Un navire immobilisé au large du Cap-Vert, des passagers confinés dans leurs cabines, trois morts et plusieurs cas suspects : le scénario rappelle de mauvais souvenirs. Mais cette fois, ce n’est pas le Covid-19. À bord du MV Hondius, c’est un virus peu connu du grand public — et bien moins contagieux — qui a déclenché l’alerte : le hantavirus.


Le MV Hondius, exploité par Oceanwide Expeditions, est désormais à l’arrêt. À son bord, 147 personnes de 23 nationalités, dont 14 Espagnols. Parti d’Argentine fin mars, le navire devait rallier les Îles Canaries après une boucle dans l’Atlantique Sud. Mais la situation a basculé début mai.
Trois passagers, âgés de 69 et 70 ans, sont morts après des complications respiratoires sévères. Un quatrième a été transféré en soins intensifs en Afrique du Sud. Autour d’eux, une poignée de cas — six à sept selon les sources — sous surveillance étroite, dans un climat d’incertitude qui s’épaissit.
Face à l’incertitude, les autorités du Cap-Vert ont refusé l’accès au port de Praia, invoquant le principe de précaution sanitaire. À bord, les passagers vivent désormais dans une forme d’isolement : repas servis en cabine, limitation des contacts, port du masque. L’Organisation mondiale de la santé coordonne une réponse internationale, avec l’évacuation des cas les plus graves vers des unités spécialisées, notamment aux Pays-Bas.
Hantavirus : discret, peu contagieux… mais redoutable dans certains cas
Peu connu du grand public, le hantavirus n’est pourtant pas nouveau. Identifié dans les années 1970 près du fleuve Hantan, en Corée du Sud, il appartient à une famille de virus transmis principalement par les rongeurs.
La contamination se fait généralement par inhalation de particules issues de leur urine, de leurs excréments ou de leur salive. Contrairement au coronavirus, la transmission entre humains est extrêmement rare et n’a été observée que dans des cas très spécifiques, notamment avec une souche sud-américaine — le virus des Andes — et dans des conditions de contact étroit et prolongé.
Dans la majorité des cas, les symptômes débutent comme une simple grippe : fièvre, douleurs musculaires, fatigue, nausées. Mais chez certaines personnes, notamment les plus fragiles, la maladie peut évoluer vers des formes graves comme le syndrome pulmonaire à hantavirus, dont la mortalité peut atteindre 40 %, ou une fièvre hémorragique avec atteinte rénale.
La piste d’une contamination en mer s’éloigne
D’où vient le virus, alors ? À ce stade, la piste d’une contamination à bord s’éloigne. L’Organisation mondiale de la santé privilégie une infection antérieure à l’embarquement, survenue lors d’escales dans des zones isolées, au contact d’écosystèmes où circule le virus.
Le MV Hondius avait notamment fait halte dans des territoires reculés de l’Atlantique Sud — Géorgie du Sud, Sainte-Hélène, Tristan da Cunha — connus pour abriter des populations de rongeurs potentiellement porteuses. Autre indice : aucun rongeur n’a, pour l’heure, été signalé à bord. Un élément qui renforce l’hypothèse d’une contamination extérieure, avant même que le navire ne prenne la mer.
Faut-il s’inquiéter ?
Malgré la gravité des cas recensés, les experts appellent au calme. Le hantavirus reste une maladie rare, peu transmissible, avec un risque de diffusion à grande échelle très limité. Rien à voir, en l’état, avec les dynamiques d’un virus respiratoire classique.
En Europe, et notamment en Espagne, les souches recensées sont généralement moins virulentes. Les cas y demeurent exceptionnels. Pour les autorités sanitaires, la priorité est claire : contenir l’épisode, évacuer les patients les plus à risque et suivre de près l’évolution de la situation, en lien avec l’Organisation mondiale de la santé.
Reste l’inconnue logistique : où le navire pourra-t-il accoster ? Les Îles Canaries ont été évoquées, mais Madrid temporise. La décision finale devrait se jouer dans les prochains jours, au fil des évaluations sanitaires. Pour l’instant, le MV Hondius est à l’arrêt.
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