Au sommet d’un gratte-ciel de Los Angeles, entre ciel azur et ambitions bien ancrées, French Cluster donne le ton : ici, le networking ne se contente pas de serrer des mains - il crée des trajectoires. Et parfois même, il sauve des solitudes. Le Petit Journal vous emmène à la rencontre de ce réseau qui compte, au cœur de la communauté francophone du sud de la Californie.


« Quand je suis arrivé à Los Angeles il y a 10 ans, je ne connaissais personne », raconte Jean-Baptiste Piron, attaché culturel de la Délégation du Québec à Los Angeles. Une phrase simple, presque banale, mais qui résume à elle seule la genèse de l’association. À ses débuts, French Cluster n’était qu’un cercle restreint : « On était 6 ou 7 membres… On s’échangeait des leads d’affaires » poursuit le Belge, l’un des fondateurs du groupe. Aujourd’hui, la petite table mensuelle s’est transformée en une plateforme structurée, réunissant « 25 experts » répartis entre Los Angeles, Orange County, Chicago et même Las Vegas avec un « Rolodex » de 750 membres et plus de 3300 abonnés à la page LinkedIn.
À la tête de cette mécanique bien huilée, Johanna Monon, présidente depuis 2024. Cette avocate est elle aussi arrivée par hasard - ou presque : « C’était à côté de mon bureau… Et ça m’a permis de développer un réseau. » Très vite, elle comprend l’intérêt stratégique de French Cluster : « Je voulais marier mon réseau américain avec un réseau francophone. » Résultat : une organisation qui joue désormais les entremetteuses professionnelles avec une redoutable efficacité.
Des événements ouverts à tous et un noyau dur d’experts
Le modèle repose sur deux piliers. D’abord, des événements ouverts à tous et gratuits. Les deux prochains auront lieu le jeudi 21 mai à Silver Lake et le jeudi 28 mai à Huntington Beach (plus d’informations ici). « Open community, tout le monde est bienvenu », explique Johanna Monon. On y croise des profils aussi variés que l’écosystème californien : entertainment, tech, droit, fiscalité, gastronomie… « Notre communauté vient d’horizons très différents », souligne-t-elle. Ensuite, un noyau dur d’experts, « ancrés dans l’expertise, la bienveillance et l’excellence », qui accompagnent les nouveaux arrivants comme les entrepreneurs aguerris.
Mais la vraie signature de French Cluster tient dans un détail presque invisible : l’attention portée aux individus. « On essaye de ne jamais laisser les gens seuls », affirme Jean-Baptiste Piron. Dans une ville où le networking peut vite ressembler à une jungle sociale, cette approche tranche. Johanna Monon confirme, avec une pointe d’autodérision : « Si quelqu’un est seul avec son verre… On va le voir ». Traduction : ici, pas de naufragés du cocktail.
Aider les nouveaux venus à décrypter la culture américaine
Au-delà des rencontres, l’association joue un rôle clé d’accélérateur. « On peut faire gagner un à deux ans », estime l’avocate, en aidant les nouveaux venus à décrypter la culture américaine. Et notamment ses subtilités juridiques. « Si ce n’est pas dans le contrat, ça n’existe pas », prévient-elle. Un rappel utile pour ceux qui pensent encore qu’une poignée de main suffit. « Moi, je le déconseille », tranche-t-elle, sourire en coin.
De son côté, Jean-Baptiste Piron insiste sur l’importance de sortir de sa zone de confort : « Il faut se forcer à aller au-delà de la communauté francophone. » Paradoxal ? Pas vraiment. French Cluster revendique justement cette ouverture, avec « 10 à 15 Américains » présents lors de certains événements - une rareté dans ce type de réseau.
Certaines rencontres débouchent sur de véritables collaborations
Les résultats parlent d’eux-mêmes, même si la modestie reste de mise. Certaines rencontres débouchent sur de véritables collaborations. Jean-Baptiste Piron cite l’exemple d’une violoniste québécoise intégrée à une start-up après une simple soirée networking. Comme quoi, derrière un verre et une carte de visite, il y a parfois un business plan qui sommeille.
Côté fonctionnement, l’association reste fidèle à son esprit d’origine : agile et bénévole. « On est tous bénévoles », rappelle Johanna Monon. Pas de modèle économique classique, mais une cotisation modeste des experts - 75 dollars par an - pour couvrir les frais. Et surtout, une ambition mesurée : « On n’a pas vocation à inonder les États-Unis », précise Jean-Baptiste Piron.
Les projets, eux, sont bien réels : création d’un agenda commun des événements francophones, développement de panels thématiques, et peut-être un grand rendez-vous annuel. « On se voit comme des facilitateurs », résume le Belge. Un mot modeste pour une structure qui, depuis les hauteurs de Los Angeles, tisse patiemment un réseau où chaque connexion compte. Et où, finalement, le plus grand luxe n’est pas la vue - mais les rencontres.
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