée par RTVE, les provinces traversées par la bande de totalité ont accueilli 18 % de visiteurs supplémentaires par rapport au mercredi équivalent de 2025. À Soria, particulièrement prisée des chasseurs d’éclipse, la hausse a même atteint 75 %. Un rendez-vous céleste de quelques dizaines de secondes devenu, le temps d’une soirée, un véritable événement national.
Tourisme : les records continuent, le ras-le-bol aussi
L’Espagne reste une machine touristique qui semble ne jamais atteindre son plafond. Après le record de 96,8 millions de visiteurs internationaux en 2025, le pays pourrait franchir pour la première fois la barre symbolique des 100 millions cette année.
Pour le seul été, Turespaña prévoit environ 43 millions de touristes étrangers entre juin et septembre, soit 6 % de plus qu’un an auparavant, pour près de 64 milliards d’euros de dépenses (+10 %). Les premiers chiffres disponibles confirment la tendance : à la fin juin, l’Espagne avait déjà accueilli 46,6 millions de visiteurs internationaux depuis le début de l’année, en hausse de 4,6 %.
Mais derrière les records se creuse un paradoxe de plus en plus visible : jamais l’Espagne n’a autant attiré et rarement son modèle touristique n’a été autant contesté. Le 26 juillet, 25.000 personnes selon la police et jusqu’à 70.000 selon les organisateurs ont défilé à Palma sous le slogan « Mallorca al límit », réclamant une diminution de la pression touristique.
La mobilisation s’est poursuivie le 8 août à Sóller, où entre 1.000 et 2.500 personnes ont manifesté à leur tour. Logements devenus inaccessibles, infrastructures saturées, pression sur les ressources et les services publics… Au-delà du nombre de visiteurs, c’est désormais la place même du tourisme dans certains territoires espagnols qui est ouvertement remise en question.
Pas de trêve estivale pour la politique espagnole
Le mois d’août n’aura pas offert beaucoup de répit au gouvernement de Pedro Sánchez. Après des mois déjà dominés par les affaires judiciaires, les enquêtes entourant Santos Cerdán, ancien numéro trois du PSOE, et Leire Díez, ex-militante socialiste, ont continué de s’étendre.
En juillet, un rapport de l’UCO de la Guardia Civil a estimé que Cerdán et sa famille auraient bénéficié de plus de 323.000 euros d’avantages d’origine présumée irrégulière entre 2015 et 2024, conduisant la justice à élargir ses investigations financières à plusieurs de ses proches.
Le caso Leire a lui aussi franchi une nouvelle étape : le 17 août, le juge Santiago Pedraz, de l’Audiencia Nacional, a repris l’ensemble de l’enquête sur de présumées manœuvres destinées à entraver des procédures judiciaires touchant le PSOE ou le gouvernement. La procédure implique désormais de nombreuses personnalités liées au parti et à l’appareil d’État, tandis que les enquêteurs cherchent notamment à retracer l’origine de certains paiements. Plusieurs auditions sont déjà programmées les 9 et 10 septembre. De quoi garantir à Pedro Sánchez une rentrée politique tout sauf paisible.
Et pour finir l’été, le retour de l’inflation
La rentrée se rappellera enfin aux Espagnols par un indicateur beaucoup moins spectaculaire, mais autrement plus concret : celui des prix. Selon l’estimation provisoire publiée par l’Institut national de la statistique le 28 août, l’inflation a bondi à 4,3 % sur un an en août, contre 3,6 % en juillet. Une accélération de sept dixièmes qui porte l’IPC à son niveau le plus élevé depuis février 2023, principalement sous l’effet de la hausse des carburants, dans un contexte de tensions persistantes sur les prix de l’énergie. Les aliments et boissons non alcoolisées ont également contribué, dans une moindre mesure, à cette accélération.
L’inflation sous-jacente, qui exclut notamment l’énergie et les aliments non transformés, se modère en revanche légèrement, de 3 % à 2,9 %. Les chiffres définitifs ne seront connus que le 15 septembre, mais le signal n’en est pas moins mauvais au moment où les ménages font face aux dépenses de rentrée.
Après un été dominé par les incendies, les records touristiques, une Coupe du monde et une éclipse historique, l’Espagne retrouve donc une préoccupation beaucoup plus terre-à-terre : le coût de la vie.
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