L’incendie de l’entrepôt frigorifique alimentaire de Lineage Logistics qui a démarré le 17 juin 2026 vers 2:30 p.m. à Boyle Heights, est désormais maîtrisé. Mais derrière la disparition des flammes se cache une catastrophe sanitaire et environnementale dont les effets pourraient se faire sentir pendant des mois. Odeurs pestilentielles, pollution de l’air, inquiétudes pour la santé des riverains et milliers de tonnes de denrées alimentaires en décomposition... Reportage d’Emmanuelle Franks, cinq jours après le sinistre.


Le Los Angeles Fire Department (LAFD) a annoncé le 28 juin 2026 que l’incendie était désormais maîtrisé. Mais la catastrophe ne s’est pas arrêtée avec les flammes.
Une catastrophe qui change de visage
Une partie des frigos de Lineage Logistics a brûlé - l’autre est en train de pourrir. L’odeur de viande en décomposition est toujours nauséabonde.
Sur le chantier, les ouvriers travaillent équipés de masques N95, tout comme de nombreux riverains et passants. Dans les rues avoisinantes, les restaurants ont vu leur fréquentation chuter. Selon la direction du vent, une odeur de poubelles ou de charogne en décomposition envahit le quartier avec une intensité variable.
L’air respiré sur place a également eu des effets immédiats. Sur place, nous sommes pris d'une sensation de brûlure dans la gorge, et ce pendant plusieurs heures après notre reportage. La forte odeur de viande brûlée et en décomposition est également restée imprégnée dans nos cheveux et sur nos vêtements.
Le Los Angeles County Department of Public Health s’inquiète également du risque de prolifération de rats et d’autres nuisibles, attirés par les dizaines de millions de livres de nourriture en décomposition. L’entreprise Lineage Logistics a indiqué avoir confié le nettoyage à Signal Restoration Services, chargée notamment de la désinfection du site, du contrôle des odeurs et de la lutte contre les nuisibles.
« Nous vivons toujours avec les conséquences »
Pour Olivia (prénom modifié afin de préserver son anonymat), habitante de Boyle Heights, la crise continue au quotidien. L'expatriée francophone a quitté temporairement son appartement pour être hébergée chez des amis à Highland Park. Pendant l’incendie, quand elle était encore à Boyle Heights, elle a constaté : « que meme si des particules sont quasiment invisibles, on se réveille avec des maux de tête, les yeux très secs et les sinus douloureux. Quand j’étais dans mon logement à Boyle Heights, je toussais sans arrêt et j’étais constamment fatiguée. »
Son logement a été entièrement calfeutré pour faire face à la fumée et aux odeurs, mais ce n’était pas suffisant : « Les portes et fenêtres sont scellées avec du ruban adhésif, tandis qu’un purificateur d’air fonctionne en permanence. Dès que j’arrive dans les bureaux climatisés de mon entreprise située dans la San Fernando Valley, je me sens mieux », raconte-t-elle.
Une qualité de l’air sous surveillance
Pendant plusieurs jours, le South Coast Air Quality Management District (South Coast AQMD) a enregistré des niveaux de pollution très élevés dans le secteur. Les alertes les plus sévères ont depuis été levées. Le site Time.now, qui publie l’indice de qualité de l’air (IQA) en temps réel, recommande aux personnes sensibles à la pollution atmosphérique de consulter les prévisions de qualité de l’air avant toute activité à l’extérieur.
Lundi 29 juin à 7 p.m. l’indice de qualité de l’air à Boyle Heights s’établissait à 61. Selon les normes de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), cette valeur correspond à une qualité de l’air « modérée ». La concentration de particules fines PM2,5 était de 14,4 µg/m³. Si ce niveau est considéré comme acceptable pour la majorité de la population, les personnes les plus vulnérables, notamment les enfants, les personnes âgées et celles souffrant de maladies respiratoires ou cardiovasculaires, sont invitées à éviter les efforts physiques prolongés ou intenses à l’extérieur.
Climatisation : une recommandation souvent mal comprise
L’une des consignes qui a suscité le plus d’incompréhension concernait la climatisation. Pendant l’incendie, les autorités demandaient de garder les portes et fenêtres fermées et de couper tous systèmes faisant entrer de l’air extérieur. En revanche, les climatiseurs fonctionnant en circuit fermé, qui recyclent uniquement l’air intérieur, pouvaient continuer à être utilisés en mode « recirculation ». Cette nuance, peu expliquée dans les premiers jours de la crise, a alimenté la confusion chez de nombreux habitants qui ont cru devoir couper leur système de climatisation. Les autorités recommandaient également de limiter l’utilisation des appareils à gaz, comme les cuisinières et les fours, afin de préserver la qualité de l’air intérieur.
Des habitants qui dénoncent un manque d’aide
Pour Olivia, le plus difficile est de constater que l’absence d’ordre officiel d’évacuation bloque maintenant une partie des aides ; son assurance refuse de financer un relogement temporaire et son employeur n’a prévu aucun dispositif particulier si elle doit prendre une journée d'absence maladie. Elle estime également que la distribution de purificateurs d’air et de masques N95 reste insuffisante au regard des besoins du quartier.
Le 4 juillet, une inquiétude supplémentaire
À l’approche de la fête nationale américaine, la ville de Los Angeles interdit les feux d’artifice aux particuliers et donnent la liste de feux d’artifice où les habitants peuvent se rendre parce qu’ils sont organisés par des professionnels. Le Los Angeles Fire Department rappelle qu’ils représentent un risque majeur d’incendie.
Les spectacles pyrotechniques libèrent des particules fines ainsi que des métaux comme le baryum, le cuivre ou le strontium. Plusieurs études montrent que ces émissions entraînent une hausse importante de la pollution atmosphérique pendant plusieurs heures.
Une reconstruction qui ne fait que commencer
Le feu est éteint, mais Boyle Heights continue de vivre avec ses conséquences. Le retrait des milliers de tonnes de denrées alimentaires en décomposition, la surveillance de la qualité de l’air, la prévention de la prolifération des nuisibles et l’évaluation des conséquences sanitaires et environnementales à long terme devraient mobiliser les autorités pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
E.F.
Sur le même sujet







