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« Beef » 2 : Une dispute de couple à l’origine de la série la plus énervée de Netflix

Auréolée de trois Golden Globes, la série « Beef » revient sur Netflix pour une deuxième saison nerveuse et pertinente. Le Petit Journal a rencontré son réalisateur, Lee Sung Jin, à Los Angeles.

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Entre humour grinçant, comédie satirique, drame et réalité sociale, la saison 2 de "Beef" est très réussie, sur Netflix. © DR
Écrit par Déborah Laurent
Publié le 11 mai 2026

 

En 2023, la série « Beef » - mot d’argot américain qui désigne le fait de se quereller avec rancœur et animosité - sur Netflix démarrait sur une altercation entre deux automobilistes. Une situation que le réalisateur Lee Sung Jin avait vraiment vécue. La série, portée par une distribution majoritairement asiatique, et récompensée aux Golden Globes des prix de la meilleure mini-série, du meilleur acteur et de la meilleure actrice, montrait comment la colère peut tout engloutir. 

Presque trois ans plus tard, « Beef » (« Archarnés » dans sa version française) revient. Autre casting, international cette fois, mais à nouveau, une histoire inspirée d’un événement que le réalisateur a réellement vécu. C’est une dispute de couple dans son quartier qui a mis en route son « énergie créative ».

 

Une dispute de couple monumentale

 

« L'incident en lui-même n'avait rien de particulier, mais les réactions des gens étaient fascinantes. Quand j'en ai parlé à mes jeunes amis de la génération Z, ils étaient tous choqués : Tu as appelé le 911? Est-ce que tout le monde va bien? Alors que mes amis Millennials et Gen X réagissaient plutôt par un Et alors? », confiait Lee Sung Jin en riant lors d’une récente rencontre avec la presse chez Netflix. « Ce contraste m'a vraiment intrigué. »

 

 

« Beef » 2 raconte l’histoire d’Austin et Ashley, joués par Charles Melton et Cailee Spaeny, qui assistent à une dispute monumentale entre Josh, le directeur du prestigieux country club de Montecito où ils travaillent, et sa femme, Lindsay. Ils filment la scène, effrayés par la violence du moment qui s’arrête brutalement quand Josh et Lindsay les surprennent en train de les espionner. Les deux couples vont s’opposer, se manipuler, s’utiliser jusqu’à ce que la situation devienne totalement hors de contrôle.

 

Entre humour grinçant, comédie satirique, drame et réalité sociale

 

Cette saison nerveuse explore les inégalités de classe, de genre et de race, et oppose les points de vue de deux générations sur les thèmes de l’amour, du travail et de l’argent. La série a un ton indéfinissable entre humour grinçant, comédie satirique, drame et réalité sociale. C’est drôle, malin et choquant. 

Oscar Isaac s’est régalé sur le tournage, explorant avec joie le conflit de génération. Il nous confie : « Josh et Lindsay regardent ces jeunes avec un certain jugement, parce qu’ils en savent plus sur la vie. Mais ils sont totalement aveugles à leurs propres comportements », sourit l’acteur. « On pense “maintenant je sais” - mais nos futurs moi nous regarderont un jour et se diront : “si seulement ils avaient su ce qui allait arriver” ».

 

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Notre journaliste cinéma, Déborah Laurent, a assisté à une rencontre avec l'équipe de "Beef" au moment de la sortie de la saison 2 sur Netflix, en avril 2026, à Los Angeles. © Oscar Isaac Carey Mulligan

 

Ce qui épate dans « Beef », c’est la précision. Les dialogues sont incisifs, il y a un sens du détail permanent, le jeu d’acteur est de haute voltige, les personnages sont aboutis. Lee Sung Jin ne laisse rien au hasard. Oscar Isaac le surnomme en rigolant ChatLeeSungJin, en référence à ChatGPT : « Sonny a une quantité phénoménale d’informations en tête. Il m’avait envoyé des documents retraçant tout le parcours de Josh : ses origines, ses études, ses premiers salaires, ses augmentations… Il avait ça pour tous les personnages. » 

Si ça sonne si juste entre Josh et Lindsay, c’est aussi parce qu’Oscar et Carey se connaissent bien. Ils ont travaillé ensemble sur « Drive » et « Inside Llewyn Davis ». La confiance était déjà là. Ils ont pu aller plus loin. « On a construit cette relation sur plusieurs mois. En particulier cette première dispute. On a passé énormément de temps à en calibrer le ton, à trouver la juste mesure, à chercher le chemin le plus naturel pour arriver au tableau final. On cherchait encore pendant le tournage », sourit-il. « C’est pourquoi ça semble si vivant. »

 

La série met le doigt sur toutes nos zones d’ombres

 

Carey Mulligan porte sur son personnage un regard amusé. « Ce sont des gens très mesquins. Elle souffre d’une mauvaise estime d’elle-même, ne s’intéresse profondément à rien, ne sait pas où elle en est. Elle s’en est sortie dans la vie grâce aux bons cercles d’amis, aux bonnes relations. » Lindsay est un cliché, une imposture. On pourrait croire qu’elle est une femme de pouvoir mais elle est complètement impuissante et elle est coincée dans un mariage qui la rend malheureuse, sans carrière, sans vrais amis. 

« Beef 2 » est perturbant : la série met le doigt sur toutes nos zones d’ombres, ces traits de caractère dont on n’est pas très fiers. Oscar Isaac appelle les téléspectateurs à faire preuve de « compassion » pour ces personnages que le désespoir et l’idée de perdre accès à leurs avantages rendent pathétiques. Ils ne sont pas très glorieux mais on est tous un peu comme eux.

 

Une histoire qui se déroule dans le Country Club de Montecito. Si l’histoire se passe dans le country club de Montecito, bourgade huppée de Californie où vivent Harry et Meghan et Oprah Winfrey, c’est parce que le réalisateur a pu personnellement profiter des lieux quelques jours grâce à un ami dans la tech. « Il a une maison à Montecito et m'a laissé utiliser son abonnement au club. Quand j'ai entendu le prix, j'ai fait la grimace en me disant que c'était de la folie. Mais après une semaine à l'utiliser, je trouvais ça plutôt bien », rigole-t-il. « Ce que j'ai observé au Montecito Club, c'est que la plupart des membres appartenaient à la génération silencieuse et aux Boomers, tandis que la plupart des employés étaient des Millennials et des Gen Z. Un microcosme de la société : peu importe combien ces employés travaillent, ils ne deviendront jamais membres. Comme dit Austin dans la série : Tout le monde a ramassé le pactole avant nous. C’est un sentiment qui devient de plus en plus puissant à mesure que les dirigeants démantèlent les garde-fous du capitalisme. Une fois qu'on avait cette métaphore, on l'a exploitée à fond. »

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