Deux mois et demi après l’incendie de l’entrepôt Lineage Logistics à Boyle Heights, les centaines de tonnes de déchets alimentaires ont enfin été évacués. Mais sur place, ce 30 août 2026, difficile d’imaginer que la crise touche à sa fin : les odeurs restent nauséabondes, les mouches prolifèrent et les riverains s’inquiètent toujours des conséquences sanitaires du sinistre. Reportage d’Emmanuelle Franks.


Plus de deux mois après l’incendie de l’entrepôt frigorifique Lineage Logistics à Boyle Heights qui a eu lieu le 17 juin 2026, les déchets alimentaires ont enfin été évacués. Pourtant, sur place, la police est encore omniprésente pour protéger le site et les conséquences du sinistre restent particulièrement perceptibles.
Ce dimanche 30 août, en nous approchant du site, l’odeur est toujours âcre, écœurante, tenace — aussi intense que lorsque nous nous y étions rendus le 29 juin dernier, cinq jours après la fin de l’incendie. Après une heure passée à une cinquantaine de mètres du bâtiment, notre gorge brûle, la nausée monte et en quittant le quartier, l’odeur est à nouveau imprégnée dans nos cheveux et nos vêtements. Ces symptômes ne permettent pas d’identifier les substances présentes dans l’air ni d’établir leur toxicité, mais témoignent de l’intensité de l’exposition ressentie.
Les déchets sont partis, les nuisances restent
La veille, le 29 août 2026, South Coast Air Quality Management District (AQMD) annonçait pourtant que l’ensemble des déchets alimentaires en vrac avait été retiré. Le chantier n’est pas terminé : enlèvement des débris, lavage et désinfection doivent se poursuivre, avec maintien des dispositifs destinés à limiter les odeurs.
Sur place, une partie du bâtiment a déjà été démolie et les camions se succèdent. Isidor, venu spécialement de San Diego pour contrôler leur circulation pendant une semaine, travaille sept jours sur sept. Ce qui le frappe particulièrement ? « Les grosses mouches », très nombreuses autour du site. Le problème est documenté par les autorités. Une enquête du Los Angeles County Department of Public Health publiée en juillet 2026 indiquait que 84 % des habitants interrogés avaient constaté une augmentation des nuisibles, dont 76% davantage de mouches et 35% davantage de rongeurs.
« Je préfère rester chez moi »
Hector habite à quelques mètres. Masqué, il jardine pour tenter d’assainir son environnement. Il montre les mouches qui envahissent un grand arbre et raconte avoir également constaté de nombreux cafards : « Vous ne croiriez pas la quantité de cafards qu’il y avait dans mon jardin cet été », raconte-t-il. Faute de pouvoir payer régulièrement une entreprise spécialisée, il utilise sprays et pièges contre les nuisibles.
Il montre aussi des dépôts sur ses poubelles qu’il soupçonne d’être des résidus de l’incendie, sans que leur origine puisse être établie. Les autorités ont distribué masques et purificateurs d’air dans le quartier, mais Hector refuse l’hébergement temporaire en Airbnb qui lui a été proposé : « Je préfère rester chez moi. » L’odeur est pourtant devenue une contrainte quotidienne. Ses visiteurs, raconte-t-il, ne parviennent parfois pas à manger chez lui et l’encouragent à partir.
Près de 5,000 plaintes déjà déposées
Une partie des déchets de Lineage a été acheminée vers Simi Valley, où des riverains signalent à leur tour odeurs et mouches. Le Ventura County Air Pollution Control District a délivré un avis de violation à l’exploitant de la décharge.*
À Boyle Heights, South Coast AQMD avait déjà enregistré plus de 4,900 plaintes liées aux odeurs depuis le 12 juillet et délivré 38 avis de violation pour nuisance publique. L’évacuation des déchets marque donc une étape majeure, mais pas encore la fin de la crise. Ce 30 août, les camions circulent toujours, les mouches sont là, la canicule aussi et surtout, l’odeur persiste...
E. F.
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