Portrait d’une expatriée française pas comme les autres… : mauvaise élève, allergique à l’anglais, jamais destinée à la pâtisserie, et pourtant, depuis vingt ans, Isabelle Briens illumine le comté de San Diego avec ses crêpes-parties, ses croissants, ses gâteaux d’anniversaire et surtout un sourire devenu sa vraie signature. Récit de Franck Pedretti.


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À l’école de la vie, Isabelle Briens serait sans doute la première de sa classe. Malgré un parcours semé d’embûches et de résilience, la française offre à présent un petit coin de France au comté de San Diego. Elle vient de souffler les 20 bougies de sa French Pastry entourée de toute la communauté d’Encinitas. Une célébration à son image : simple, joyeuse et profondément humaine.
Retour sur un parcours atypique
Avant de devenir la figure incontournable du French Pastry d’Encinitas, Isabelle Briens était loin d’imaginer que sa vie la mènerait un jour derrière un comptoir de pâtisserie.
Née à Versailles, fille d’un père breton des Côtes-d’Armor et d’une mère originaire de Haute-Garonne, elle grandit entre la région parisienne, l’Aveyron et les souvenirs marquants de sa Bretagne adorée - notamment les vacances chez son grand-père paternel, une figure fondatrice de son enfance.
Pas vraiment destinée aux études, et encore moins à la pâtisserie, Isabelle Briens décroche un BEP Comptabilité après avoir rêvé d’une carrière artistique. L’anglais ? Pas trop son truc… un cauchemar pour ainsi dire : « J'étais allergique à l’anglais », plaisante-t-elle encore aujourd’hui. Une langue qui, à l’école, faisait rire ses professeurs… mais qui allait pourtant devenir indispensable quelques années plus tard.
À 23 ans, après six années dans la vente de publicité où elle connaît un vrai succès professionnel, Isabelle Briens choisit de partir à l’aventure avec un peu d’argent en poche plutôt que de suivre un chemin tout tracé. Une voiture, une moto, des voyages… puis un passage en Californie chez son cousin germain Éric, propriétaire d’une pâtisserie française à Del Mar.
Elle arrive sans véritable plan, avec très peu d’anglais et simplement l’envie de découvrir une nouvelle vie. Mais rapidement, elle tombe sous le charme de la Californie et de cette culture où les idées, le travail et la passion peuvent ouvrir des portes.
L’anglais, elle ne l’apprendra pas dans les livres, mais au contact des gens : derrière le comptoir de la pâtisserie de son cousin, en échangeant chaque jour avec ses clients, en écoutant, en répétant, en osant faire
des erreurs. Petit à petit, la langue qui lui résistait tant devient un outil de connexion.
Car c’est finalement ce qui va changer sa vie : plus que la pâtisserie, c’est la relation humaine qui la passionne. Les rencontres, les sourires, les histoires partagées… cette expérience lui donne envie de voler de ses propres ailes et d’ouvrir son café-boulangerie à la française. Elle reprend alors un ancien French Café à Encinitas, c’est malheureusement le début des mésaventures. Le café n’est pas aux normes et il lui faudra attendre plusieurs mois avant d’avoir le feu vert des autorités sanitaires, et enfin pouvoir ouvrir sa French Pastry.
Le 21 juin, date symbolique
C’est le solstice d’été, le jour le plus long de l’année et, en France, celui de la Fête de la Musique, une date qui a longtemps fait danser la jolie blonde… jusqu’au 21 juin 1989, année où elle perd son grand-père paternel ; un des drames de sa vie, un moment qui l’a profondément marquée.
C’est aussi le jour où, contre toute attente, les autorités sanitaires lui donnent leur feu vert à l’ouverture de son café, le 21 juin 2006 : « On attendait depuis des semaines. Et puis le Health Department a dit oui… Vingt ans plus tard, j’ai encore du mal à y croire. Un signe, une coïncidence, appelez ça comme vous voulez. » Sa présence est quotidienne : « Mon pépé, l’homme qui m’a tout appris… »

Bien plus qu’un commerce
Vingt ans plus tard, le café a employé plusieurs dizaines de personnes, a traversé les crises économiques, la pandémie et toutes les montagnes russes de la restauration. French Pastry est devenue une famille.
Un fils du premier mariage de John, son mari, un enfant qu’ils ont eu ensemble, et deux garçons adoptés, arrivés avec tout l’amour du monde et qui ont bouleversé leur vie, transformant leur quotidien du tout au tout : « I’m a full-time mom », dit-elle en souriant face à ce joyeux chaos, comme si le café ne suffisait pas déjà à remplir sa vie : « Le business, c’est important. Mais ce n’est jamais une finalité. Ce qui compte, ce sont les personnes qu’on aime, les souvenirs qu’on crée, les vies qu’on touche. »
F.P.
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