

Directeur Général d'Air France KLM pour l'Espagne et le Portugal, il est en poste à Madrid depuis septembre dernier, et compte 25 ans de maison à son actif. Dans un contexte plutôt prometteur pour le secteur, le succès dans la Péninsule de l'alliance franco-néerlandaise dépendra notamment de sa capacité à capter toujours plus de voyageurs sur le long cours, en jouant sur ses hubs de Charles-de-Gaule et d'Amsterdam. Mais c'est aussi les performances de la low-cost Transavia, représentée commercialement depuis le 1er janvier 2015 par Air France, sur l'Espagne, le Portugal et l'Afrique du Nord, qui devrait être déterminant.
Bruno Georgelin : Notre programme d'hiver prévoit cette année plus de 690 vols hebdomadaires depuis 13 aéroports espagnols, sur 23 routes différentes. Si le groupe transporte quelque 87 millions de passagers par an dans le monde entier, le volume généré par l'Espagne, avec Air France KLM, représente près de 3 millions d'entre eux, ce à quoi il faut ajouter le volume de voyageurs transporté par Transavia et Hop!.
Comment êtes vous organisés sur le territoire ?
La spécificité d'Air France KLM en Espagne, c'est le volume de voyageurs en correspondance : 65% des passagers utilisent nos lignes pour connecter sur l'un de nos deux hubs, Charles-de-Gaule ou Schiphol à Amsterdam, et poursuivre ensuite leur route sur nos lignes, vers d'autres destinations. Notre business est centré sur ce marché. Nous devons être en mesure de connecter toujours mieux le marché espagnol sur ces deux hubs, pour proposer les énormes opportunités proposées à destination des autres continents.
Par ailleurs, depuis le 1er janvier 2015, Air France représente commercialement la compagnie Transavia, qui va nous permettre d'apporter une offre concurrentielle sur le secteur du low cost, en accord avec notre plan stratégique de groupe, "Transform 2020". Le marché espagnol est un marché naturel pour le low cost, attirant un flux de touristes impressionnant. Pour cette raison, le pays est au coeur de la stratégie de Transavia, qui devrait voir sa flotte passer de 14 à 60 avions d'ici 2017. L'Espagne constitue, avec le Portugal et l'Afrique du Nord notamment, une sorte de laboratoire où la commercialisation par Air France des vols de la compagnie sont désormais réalité.
Enfin, sur les vols directs, sans connexion, pour les liaisons régionales hors Paris, c'est la compagnie Hop! qui nous devrait couvrir ce marché plus transversal. Mais ce marché est actuellement en pleine restructuration et générateur de pertes.
Que représentent la connexion France-Espagne dans votre volume d'activité ?
Le nombre de vols et de passagers transportés entre la France et l'Espagne augmente. C'est le fruit de plusieurs par facteurs, comme par exemple la coopération que nous avons mise en place avec Air Europa, au départ de Madrid et à destination d'Orly, augmentant ainsi nos capacités. Mais ce que nous observons surtout dans cette tendance haussière, c'est que la part des voyageurs en correspondance est en pleine croissance, tandis que la part des voyageurs qui prennent des vols directs entre la France et l'Espagne, quant à elle, diminue.
Avez-vous noté une baisse de votre trafic depuis la mise en place de la ligne ferroviaire à grande vitesse entre la France et l'Espagne ?
Non, il n'y a pas eu d'impact. Globalement on estime que lorsqu'une ville est à plus de 3 heures de distance par le rail, le risque concurrentiel reste limité.
La sortie de crise de l'Espagne a-t-elle joué sur une hausse de votre trafic ?
Il est vrai qu'avec la sortie de crise, les entreprises ont tendance à sortir du pays pour aller chercher de nouveaux marchés. Mais ce que nous avons surtout noté depuis la crise, c'est une hausse de notre trafic en correspondances. Les entreprises sont à la recherche d'économies et se décantent de plus en plus pour des vols avec correspondances, moins chers que des vols directs. Cette politique de travel management axée vers l'économie de coûts nous favorise particulièrement.
La compagnie Air France jouit-elle d'une notoriété particulière en Espagne ?
C'est indéniable. Nous sommes présents dans le pays depuis 1933 et l'Espagne a toujours été étroitement liée à l'histoire d'Air France. Nous avons assuré dans le pays une présence ininterrompue, indépendante des hauts et des bas par lesquels il est passé. Paris a longtemps été le débouché naturel pour les Espagnols, pour aller prendre des vols vers des destination non desservies directement depuis la Péninsule. Dans une récente enquête publiée par Iberia, Air France apparaît comme la première compagnie étrangère spontanément citée par les Espagnols, ce qui montre notre degré d'intégration dans le pays. Je crois qu'il y a un véritable facteur sympathie envers notre marque, lié à cette histoire commune. Enfin, les bonnes relations entre la France et l'Espagne contribuent à ce que l'image que nous avons ici soit bonne.
Jouez-vous sur cette image de la France, pour promouvoir la marque ?
Bien sûr, cela fait partie des axes de notre communication. Nous essayons de faire valoir que nous sommes à la fois une entreprise globale, mais avec une french touch. Parmi les valeurs de la marque, on retrouve donc cette francité, mais aussi le plaisir de voyager. La présence des grands crûs français sur les vols, ou des plats développés par les grands chefs comme Ducasse correspondent à cette politique qui est la nôtre.
Parlez-nous des plans stratégiques du groupe.
Le plan "Transform 2015" était centré sur la réduction des coûts, avec pour objectif d'économiser 1 milliard d'euros et de s'aligner sur la concurrence. Le plan "Transform 2020" reprend des onjectifs de baisse de coûts, dans la mesure où avec certaines compagnies, nous constatons encore certains écarts. Mais l'autre grand axe du plan est centré sur l'investissement, à hauteur de 1 milliard d'euros également, destinés à améliorer la qualité et le confort de nos avions. Notre ambition est de proposer la meilleure qualité, sur le marché mondial.
Compte-tenu de la baisse des prix du pétrole, les prix des billets d'avion vont ils baisser ?
Nous avons acheté pour 2015, 60% du pétrole dont nous avons besoin, à des prix accordés il y a quelques mois avec notre fournisseur. Difficile dans ce contexte de reporter la baisse des prix, d'autant que le pétrole que nous utilisons pour nos avions n'est pas du Brent, mais du Jetfuel. Un autre facteur à prendre en compte, c'est que nous effectuons nos achats en dollars et que la fluctuation actuelle de l'euro ne joue pas en notre faveur. Cela dit, il y aura certainement un impact lié aux cours du pétrole, mais il sera certainement très limité pour l'instant. A terme, je pense que la tendance générale du secteur va vers la baisse des prix des billets, ne serait-ce parce qu'il y a actuellement une surcapacité dans le secteur, qui tend à faire baisser les prix.
Quelles sont les principales nouveautés en termes de routes au départ de l'Espagne, cette année ?
Avec la France, il y aura l'ouverture d'une ligne Madrid-Nantes à partir du 12 avril, avec Transavia. A partir de juin, c'est Valence qui sera relié à Paris Orly, toujours avec Transavia. Sur le saisonnier, il devrait y avoir des connexions mises en place depuis en aller-retour Toulouse, à destination de Malaga et de Séville. L'Amérique du Sud reste par ailleurs une priorité. A compter du 31 mars, l'ouverture de la ligne Amsterdam-Bogota-Cali devrait apporter un supplément de trafic significatif pour le groupe.
Propos recueillis par Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espagne) Jeudi 22 janvier 2015
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