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YVAN SERRANO - Portrait d'un homme attaché à ses racines et à celles de la musique

Par Lepetitjournal Londres | Publié le 31/07/2012 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 14:55

 

Dj, producteur, musicien, Yvan Serrano, 42 ans, endosse toutes les casquettes avec toujours le même créneau : rester fidèle à ses valeurs. Le Petit Journal vous invite à partir à la découverte de celui qui a récemment été élu "The most influential French in London"

(Crédits: Simon Gleize)

C'est au coeur de Shoreditch, au bar "El Paso", que Yvan Serrano a donné rendez-vous au PetitJournal.com. Un quartier qu'il connaît par coeur et dont il raconte l'histoire avec émotion : "Il y avait tout à faire ici quand je suis arrivé. J'y ai rencontré des gens extraordinaires et je suis très attaché à ce lieu. Quand je me balade dans le coin, je repense à tout ça. Beaucoup de souvenirs rejaillissent". C'est en effet dans ce bar que la "romance" du Dj français avec Londres a commencé il y a plus de quinze ans.

En 1996, Yvan et sa compagne vivent à Limoges. Sans savoir ce qu'ils allaient trouver ailleurs, ils décident de quitter la France. "On n'avait pas d'idée précise en tête. On voulait simplement découvrir autre chose", raconte Yvan. Leur premier souhait est de s'installer à New-York mais c'est loin de leurs familles et il est compliqué d'obtenir un visa pour les États-Unis. Londres semble plus accessible. "L'Europe venait de faire tomber les frontières donc on s'est dit pourquoi pas tenter notre chance. On voulait simplement partir pour partir. Ensuite chaque année on se disait : "Allez, on rentre". Finalement, ça fait 15 ans?".

(Crédits: Simon Gleize)

Ses débuts à Londres

Quand il arrive dans la capitale anglaise, il commence comme musicien. Puis, ayant besoin d'un revenu fixe, il se met à chercher un emploi "classique". Il travaille d'abord comme réceptionniste pendant six mois puis devient projectionniste à mi-temps avant d'être licencié quand le cinéma ferme. Avec les indemnités qu'il reçoit, Yvan décide de s'offrir des platines. La mode est à la house mais lui décide de passer des vieux disques allant des années 40 à la fin des années 70. De la musique "vintage" comme on dit. Rock and roll, rockabilly, soul, musique yéyé, ska, reggae?tout y passe. "Pour moi, ma boîte à disque, c'est comme une boîte à épice. Je dois faire à manger et il faut que ce soit "tasty"", décrit Yvan. C'est donc au bar "El Paso", sur Old Street, qu'il fait ses débuts et remporte très vite un grand succès. Tous les vendredi soir pendant cinq ans, il fait danser Shoreditch sur de la vieille musique. Il témoigne : "Au début tout le monde rigolait mais en voyant la queue devant le bar, ils étaient intrigués". Son patron de l'époque le prend rapidement sous son aile et le traite comme un membre de la famille. À la vue du succès rencontré le vendredi, il lui demande aussi d'animer les soirées du mardi. Yvan décide de lancer le concept de l'"open mic" : "Je sélectionnais les musiciens qui me semblaient avoir du potentiel et leur demandais de venir se produire. Quand ils étaient très bons et prêts, je les envoyais ensuite jouer dans des clubs comme Cargo puis Koko". Grâce à ces soirées, il rencontre un nombre inimaginable de musiciens. Notamment un certain Charlie Winston qui fera ensuite parti du collectif d'artiste "Raison d'Être" que Yvan a créé en 2001.  

"An unusual French"


Ce dernier présente Yvan comme un "unusual french". "Je trouvais ça bizarre au début mais je comprend maintenant ce qu'il veut dire. J'ai appris très tôt à ne pas juger les gens sur leur couleur, leur nationalité ou leur religion", explique Yvan. Une qualité qui vient selon lui de ses voyages mais aussi de son enfance. Celui qui a grandit à Tulle garde un souvenir ému de ses années passées dans l'appartement familial situé au dessus du bar que tenait ses parents : "Ils étaient très impliqués dans la vie sociale de la ville. C'est dans leur café que les ouvriers venaient se rejoindre après le boulot mais aussi les jeunes des quartiers le soir, toute la classe politique de la ville et des gitans avec qui mon père était ami. J'ai grandit dans ce café au milieu de voyous mais aussi de gens de lettres et d'artistes".  Si les différences ne lui ont "jamais fait peur", c'est aussi grâce à son amour pour la musique : "C'est sûrement une clé à l'ouverture d'esprit sur le monde. Les musiciens ont toujours échangé leurs idées contrairement aux politiciens ou à la religion. C'est un langage universel. Je rencontre des gens avec qui je ne parle pas la même langue mais si ils prennent par exemple une batterie et moi une guitare, on communique immédiatement".

(Crédits: Simon Gleize)

Une précocité

Jeune, l'école ne le passionne pas. À 12 ans, sur le chemin du collège, il pousse la porte d'une radio : "Je me souviendrai toujours de l'odeur des vieux disques et des équipements du studio". Intrigué par le jeune âge et la curiosité de leur visiteur, les responsables de la station lui proposent de venir passer les disques qu'il aime le mercredi après-midi. Au programme de la plage horaire d'Yvan, du pop rock américain et anglais mais aussi du rock alternatif français avec des groupe comme Parabellum ou Hot Pants de Manu Chao. "Déjà très jeune, je me suis rendu compte que ce n'était pas la peine d'être signé pour gagner sa vie avec la musique. Ces mecs là produisaient et vendaient leurs disques eux-mêmes. La musique industrie était mise de côté". À 14 ans, il commence à organiser des concerts à Tulle avec des amis à lui. Puis à 17 ans, il part à Limoges pour intégrer un première d'adaptation. Mais l'école ne le branche toujours pas. "Une fois que je savais lire et écrire et que je savais où étaient situées les villes et les pays, le reste ne m'intéressait pas trop. L'école m'a servi à comprendre comment fonctionne la société. Pas vraiment en classe mais plutôt dans la cour de récréation. C'est là où tu apprends la vie", explique Yvan. Un an plus tard, il quitte le système scolaire : "J'étais en cours et je me suis rendu compte que j'avais 18 ans. J'ai donné tous mes livre au prof et je lui ai dit au revoir. Je me rappellerai toujours de sa tête". Il trouve un emploi de projectionniste une semaine par mois pendant deux ans, se balade dans tout le Limousin en camion pour projeter des films dans les petits villages. Le reste du temps il est sur scène, en tournée ou plongé dans l'organisation de concerts jusqu'à sa décision de s'envoler pour Londres.

Faire durer la musique

"C'est vraiment ici que j'ai mûri. Je me suis épanoui dans tout. Aussi bien en tant qu'artiste qu'en tant qu'homme. C'est une ville que je trouve très riche grâce aux expériences des gens qui viennent de toute la planète. Londres est une passion", explique celui qui a passé beaucoup de temps dans les bazars du nord de la ville à la recherche de vieux disques. Un passe-temps qui l'occupe partout où il se rend :  "Quand je voyage, je note les pays en fonction des disques que je trouve dans les dépôts ventes. C'est là que tu vois ce que les gens ont écouté il y a 50 ans. En fonction de ce que je trouve je me dis "Oulala j'aurais pas aimé habiter ici" ou alors "oh ça devait être sympa à cette époque". Un goût pour la musique ancienne qu'il revendique haut et fort et qu'il s'est découvert à l'adolescence.

(Crédits: Simon Gleize)

À l'époque, il écoute beaucoup les Cramps ou encore les Ramones et se rend compte que ces groupes dont il est fan font des reprises. "Je me suis donc intéressé à cette musique américaine des années 50", explique Yvan. Du "vintage" dont il a fait sa spécialité en tant que Dj. "Si tu réfléchis, c'est un métier un peu stupide mais j'adore ça. Je fais partager la musique que j'aime et que personne ne connaît parce que ça n'a pas eu de succès à l'époque. En soirée, des gens viennent me voir et me demandent le nom de l'artiste et de la chanson. Le lendemain je vois qu'ils la partagent sur Facebook. C'est un artiste qui est décédé dans l'inconnu et à ce moment là, il est en train de revivre. C'est un combat pour que cette musique soit toujours présente". Une ambition qui l'accompagne dans tout ce qu'il fait : "Je fais de la musique pour qu'elle dure. Ça ne sert à rien de vendre beaucoup de disque en très peu de temps et disparaître aussi vite. C'est un style de vie. Parfois les membres de ma famille ne comprennent pas. Ils me disent : "il y a un reportage à la télé sur les Djs à Londres. Pourquoi tu n'es pas dedans?" et je leur réponds: "tant mieux"".  

Depuis plus de 15 ans à Londres, Yvan est à la fois musicien, Dj, producteur et organise des soirées avec "Raison d'être", son collectif d'artistes,  mais reste toujours dans le circuit "underground". Comme il aime le dire, il fait partie de "l'armée de l'ombre": "Je m'estime très chanceux de pouvoir gagner ma vie en faisant ce que j'aime sans avoir à faire de compromis". C'est sans doute parce qu'à la lumière des spots lights, il a toujours privilégié l'authenticité de ses origines et celles de la musique.

Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) mercredi 26 octobre 2011

Jeudi 27 octobre : concert pour la sortie de l'album du groupe de Yvan Serrano "Dustaphonics", entrée gratuite, 19h-2h à The Blues Kitchen : 111-113 Camden High Street?London NW1 7JN

Raison d'être : http://www.reason2b.net/

Bar "El Paso" : http://www.elpasohoxton.com/

Lire aussi : THE MOST INFLUENTIAL FRENCH LONDONERS- Remise des prix
Mercredi 28 septembre au restaurant Chez Gérard de South Bank avait lieu la soirée de remise des prix de "The Most Influential French Londoners". La course au titre de Français le plus influent de Londres est donc terminée
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