Édition internationale

FLAMENCO - Israel Galván revient sur le génocide gitan, dans une coproduction franco-espagnole, au Teatro Real

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 décembre 2012

Durant la Seconde Guerre mondiale, 500.000 tziganes ont été victimes de l'oppression nazie. Pour beaucoup, c'est le "génocide oublié" du conflit. Le danseur et chorégraphe sévillan, Israel Galván, a tenu à leur rendre hommage dans un spectacle événement, intitulé "Lo Real-Le Réel-The Real". La première représentation est prévue à Madrid le 12 décembre, avant plusieurs dates en France.

(Photos Javier del Real / Teatro Real)

De manière surprenante, c'est en France qu'Israel Galván, maître incontesté du flamenco dans le monde, a forgé sa force mentale pour se mesurer aujourd'hui à l'un des trous noirs de notre Histoire contemporaine : le "génocide oublié" des tziganes par les nazis, lors de la Seconde Guerre mondiale. Depuis quelques années, il a en effet posé ses valises à Paris, au Théâtre de la Ville, où sa compagnie de danse a éclot. "Le public français est très intéressé par l'art du flamenco. Cela peut paraître surprenant, mais je trouve plus de force là-bas qu'ici en Espagne", glisse-t-il d'une voix fluette, à l'image de sa silhouette fragile. Israel Galván, 40 ans l'an prochain, étrenne dans quelques jours au Théâtre royal de Madrid son nouveau spectacle aux allures de retour aux origines : "Lo Real-Le Réel-The Real". Un chef d'?uvre qui devrait faire date, dit-on déjà dans le milieu.

Israel Galván est devenu célèbre dans le milieu de la danse flamenco par son approche contemporaine hétérodoxe et très théâtrale de la danse, faisant appel à de nombreuses sources d'inspiration qui dépassent le champ traditionnel du flamenco.
En utilisant des mouvements de pieds très compliqués, il fait évoluer la gestuelle traditionnelle, de la frappe de pied virile aux passes de torero. Il a participé au Festival d'Avignon 2009.
Critiqué ou admiré, il ne laissé jamais indifférent.
* source wikipedia

Un devoir de mémoire pour Israel Galván
Lors de la Seconde Guerre mondiale, 500.000 gitans périssent dans les camps d'extermination nazis, selon des estimations gouvernementales officielles établies après-guerre. C'est un tiers de la population tzigane d'Europe qui disparaît, en silence, dans l'ombre du conflit qui agite les plus grandes puissances militaires mondiales. Jusqu'à présent, ce "génocide oublié" n'a fait que très peu l'objet de commémorations, d'hommages, de témoignages. Israel Galván, gitan par sa mère, Eugenia de los Reyes, s'en est fait un devoir. Un devoir de mémoire. Ce spectacle, il l'avait dans un coin de sa tête depuis son enfance. "J'ai une fascination horrifiée pour cette tragédie", souffle-t-il. C'est le nouveau directeur de l'Opéra d'Espagne, le Belge Gérard Mortier, qui lui a donné carte blanche pour se lancer sur les traces de son passé. C'était il y a deux ans. "Mortier m'a vu danser à La Abadía - en septembre 2010 - et il m'a dit que je devais faire quelque chose pour le Théâtre Royal."

"Comment peut se danser un génocide ?"
Son spectacle-événement répond à une question surréaliste : "Comment peut se danser un génocide ?" Il marque un temps. "C'est dépasser la mort sans la montrer." Israel Galván, danseur et chorégraphe à la fois, a construit son spectacle en s'appuyant sur un outil scénique singulier : des photogrammes, sortes d'ombres chinoises, qui représenteront les victimes et leur bourreau, Adolf Hitler, avec le flamenco comme fil rouge. Cinq parties rythment la progression de son récit écrit par la force de son corps : une première danse silencieuse, introspective. Puis la découverte d'un camp de concentration, de sa violence, de son oppression, de son impasse. "On entendra le bruit des wagons qui ont amené tous ces gens", ajoute Pedro Romera, le directeur artistique. "Le langage du flamenco est construit sur ce double rythme. La lenteur et la rapidité, la quiétude et son emballement." Israel Galván, qui incarnera donc cet homme perdu au milieu du Néant de l'humanité, retrouvera ensuite sur son chemin une femme, une autre danseuse, Bélen Maya. Une nouvelle étape jalonnera son parcours ("la découverte du mensonge nazi"), avant que l'inéluctable ne se présente à lui : la perte de sa vie.

"Survivre en dansant"
"Ce spectacle a une forme allégorique pour Israel. Il a presque une raison biographique", estime son mentor Pedro Romero. "Jusqu'à présent, les Gitans n'ont pas raconté leur histoire. Ce spectacle a pour objet d'aborder toutes ces questions en creux. On a voulu montrer cette persécution des tziganes par les nazis, mais aussi la fascination qu'ils avaient pour le culture espagnol lorsqu'ils ont envahi le pays, les femmes, la musique, notre gastronomie." Pour le principal interprète du spectacle, cette nouvelle création lui permet de défier les lois du flamenco : "Se confronter à ce qui ne peut pas se danser est une invitation à la danse", indique-t-il. "Les Gitans n'étaient pas conscients de ce qui les attendaient : ils chantaient dans les camps avant de mourir. Ce spectacle est une danse joyeuse, pas triste." Pour Israel Galván, qui a signé ses plus belles créations par des solos sur scène, ce spectacle va même au-delà de son postulat de départ : il veut montrer qu'on peut "survivre en dansant".

Damien LEMAÎTRE (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 10 décembre 2012

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>Infos pratiques : La première du spectacle "Lo Real-Le Réel-The Real" aura lieu le 12 décembre au Théâtre Royal de Madrid. Sept autres dates sont programmées (les, 13, 15, 16, 18, 19, 21 et 22). Les billets sont en vente sur le portail du Théâtre. Des représentations à Séville, Grenade, Barcelone, en Allemagne et aux Pays-Bas sont aussi prévues. En France, le Théâtre de la Ville de Paris accueillera du 12 au 20 février le spectacle. Montpellier est aussi sur les rangs pour accueillir la maître Galván. Plus d'infos sur le site de sa compagnie de danse.  

> Sur scène : Israel Galván sera dirigé par Pedro Romero et Txiqui Berraondo. Il dansera avec Belén Maya et Isabel Bayón. Musicalement, il sera accompagné à la guitarre par Chicuelo, au chant par Tomás de Perrate et David Lagos, à la percussion par Emilio Caracafé, notamment. C'est un spectacle coproduit avec le Théâtre de la Ville de Paris et l'Institut andalous du flamenco.
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Publié le 10 décembre 2012, mis à jour le 23 décembre 2012
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